OBSOLETE – COLLECTIF RIEN DE SPECIAL (THEATRE VARIA) + VERKLARTE NACHT(ANNE TERESA DE KEERSMAEKER)

Amis de l’émission/blog  » Les Feux de la Rampe »bienvenue à Vous.

Nous prenons la direction du Théâtre Varia pour y rencontrer trois jeunes acteurs…

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Alice…Marie…Hervé…et un Collectif Rien de Spécial !

Ils sont, chacun de leur côté,  à mener leur carrière d’acteurs, et à trois, un travail de recherche personnel au sein de ce Collectif.

Ils sont merveilleux, talentueux, joyeux, dynamiques, sympathiques en diable.

OBSOLETE

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Réchauffement climatique, diminution des énergies fossiles, crises économiques… Notre avenir à tous n’est pas rose… mais il reste hypothétique et lointain. De toute façon, comment et contre qui pouvons-nous lutter ? Alors, malgré ce climat anxiogène, nous ne bougeons pas et forcément, nous culpabilisons.

 

COLLECTIF RIEN DE SPECIAL

Une façon de s’exprimer car ils ont beaucoup de choses à nous confier notre trio chercheur !

Ils s’attaquent à l’inertie collective face aux menaces de plus en plus pressantes. Ils décortiquent notre sentiment de culpabilité en nous balançant dans une vision futuriste, fantaisiste et décalée. Ils réussissent à mettre le doigt sur des problèmes qui touchent tout un chacun dans son quotidien, sans jamais cependant faire la morale. Avec une savante dose de second degré et d’inventivité, ils nous font voir le ridicule de leur situation en mettant en scène leurs propres contradictions et désillusions.

LE PLATEAU THEATRE D’OBSOLETE…

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Rempli d’objets telle la machine à café…dangereuse !!!

Ils manipulent des légumes, les contrôlent, les jettent dans la poubelle. Tout est dangereux disent-ils même la belle petite pomme rouge qui traîne sur un meuble…

Tout est dit et fait avec humour !

Nous, spectateurs, nous réfléchissons à leurs propos mais nous nous amusons follement.

Un beau plaisir de les voir agir dans tous les sens… Le plateau est de plus en plus envahi de mille et une choses dont un ordinateur , un vélo , d’énormes sacs complètement bourrés de choses inutiles et dangereuses..

 Hervé: Nous sommes dans une situation schizophrénique, coincés entre notre angoisse pour un futur qui s’annonce atroce pour nos enfants, une vie de survie bien moins confortable que la nôtre, mais absolument pas disposés à nous lancer dans une action véritable pour changer les choses, car cela impliquerait de devoir renoncer à notre propre confort. Du coup nous culpabilisons, et à force de culpabiliser, nous souhaiterions presque être nous-mêmes enfin confrontés à cette catastrophe, pour pouvoir devenir enfin conséquents…

Marie Lecomte : Avec Obsolète, le collectif propose de tenter une expérience amusante. Prenons l’individu contemporain, habitué à son confort, isolé, hésitant sur l’attitude à adopter face à l’avenir, et jetons-le dans le futur, aux environs de 2070. Projetons-le dans un monde de survie, où toutes les prédictions qui nous pourrissent la vie en 2016 se seraient enfin réalisées. Un futur obsolète, qui ressemble plus au moyen-âge qu’à un âge d’or. Un monde sans plus aucun confort.

Alice : Dans ce monde devenu, ironiquement, « décroissant » – le pétrole et ses dérivés seront épuisés depuis 20 ans –, la solidarité, la débrouille et l’autonomie seront de mise. Mais il faut travailler tout le temps, l’air est irrespirable et la vie animale et végétale pratiquement détruites. Ce monde se révèle assez vite insupportable. À tel point que les acteurs comme nous qui jouent dans ce futur, finissent par casser la fiction pour revenir à 2016, nous renvoyant en pleine figure la versatilité de notre engagement.

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 Qu’advient-il quand, même ceux qui ont décidé de nous mettre en garde, sont contaminés par la désillusion et par le double langage ?

Hervé : Crise énergétique, rupture de l’équilibre climatique et récession sont, paraît-il, à nos portes. Nous avons donc décidé de nous attaquer à une question sur laquelle il nous semble impossible de faire l’impasse aujourd’hui : celle de l’action ou de la réaction. Qu’en est-il de l’action politique, citoyenne, artistique, d’une action sur le monde, sur le réel ?

Alice Hubball : Nous sommes les enfants de la génération 68, la dernière peut-être dont l’action a clairement fait bouger les lignes. Et les images d’époque d’une manif pour le droit à l’avortement nous laissent rêveurs. Tout ce qui semble manquer à notre époque désillusionnée y était : solidarité, utopie, confiance dans la lutte. Les jeunes d’alors se battaient, se fédéraient, se mettaient en danger et leurs combats aboutissaient à des changements palpables dans la vie de tous les jours. Pourquoi paraît-il si difficile aujourd’hui de changer le monde ?

