« UNE VEILLEE » – GARY KIRKHAM (THEATRE LE PUBLIC)+HELENE GRIMAUD & ROKIA TRAORE

Une oeuvre théâtrale de Gary Kirkham, écrivain et acteur canadien de langue anglaise (Cambridge,Ontario)

Titre de la pièce en anglais : « Falling:A Wake »

C’est l’une des pièces les plus merveilleuses que j’ai vue au cours de cette saison 15/16 ! Sur tous les plans : l’histoire, la mise en scène et l’interprétation.

Un vrai bonheur!


« Humour, tendresse, résistance » écrit Virginie Thirion , la metteuse en scène

Virginie Thirion :Quelque part entre Harold Pinter et Samuel Beckett, Harold et Elsie, fermiers par hasard, élevant des poules en pleine campagne, « un point indéterminé de nulle part, parce que si nous étions au milieu de nulle part, on pourrait encore nous trouver… », comme le dit si bien Harold, ancien professeur de mathématique qui a gardé le souci de la précision. Deux personnages tout en humour et tendresse. Si je devais pointer l’enjeu majeur de la mise en scène, ce serait celui-ci : servir la tendresse et l’humour présents dans le texte, dans l’histoire. C’est une vraie gageure, s’agissant de deux êtres confrontés à l’insupportable. Et pourtant. Ils résistent, chacun à leur manière. Elsie parle, elle raconte, elle choisit ce qu’elle veut croire, elle maintient le contact, elle parle pour tenir la tristesse à distance, pour maintenir son mari proche. Harold résiste en acte : d’accord, un événement imprévu et dramatique, emprunt de mort, les expulse de chez eux. Mais il ne s’avoue pas vaincu pour autant, il lutte pied à pied, accumulant fauteuil, lampe, tapis, pantoufles, bougies…. n’hésitant pas à recréer du confort et une possibilité de vie là où l’inimaginable et le traumatisant s’étaient imposés. Et à deux, unis par un amour nourri et construit tout au long de leur histoire et de leurs épreuves communes, ils font reculer l’insupportable injustice de la vie, l’adversité, le chagrin, l’isolement.

Brigitte Dedry et Alexandre Trocki sont les deux interprètes. Ils ont pour eux cette finesse, cette intelligence du texte, et cette belle capacité à en faire entendre les délicatesses. Avec eux, nous découvrons et explorons ce que les personnages se disent vraiment lorsqu’ils se parlent. Nous découvrons comment l’auteur a parfaitement construit leur histoire, lors de cette incroyable nuit, et comment il a subtilement balisé leur cheminement vers la paix et la sérénité.

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 Virginie Thirion a réalisé une mise en scène de toute grande qualité,  de toute grande beauté,  une mise en scène discrète sensible, délicate.

Le texte est une véritable délectation !

On entre dans cette histoire avec délicatesse. On suit les deux personnages, Elsie et Harold, avec jubilation.

LES VEILLEES DE GARY KIRKHAM

20h30. Les spectateurs gagnent la petite salle du dessous, toujours impressionnante, essayent de trouver leurs places avec une certaine difficulté car il y fait tout noir et des bruits sourds, violents se font entendre…

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Où sommes-nous ? Que s’est-il passé ?ou encore que se passe-t-il ?

Les bruits s’estompent. Les spectateurs sont installés.

Une petite ampoule éclaire le lieu …Où est-on ? C’est intrigant !

UNE VEILLEE CONTÉE PAR GARY KIRKHAM

(Le travail du deuil sous le masque du domestique…)

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 » Le spectateur, encore ébloui par la lumière bleue dirigée vers son regard, peine à distinguer des ombres dans le noir de la scène. Comme au loin, nous entendons l’aboiement d’un chien. Un homme arrive, une lampe torche à la main. Des bruits sourds se font entendre, de plus en plus fort. Un véritable vacarme s’empare de la salle : nos sièges vibrent. Et puis, silence. À l’aide de la lampe torche, Harold (Alexandre Trocki) éclaire la scène. Pleine de fumée, nous distinguons avec lui — homme d’action à ce moment précis — différents éléments : des bouts de métal et, surtout, quelques sièges. Un homme est là, assis, immobile, tombé du ciel, tranquillement mort. Au loin se font entendre des bruits étranges. Animaux sauvages ou puissances surnaturelles, on ne sait trop. Un avion vient de s’écraser au-dessus de la maison d’Harold et Elsie (Brigitte Dedry) — un vieux couple qui se tient à l’écart du monde. Elsie refuse d’abandonner le corps du passager tombé du ciel. De manière confuse, elle sait qu’il faut rester là, auprès de ce corps. Sans que personne ne le sache — ni les spectateurs, ni les personnages — la place du mort, occupée par cet homme tombé du ciel, va permettre aux personnages de faire leur deuil, aux spectateurs d’en être l’opérateur. Dans le même temps, c’est une veillée — indéterminée comme l’indique l’article indéfini — qui se détermine et se transforme imperceptiblement, d’une veillée domestique à une veillée mortuaire.

