LE ROI SE MEURT /IONESCO (THEATRE DE LA PLACE DES MARTYRS)

 

En double :

 

A Paris avec Michel Bouquet

 

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 A Bruxelles avec Pietro Pizzuti

 

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 A Paris, dans une version traditionnelle,

 

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 A Bruxelles, dans une version moderne sans aucune trahison du texte d’Ionesco.

 

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«  Je préfère à  l’expression absurde celle d’insolite » (Ionesco)

 

Christine  Delmotte (metteuse en scène et scénographe): Cette insolite proposé par Ionesco,  mes amis comédiens, nous y avons plongé tout au long des répétitions.

Ionesco a écrit cette pièce pour apprivoiser la mort, comme ce roi Béranger qui refuse d’abord d’accepter sa fin imminente, niant la fatalité pour finalement s’y résoudre, apprenant à se délecter de ses illusions.

Ionesco décrit une expérience intime et douloureuse : son agonie à la suite d’une longue maladie, à 53 ans. Ecrite dans l’urgence en une dizaine de jours, la pièce a eu sur lui un effet thérapeutique.

Drôle, sublime, profondément humain, cet inclassable chef-d’œuvre illumine tout le théâtre d’Ionesco par son étrange onirisme qui réussit à transmettre le choc intolérable de l’annonce d’une mort prochaine. Un texte aux résonances universelles.

 

 LE ROI SE MEURT

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 Le roi Béranger 1er règne depuis si longtemps qu’il en oublié sa condition de mortel.

Or le royaume se dégrade et sa décrépitude n’est que le reflet de celle de son souverain.

Il est temps pour l’intransigeante reine Marguerite et la douce reine Marie d’annoncer à leur époux le diagnostic sans appel du médecin :

Le Roi va  mourir…Le Roi se meurt …déjà ! Il ne lui reste qu’un temps infime pour s’y préparer.

Affaibli et malade autant que son royaume, il s’insurge pourtant et s’accroche à un espoir insensé devant l’inéluctable.

 

Christine Delmotte (metteuse en scène et scénographe) : J’aime travailler sur la conscience de la réalité et ses décalages. Cela permet différentes formes de théâtralités qui s’entrechoquent dans ce long rêve ou cauchemar éveillé : inventivité onirique, énergie, ironie.

Scénographiquement, la disparition des éléments de décors, petit à petit, est essentielle. Cela nous guide vers le renoncement qu’atteindra le roi.

« Le Roi se meurt » nous propulse face à nos angoisses de mort. Il y a des paroles fortes, pleines de sens dans cette lutte pour apprivoiser la «  faucheuse «. Ionesco s’intéresse de près à la philosophie de la spiritualité et cela s’entend dans ce qu’il tente de transmettre.

Et j’ajouterai que dans la recherche de la compagnie Biloxi 48, cette pièce de théâtre est une évidence.

J’ai été très touchée à la lecture de retrouver des pensées de certaines philosophies orientales. Cette démarche spirituelle est essentielle pour notre travail.

 

EUGENE IONESCO


 

 

Cerner et comprendre l’œuvre d’Eugène Ionesco, dramaturge roumain, né en 1912, n’est pas une sinécure. De ses premières pièces qui font scandale (La Cantatrice Chauve – 1950), l’auteur explore, par la parodie, les traditions du genre dramatique. Avec «Rhinocéros», joué en France en 1960, l’auteur connaît enfin le succès pour s’imposer une voie royale avec des œuvres comme «Tueur sans gages» (1957), «Le Piéton de l’Air» (1962) ou encore «Le Roi se meurt» (1962) Dans ces pièces, de graves questions sont abordées comme l’impossibilité d’atteindre l’absolu ou l’homme devant sa mort.

C’est à ce thème lancinant que l’écrivain, au travers d’une fable très contemporaine, renvoie le spectateur à notre mémoire collective.

Avec « Le roi se meurt», Ionesco signe une histoire d’une agonie tout autant que celle d’une résurrection, tenant du cheminement mystique comme du rituel carnavalesque. On assiste aux diverses étapes marquant le passage de la vie à la mort. Bérenger 1er parcourt tout le «programme» des pensées et des réactions humaines dans les derniers moments : incrédulité, révolte, désespoir, résignation, oubli, impression que tout s’anéantit.

 

 L’EXPERIENCE DE LUMIERE

 Eugène Ionesco : J’avais environ 17 ou 18 ans. J’étais dans une ville de province. C’était en juin, vers midi. Je me promenais dans une des rues de cette ville très tranquille.

