GERARD PHILIPE (1)

 

Il était né un  jour de neige et de tempête, le 4 décembre 1922, à Cannes, luxueuse résidence de la Côte d’Azur, que ses festivals de cinéma allaient, après-guerre, rendre mondialement célèbre…

 

 

SI UN PRINCE M’ETAIT CONTE…

 

…Gérard Philipe disparaissait, à 37 ans, le 25 novembre 1959.

 

Sa  trop brève carrière avait suffi pourtant à marquer profondément le théâtre et le cinéma français de l’après-guerre.

 

A son génie de comédien, son pouvoir de séduction, sa lucidité d’homme présent dans son siècle, s’est ajouté un destin : celui d’incarner pour longtemps une idée forte et vraie de la jeunesse.

(Pierre Lherminier)         

 

GERARD PHILIPE ou LA JEUNESSE FOUDROYEE

 

 

Les grands acteurs de l’écran c’est le cinéma même.

 

A la mémoire du spectateur,  les films essentiels demeurent présents avec le visage, la démarche et la voix de ceux qui en incarnent pour toujours les héros.

 

Ils ont la charge capitale de vivre pour nous ces aventures imaginaires qui appartiennent pourtant  grâce à eux à notre monde quotidien. C’est à eux que le cinéma doit de n’être pas étranger au contraire à la vraie vie, à laquelle il apporte au contraire une part majeure de son intensité…

 

(Lherminier/Editeur/1979)

 

 

 

Au tout début des années 50, je jouais  au Théâtre du Vaudeville.

Un soir, après la représentation je rentrais tranquillement chez moi au Boulevard Anspach quand j’aperçois  un homme jeune, chantant et tapant dans des sacs d’immondices…Je le regarde. C’était Gérard Philipe, en représentation au Théâtre Royal des Galeries pour la pièce d’Alfred Savoir «  Le Figurant de la Gaité »

 

J’aurais voulu lui parler, lui dire tout ce que je ressentais  quand je le voyais  au cinéma.  Je n’ai pas osé le faire, la timidité me tenaillait. 

 

 

 

Le temps a passé. J’ai commencé alors mes grandes rencontres d’acteurs à Paris, les interviewant longuement pour mes émissions à la RTB (le « F » n’existait pas encore).

 

Hélas, je n’ai jamais eu l’occasion de l’interviewer.

 

 

Plus tard, bien plus tard, un jour, au cours de mes  pérégrinations parisiennes,  je me suis rendu rue de Tournon, là où habitait Gérard Philipe. J’avais appris qu’il était malade. Je voulais avoir des informations. J’arrive au numéro 17 et je vois un groupe de personnes fixant les fenêtres de l’immeuble, les  rideaux étaient fermés.

 

J’ai compris bien vite la nouvelle tragique : Gérard Philipe était mort ! Il reposait sereinement dans son costume du Cid !

 

 

Louis Aragon : Perdican est mort. Parce qu’on a pu lui passer l’habit du Cid pour enfin dormir, le Cid ne meurt pas, il vieillit…

 

Pourquoi, de tous ces personnages  insensés de courage ou de perversité, de grandeur ou d’amour, Gérard Philipe restera-t-il désormais pour moi Perdican ? Peut-être que c’est la dernière image vivante, je veux dire au théâtre, et non cette ombre de l’écran, que je garde de lui.

 

(Extrait de l’ouvrage «  Gérard Philipe – Georges Sadoul »  publié chez Lherminier dans la collection  «  le cinéma même »)

 

 

 

LES COURTS ETES ONT UN PRINTEMPS PRECOCE

 

(Shakespeare/Richard II)

 

 

 

Plus de cinquante ans après sa mort survenue le 26 novembre 1959, personne ne l’a oublié, ni le public populaire qui applaudissait « Fanfan la Tulipe », ni ceux qui pleuraient pendant les représentations de « Ruy Blas ».

 

Il s’appelait Gérard Jourdan, né à Cannes le 4 décembre 1922, d’une famille de paysans provençaux par son père et d’artisans chartrains par sa mère. Il voulait être médecin et rêvait de s’installer en Afrique, mais un soir, au cours d’un fête donnée au profit de la Croix Rouge, il a dit un petit texte « Le Poisson Rouge » et les invités se sont empressés de dire à sa mère (Minou pour les intimes) : « Savez-vous que votre grand fils a l’étoffe d’un comédien ? » Le sort était joué !

 

A 23 ans, il était devenu célèbre du jour au lendemain. Il était reconnu comme un grand comédien dès le premier soir où il parla sur une scène.

 

 

Gérard Philipe  dans son interprétation  la plus extraordinaire qu’il soit : Don Rodrigue dans LE CID  de Corneille.

 

La suite, demain…


Roger Simons