Elsie et Harold vont donner l’impression de conspirer à domestiquer la catastrophe. À peine sortis du fantastique dont se colorait la scène d’ouverture, moment magique entre les aboiements territoriaux du chien et les cris d’animaux sauvages, effraction d’un réel incroyable dans le monde apprivoisé du domestique, Harold et Elsie vont introduire leur petit monde dans la catastrophe. La pièce prend le chemin du comique, quand le vivant réintroduit toutes ses petites mécaniques alors que le monde fout le camp. Cela passe par de petites anecdotes sur le couple — ces histoires qui font rire ceux à qui l’on tend un miroir —, ou par l’entrée sur scène des différents éléments du confort quotidien — fauteuil, table de nuit, tapis, chocolat chaud. Le rire d’identification fonctionne chez la plupart des spectateurs. « Harold et Elsie » n’est peut-être qu’un vieux couple plein de petites manies « de vieux couple » Cette veillée prend le chemin de la veillée domestique, à la belle étoile, et aux belles constellations que Harold tentera de montrer à Elsie. S’il n’est plus audible, nous avons l’impression que l’aboiement territorial du chien domestique résonne encore au coeur de la catastrophe… »

(Sébastien Barbion-, « Rayon Vert Cinéma)

( à suivre au théâtre)

Voilà comment  commence cette pièce hors du commun.

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Un texte d’une qualité exceptionnelle, interprété magistralement par Brigitte Dedry

(Elsie) et Alexandre Trocki(Harold)

Brigitte Dedry !  J’avoue n’avoir jamais vu cette comédienne extraordinaire.Combien je le regrette ! Heureusement, cette pièce m’a permis de la découvrir.

Par contre , j’ai eu la chance  de suivre le parcours magnifique d’Alexandre Trocki.

Alexandre Trocki : Le métier d’acteur , c’est comme l’artisanat. Il faut des années de pratique , d’humilité , de remise en question pour peaufiner son travail , gagner en finesse.

Ces deux comédiens  ne jouent pas  leurs personnages .C’est  plus fort ! Ils les vivent intensément avec une vérité d’interprétation formidable.

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LES VEILLEES DE GARY KIRKHAM

Cette pièce nous nourrit d’un texte qui nous emporte!

« Les lumières de la veillée  passent des lumières artificielles de l’électricité et de l’action aux lumières naturelles des bougies.A mesure que celles-ci inondent l’environnement de leur lumière, la veillée domestique se transforme funèbre. »

Accompagnant la transformation de la lumière , le ton des échanges entre Harold et Elsie vire à la tragédie….

Nous , les spectateurs, écoutons religieusement ces propos.

90 minutes  d’une tragédie poétique ! 90 minutes  fascinantes ! 90 minutes à la vue de ce couple rare, et de cet homme jeune, mort dans ce terrible  accident d’avion.

Excellente idée de Virginie Thirion d’avoir choisi cette salle qui colle totalement à la pièce.

Je vous conseille vivement de vous procurer le programme publié par le théatre qui reprend une grande partie du texte de Gary Kirkham.

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UNE VEILLEE / GARY KIRKHAM

Avec Alexandre Trocki et Brigitte Dedry

Traduction : Xavier Mailleux

Mise en scène : Virginie Thirion

Assistanat à la mise en scène : Tawfik Matine

Scénographie et costumes : Marie Szersnovicz

Son : Marc Doutrepont

Lumière : Julien Soumillon

Régie : Matthias Polart

Stagiaire régie : Mathieu Wolter

En création.

Coproduction du Théâtre Le Public et Théâtre de Namur

Photos  du spectacle : Alice Piemme

Photo de l’affiche :  Bruno Mullenaerts

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UNE VEILLEE  / GARY KIRKHAM

Jusqu’au 30/04/16 (relâche du 29/03  au 09/04)

THEATRE LE PUBLIC

Rue Braemt 64/70  – 1210  Bruxelles

Infos Réservations : 0800 / 944 44


Amis de l’émission/blog  » Les Feux de la Rampe  » , allez voir ce spectacle , c’est un petit chef d’oeuvre !

Notre moment de séparation :Le concert qui aura lieu  ce samedi  à 20h15 à Flagey.

Sur le plateau : ROKIA TRAORE, la chanteuse malienne , auréolée de nombreux prix , militante permanente et probablement l’une des artistes africaines les plus  médiatiques dans le monde.

Inspirée par ses racines et ses nombreux voyages en Algérie, en Arabie Saoudite, en France et en Belgique , Rokia Traoré fusionne toutes ces cultures sur scène , créant un univers unique.

(Infos/Réservations : Flagey  02/ 641 10 20)

Bonne écoute à Vous !

A tout bientôt !

Roger Simons