Marie Lecomte : La complexité du monde actuel en est certainement une raison. Il semble que le capitalisme, et sa capacité de mutation et de récupération, ait réussi à en décourager plus d’un. Comment faire avec un monde où le commerce équitable, au départ une initiative vertueuse, est devenu un des domaines économiques rapportant le plus aux fonds de pensions ? Une autre raison, moins glorieuse. Nous sommes une des premières générations à jouir d’un confort aussi large, qu’il soit matériel ou qu’il concerne nos choix de vie, notre liberté. Nous regardons les combats de nos parents avec envie, mais ils se battaient pour quelque chose de vital : pouvoir aimer qui l’on veut, avoir un niveau de vie décent, ou ne pas garder un enfant non désiré. Or, le problème des menaces actuelles c’est qu’elles sont encore impalpables. Oui, la pollution et les faillites augmentent, oui, les hivers sont de moins en moins froids, oui, il y a des inondations, oui, les carburants sont hors de prix… mais on peut encore s’en accommoder. Nous sommes donc dans une situation schizophrénique !

Hervé Piron : Dans ce monde devenu, ironiquement « décroissant » – le pétrole et ses dérivés seront épuisés depuis 20 ans –, la solidarité, la débrouille et l’autonomie seront de mise. Mais il faut travailler tout le temps, l’air est irrespirable et la vie animale et végétale pratiquement détruites. Ce monde se révèle assez vite insupportable. À tel point que les acteurs qui jouent dans ce futur finissent par casser la fiction pour revenir à 2016, nous renvoyant en pleine figure la versatilité de leur engagement.Qu’advient-il quand, même ceux qui ont décidé de nous mettre en garde, sont contaminés par la désillusion et par le double langage ?

ILS SONT JEUNES TOUS LES TROIS…QUE PEUVENT-ILS FAIRE ?

Marie, Alice et Hervé se culpabilisent dans leur cuisine. Ils se sentent coincés, déresponsabilisés, assistés, manipulés, stressés. Chaque jour, on leur dit que c’est un peu plus la merde, que c’est un peu plus foutu, que la planète se réchauffe davantage, que la bourse et les banques ont ruiné un nouveau pays, que l’air est un peu moins respirable, que les gros sont plus gros, les petits, plus petits.

Ils n’en peuvent plus non plus de leur mauvaise conscience quand ils enfilent un jean non éthique de H&M délavé au Bengladesh, pour monter dans leur Renault Twingo diesel et aller manger des sushis au thon .Ils veulent agir , se confronter à ce future bousillé , sans animaux, sans pétrole sans électricité , sans couche d’ozone , qu’on leur brandit sous le nez depuis qu’ils sont petits. Ils en rêvent, ils y aspirent même si leur vie doit être apocalyptique pour enfin et peut-être devenir conséquents et être dans l’action.

 

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Alice : Contrairement à nos parents, nous ne pouvons pas faire la révolution : l’ennemi est multiple, gigantesque et sans visage, et les victimes, isolées, divisées, désorganisées, endormies ou consentantes. Alors tout ce que nous pouvons faire, c’est trier les déchets, remplacer les ampoules par des leds, traquer les labels bio sur les étiquettes, signer une pétition sur Avaaz.org puis la forwarder à leurs contacts, et surtout, culpabiliser, angoisser, regretter…

 LA MAGIE DU THEATRE

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Grâce à la magie du théâtre, Marie, Alice et Hervé nous emmènent dans un futur pas si lointain, en 2070, dans le monde « d’après La Grande Coupure ». Après la grande coupure, c’est bien simple il n’y a plus rien. À part des ruines et quelques hommes. Avec beaucoup de courage, nos trois héros des temps modernes nous donnent à voir cet univers pas si éloigné du Moyen Âge, qui n’a rien d’un futur ultra -technologique avec voitures volantes et androïdes. Il est sombre et brutal. Nos trois héros ne reculent devant aucun sacrifice, nus, pédalant afin d’éclairer la scène, et réussissant à jouer la deuxième partie du spectacle de façon totalement passive, sans utiliser aucune autre énergie que la leur. Malgré des conditions de vie atroces – espérance de vie écourtée, manque de nourriture, réfugiés climatiques, violence quotidienne, chaleur étouffante… – ce dont souffrent le plus ces hommes de 2070.

Marie, Alice et Hervé culpabilisent dans leur cuisine. Ils se sentent coincés, déresponsabilisés, assistés, manipulés, stressés. Chaque jour, on leur dit que c’est un peu plus la merde, que c’est un peu plus foutu, que la planète se réchauffe davantage, que la bourse et les banques ont ruiné un nouveau pays, que l’air est un peu moins respirable, que les gros sont plus gros, les petits, plus petits.

