GERARD PHILIPE (3)

 

 

 1952. Sur l’écran noir de mes nuits blanches apparaissent des ombres : Paolo Stoppa, Raymond Bussières, Raymond Cordy, Gérard Philipe   et …

 

« Les belles de nuit » qui font rêver Claude, professeur de musique…

 

Trois jolies  femmes des plus troublantes : Martine Carol, Magali de Vendeuil et Gina Lollobrigida…

Pardon du peu !

C’est dans ce film de René Clair, tourné en 1952, que j’ai découvert Gérard Philipe au cinéma.

J’ai été immédiatement séduit par ce jeune acteur d’un naturel étonnant. Séduit par sa voix très particulière quand il s’est mis à chanter, l’une de ses nuits de rêve ! J’en garde un merveilleux souvenir !

Hélas, plus moyen de mettre la main sur ce moment magique !

 

René Clair ( réalisateur) :  Beauté, charme, génie, ces mots galvaudés qui viennent aux lèvres quand on parle de Gérard , ce sont les mêmes mots que les contemporains du romantisme lièrent à l’image du jeune Musset , ce Musset à qui Gérard ressemblait tant !

 

 

 

Le cinéma a joué un rôle important dans sa vie. On a comparé Gérard Philipe à Douglas Fairbanks, à d’Artagnan, à un lion superbe et généreux. Pendant des années, le fantôme bondissant de « Fanfan  la Tulipe» allait accompagner Gérard sous toutes les latitudes.

 

 

Il a reçu un accueil formidable dans tous les pays où il était présenté. Il a tourné avec les plus grands metteurs en scène du cinéma français dont Christian-Jaque réalisateur de « Fanfan la Tulipe »

 

Christian Jaque : De toutes les qualités de Gérard, celle que j’apprécie le plus était son courage. Il n’avait rien d’un sportif. Pourtant il refusait de se faire doubler pour les scènes dangereuses.

 

René Clair (réalisateur de « La beauté du diable » ) : Gérard s’intéressait à tout durant le tournage alors que la plupart des acteurs sont isolés dans leur rôle et ne prêtent guère attention à ce qui se passe autour d’eux. Il examinait le scénario, regardait le jeu des autres comédiens, observait la caméra, les lumières, les problèmes que pose chaque prise de vue. Il attendait de moi une indication nouvelle qui lui permettrait de faire mieux encore.

Il aimait venir se mêler à l’équipe technique, il aimait sentir la chaleur d’une équipe. Il voulait toujours savoir le pourquoi de tel ou tel mouvement de mise en scène ou de caméra. Je lui ai confié quelques séquences qu’il a pu mettre en scène lui-même. Immédiatement, il a fait preuve de dons évidents pour la mise en scène au cinéma.

 

Chose étonnante : Gérard Philipe à demander à René Clair de le mettre en scène au T.N.P (Théâtre National Populaire). dans la pièce d’Alfred de Musset « On ne badine pas avec l’amour »

 

Daniel Ivernel (qui jouait dans cette pièce) : J’ai vu répéter Gérard avec René Clair. Il écoutait, il prenait des notes. Et puis, comment décrire cette gentillesse, cette compréhension des autres ?

 

René Clément (réalisateur de « Monsieur Ripois) : Avec Gérard, le travail, c’était plus que du travail. Nous aimions nous retrouver le soir, après le tournage de « Ripois »Nous étions à Londres. Pendant le trajet en voiture du studio pour rentrer dans le centre de Londres, nous nous racontions des histoires de Ripois. « Imagine un type qui…C’est très Ripois …Jamais Ripois n’aurait fait cela… »

Nous nous amusions à cerner le personnage par des exemples extérieurs au sujet. Cela tournait à l’obsession. Ripois nous habitait.

Lorsque nous étions sur le plateau, nous étions deux complices qui se comprenaient et communiquaient avec un code secret, connu de nous seuls.

 

Gérard Philipe : J’aime tourner en extérieur, en décor réel. Il s’agissait de tourner un plan dans la rue, directement mêlé à la foule et sans figuration, grâce à une caméra portative soigneusement dissimulée. Le caméraman, tiré sur une chaise de paralytique, jouait de sa caméra comme d’un hochet. C’était un truc inventé par René Clément pour que nous passions inaperçus et que la foule ne s’amassât pas sur notre passage.

 

René Clément : La complicité entre Gérard et moi était un état permanent, aussi bien au studio qu’ailleurs.

Je n’ai jamais eu cela qu’avec lui.

Dans cette voiture entre le studio et la maison, nous parlions constamment de notre travail parce que cela nous faisait formidablement plaisir. Nous étions comme deux gosses amoureux du personnage.

 

La liberté de mouvements du comédien auprès de René Clément est ce qu’on pourrait appeler une liberté conditionnée. C’est ça la marque d’un grand metteur en scène.

Ce film a remporté un gros succès dans les années 50.

 

Gérard Philipe s’astreignit à briser chaque rôle, à détruire chacun des héros auxquels il acceptait de prêter pour un temps son visage, sa silhouette, sa démarche, ses inflexions de voix et surtout le reflet visible de son âme.

 

 

 

 

La suite, demain…

 

Roger Simons