Tout d’un coup , j’ai eu l’impression que le monde à la fois s’éloignait et se rapprochait , ou plutôt que le monde s’était éloigné de moi , que j’étais dans un autre monde , plus mien que l’ancien, infiniment plus lumineux ; les chiens dans les cours aboyaient à mon passage près des clôtures , mais les aboiements étaient devenus subitement comme  mélodieux , ou bien assourdis , comme ouatés ; il me semblait que le ciel était devenu extrêmement dense , que la lumière était presque palpable, que les maisons avaient un éclat jamais vu , un éclat inhabituel  vraiment libéré de l’habitude. C’est très difficile à définir : ce qui est plus facile à dire, peut-être , c’est que j’ai senti une joie énorme , j’ai eu le sentiment que j’avais compris quelque choses de fondamental…

Marie-Claude Hubert : De cette expérience de lumière, Ionesco a dit plus tard  dans Antitotes que c’était un « satori » , comparant ainsi la sensation éprouvée à l’état d’illumination auquel accèdent certains mystiques orientaux.

 

 


 

 

LE ROI SE MEURT

 

Eugène Ionesco : Je n’ai aucune conception de la mort.

Dans ma pièce, il n’est pas question de l’apprentissage de la mort mais bien d’un désapprentissage de la vie.
La mort n’est pas  puisqu’elle n’est rien mais c’est  ce qui m’angoisse le plus.

 

Marguerite : Sire  on doit vous annoncer que vous allez mourir.

Le Médecin : Hélas, oui , Majesté.

Le Roi : Mais je le sais, bien sûr. Nos le savons tous. Vous me rappellerez quand il sera temps. Quelle manie avez-vous Marguerite, de m’entretenir de choses désagréables dès le lever du soleil.

Marguerite : Il est déjà midi.

Le Roi: Il n’est pas midi. Ah si, il est midi. Ca ne fait rien. Pour moi, c’est le matin. Je n’ai encore rien mangé. Que l’on m’apporte mon breakfast. A vrai dire, je n’ai pas trop faim. Docteur, il faudra que vous me donniez des pilules pour réveiller mon appétit et dégourdir mon foie Je dois avoir la lange saburrale, n’est-ce pas ?

Le Médecin : En effet Majesté.

Le Roi : Mon foie s’encrasse. Je n’ai rien bu  hier soir, pourtant j’ai un mauvais goût dans la bouche.

Le Médecin : Majesté, la reine Marguerite dit la vérité , vous allez mourir.

Le Roi : Encore ? Vous m’ennuyez ! Je mourrai, oui, je mourrai. Dans quarante ans, dans cinquante ans , dans trois cents ans. Plus tard. Quand je voudrai. Quand j’aurai le temps. Quand je le déciderai !

En attendant  occupons-nous des affaires du royaume…

 

 LE ROI SE MEURT !

 

Un chef d’œuvre ! Un texte  brillant, émérite, éclatant !

Une mise en scène et une scénographie tout à fait remarquables de Christine Delmotte.

Une interprétation extraordinaire, fulgurante, éclatante de Pietro Pizzuti.

 

Pietro Pizzuti , comédien, metteur en scène, dramaturge, né à Rome le  juillet 1958.

 

Je suis sa carrière depuis ses débuts. Cela fait loin. Pietro ne m’a jamais déçu. Au contraire, il m’a toujours étonné.

Pietro, toujours souriant, toujours aimable, toujours modeste , toujours chaleureux, toujours accueillant , toujours généreux,  toujours fantastique, toujours super actif.

Son interprétation  du Roi dans cette pièce d’Ionesco, est unique.

 

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Pietro : «  Le spectacle, c’est un miracle chaque jour ! 

 

On pouvait penser, quand on appris la programmation de cette pièce aux Martyrs et la distribution établie par la metteuse en scène que Pietro était beaucoup trop jeune pour jouer ce personnage, au bord de la mort.  Et on pensait au grand comédien qui le joue à Paris, Michel Bouquet, lui très âgé.

Mais on ignorait alors le travail  d’adaptation  de Christine Delmotte, son idée formidable  de «bousculer »  la tradition , de donner un sang neuf à la pièce , de la faire jouer moderne sans pour autant retirer le moindre mot du texte d’Eugène Ionesco.

Du coup,  Pietro Pizzuti   s’imposait pour faire vivre (et mourir) le Roi Béranger !

 

VOICI COMMENT COMMENCE LE SPECTACLE…

 

Les lumières nous plongent dans une grande pièce, disons un salon. Plusieurs femmes s’agitent, une autre   prend les poussières…

Nous portons ensuite nos regards sur cet homme relativement jeune qui  écrit, serré, sur son ordinateur. Puis, il se calme, s’arrête et s’endort. Et l’on peut imaginer – car tout le spectacle est dans l’imaginaire – qu’il est entré dans un  rêve, un rêve difficile comme  la plupart des rêves. ..Il se lève brusquement, et devient Le Roi Béranger !