Mais contrairement à leurs parents, Marie, Alice et Hervé ne peuvent pas faire la révolution : l’ennemi est multiple, gigantesque et sans visage, et les victimes, isolées, divisées, désorganisées, endormies ou consentantes. Alors tout ce qu’ils peuvent faire, c’est trier leurs déchets, remplacer leurs ampoules par des leds, traquer les labels bio sur les étiquettes, signer une pétition sur Avaaz.org puis la forwarder à leurs contacts, et surtout, culpabiliser, angoisser, regretter…

Hervé Piron : Ce futur devient rapidement éreintant et ennuyeux. On n’y est pas, finalement, en 2070, et de grande coupure, si ça se trouve, il n’y en aura jamais. Ils vont bien inventer un nouveau pétrole et un bouchon pour la couche d’ozone d’ici là. On pourrait peut-être remettre nos costumes made in Bangladesh et rallumer les projos à 2000 watts, non ?

Marie : Cette perplexité incessante a une place centrale dans le début du spectacle. Nous voulons montrer ces petits moments quotidiens, vite oubliés, où nous sentons la pique de l’angoisse, du futuoù nous hésitons devant telle ou telle attitude. Et le côté cocasse de ces atermoiements qui suscitent tant d’efforts pour si peu de résultats.

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Hervé Piron : En tant qu’artistes, nous voulons parler de ce qui dérange, de ce qu’on veut maintenir sous le tapis. De là, est venu notre désir de matérialiser, dans la deuxième partie du spectacle, cet avenir incertain. Nous voulons, tout en laissant la place à l’humour et à l’imagination, rendre le public conscient de cette possibilité de « retour en arrière ». Pour ce faire, nous nous sommes inspirés du roman The Road de Cormac McCarthy, qui anticipe la possibilité d’un retour à une sorte de moyen-âge belliqueux et pollué. Le public découvre un chancre envahi par les déchets, où les nouvelles technologies ne fonctionnent plus et où l’essentiel des activités consiste à trouver de la nourriture et à regretter l’« âge d’or ».

Nous sommes conscients que le danger, en abordant de telles thématiques, est de plomber l’atmosphère, de faire un spectacle noir et désespérant. Et c’est justement ce qui nous intéresse ! Oui, cela nous amuse de faire rire avec un matériel a priori anxiogène. Ainsi les protagonistes du début du spectacle, englués dans leurs questionnements, voulant avoir une attitude responsable sans renoncer à leur confort, ont un côté ridicule. Et notre vision du futur, même si elle est glaçante, est aussi fantaisiste et décalée.

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Marie, Alice et Hervé sont surprenants de ressources et d’inventivité. Mais tiendront-ils jusqu’au bout ?

Vous avez encore une semaine pour profiter de ce spectacle.

Je vous conseille sincèrement de le voir.

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OBSOLETE -COLLECTIF RIEN DE SPECIAL

Jeu – Conception –Mise en scène : Alice Hubball, Marie Lecomte et Hervé Piron.

Création lumière, régie générale et bricolages inventifs : Joël Bosmans

Création sonore : Maxime Bodson

Scénographie : Prunelle Rulens

Tricot : Emmanuelle Esther

Photos : Alice Piemme

Dossier – interview : Emilie Gabele

Production : Collectif Rien de Special- Théâtre Varia – Théâtre de l’Ancre – Maison de la Culture-Tournai-Fédération Wallonie Bruxelles

Représentations jusqu’au 28/04/16

THEATRE PETIT VARIA

Rue Gray 154 – 1050 Bruxelles

Infos Réservations : 02/ 640 35 50

Amis de l’émission/blog «  Les Feux de la Rampe «  , merci d’avoir suivi les propos de ces trois jeunes comédiens.

Notre moment de séparation : Une histoire d’amour romantique avec la reprise de « VERKLARTE NACHT » (Nuit transfigurée), l’une des plus belles œuvres chorégraphiques d’Anne Teresa De Keersmaeker.

Le spectacle se donne au lieu de travail d’Anne Teresa, « Rosas Performance Space » Avenue Van Volsem n° 164 (Forest)

« Verklarte Nacht », une composition pour cordes d’Arnold Schonberg qui remonte à la fin de l’époque romantique.

Schonberg s’inspire d’un poème de Richard Dehmel à propos d’une femme qui avoue à son amant être enceinte d’un autre homme.

Cette œuvre chorégraphique a été créée en 1995, réécrite l’année passée pour un duo mettant ainsi en avant à la fois l’aspect musical et narratif.

Le lyrisme de Schönberg nous entraine dans l’univers affectif des amants.

Une histoire d’amour romantique exaltée dans la lueur sombre d’une nuit…

Les danseurs : Nordin Benchorf , Cynthia Loemij , Mark Lorimer.

« Une réussite totale qui laisse le public aussi bouleversé et essoufflé que les danseurs «  (Le Soir)

Représentations jusqu’au 01/05/16 au «  Rosas Performance Space » ( Infos-Réservations : 02 / 344 55 98)

Interprétation musicale enregistrée par le New York Philharmonic dirigé par Pierre Boulez.

Je vous propose un court extrait du ballet.

A tout bientôt !

Roger Simons