Un roi qui n’a pas d’âge mais qui est effrayé par la mort.

Il  se précipite vers  les femmes devenues  Reine Marguerite , Reine Marie , une doctoresse, une infirmière …

Il virevolte dans tous les sens. Il court….Il court ! Il court ! Il tombe sur le sol, se relève,  retombe,  se relève plusieurs fois.

Nous sommes dans un rêve : tout peut arriver, se faire, se défaire, mais ne peut modifier le texte d’Ionesco.

Et c’est ça qui est aussi extraordinaire : de voir et écouter ces acteurs  jouer un texte classique  dans des mouvements qui sont ceux d’aujourd’hui et dans des  costumes sans date.

 

Christine Delmotte (metteuse en scène et scénographe)  J’ai voulu faire vivre cette histoire d’Ionesco comme un rêve, entre deux moments de lucidité.

Comme vous l’avez écrit, un  homme tente d’écrire…il rêve qu’il doit mourir, il meurt…et se réveillant, il arrive à écrire. Qui sont ces personnes qui l’ont accompagné » ? Des parties de lui-même ?  Sa propre construction d’une réalité ?

 

Dans «  LE ROI SE MEURT »  , Ionesco imagine un univers insolite , dans lequel évoluent des êtres fictifs  dont son double, qu’il manipule, observe à distance, expose au rire ou à la pitié et soumet à l’épreuve de la mort.

Une expérience intime et douloureuse, drôle, sublime, profondément humaine, de nos angoisses, voire de nos terreurs : un chef  d’œuvre.

A ne pas rater, sous aucun prétexte !!!

 

 LE ROI SE MEURT

 Eugène Ionesco/Christine Delmotte

 Avec

 Valérie Bauchau : La Reine Marguerite, deuxième épouse du roi Bérenger 1er

AnaïsTossings : La Reine Marie  deuxième épouse du roi Bérenger 1er

Catherine Decrolier : la doctoresse, qui est aussi chirurgienne, bactériologue et astrologue

Flora Thomas : Juliette  femme de ménage, infirmière

Fabian Finkels : le garde

Avec 

PIETRO PIZZUTI : Béranger 1er, le Roi

 

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Mise en scène et scénographie : Christine Delmotte

 

Eclairage et direction  technique : Nathalie Borlée

Collaboration scénographique : Noémie Vanheste

Collaboration à la bande son : Fabian Fikels

Assistanat à la mise en scène : Anna Giolo

Régie : Bruno Smit

Régie plateau : Cassandre Mallet

Régie costumes : Cécile Manokoune

Coordination, relations publiques et graphisme: Charlotte Dumont

Stagiaires : Margaux Geve , Laurie Gysen, Eléonore Gyselinck, Marie Ghaye , Jean-François Rolan, , Cédric Celorio

 

Production : Biloxi 48 en coproduction avec le Théâtre de la place des Martyrs.

 

 LE ROI SE MEURT / IONESCO  / CHRISTINE DEMOTTE

Jusqu’au 25 mai 2014

 

THEATRE DE LA PLACE DES MARTYRS

Place des Martyrs 22  – 1000  Bruxelles

Infos Réservations : 02 / 223 32 08

 

Un mot encore.  Pour moi, l’une des plus belles scènes est  la toute dernière entre la Reine Marguerite et le Roi !

 

Marguerite : (au Roi) Regarde ce miroir sans image… reste droit…Donne-moi tes jambes, la droite  la gauche…Donne-moi un doigt, donne-moi deux doigts…trois…quatre…cinq les dix doigts…

Abandonne-moi le bras droit, le bras gauche , la poitrine, les deux épaules et le ventre…Et voila tu vois , tu n’es plus la parole, ton coeur n’a plus besoin de battre , plus la peine de respirer. C’était une agitation bien inutile, n’est-ce pas ? Tu peux prendre place…

 

 

 


 

 

Merci de votre attention et fidélité.

Je vous retrouve tout bientôt avec  la pièce d’Edward Bond : «  La Compagnie des hommes » toujours au Théâtre de la place des Martyrs. (la petite salle)

 Comme moi, vous avez certainement appris la mort de Micheline Dax

Elle avait 90 ans ! Qu’est-ce qu’elle nous a fait rire !

Elle avait enregistré, il y a de cela  bien longtemps ,  cette belle chanson américaine qui a fait le tour du monde «  Over the rainbow ».

C’est Judy Garland qui l’avait chantée à sa création Mais ici, Micheline la « siffle ». Adieu Micheline !

 

 

Roger Simons