LES PETITS ANGES DANS LA BOUE

 (Rideau de Bruxelles)


 

Petit ange tu es en train de devenir vieux…

Toutes les nuits, Angelita rêve de Miquel Ange.

Tous les matins, Angelita se lève du pied gauche. Son réveil lui brise les rêves. Mais depuis qu’elle est réveillée par les mots de Miquel Ange, ses déboires matinaux ont pris fin. Jusqu’au jour où Miquel Ange croise la route de l’irrésistible Bérénice.

ANDRES CAICEDO (1951-1977) est né dans une famille bourgeoise de la ville de Cali, ville chaude et exubérante située à l’ouest de la Colombie.

C’est un cas unique dans l’histoire de la culture colombienne.

Son œuvre est principalement centrée sur la jeunesse et la ville de Cali. Il y inscrit toutes ses références littéraires, musicales et cinématographiques.

C’est en plus un auteur qui ne vieillit pas. Il ne voulait pas vieillir. C’est pourquoi il s’est suicidé à 25 ans.

«  Meurs avant tes parents afin de leur épargner l’épouvantable spectacle de ta vieillesse. Personne n’aime les vieux enfants, personne »

30 ans après sa mort, l’œuvre d’Andrés Caicedo est reconnue dans toute l’Amérique du Sud.

Il a développé une écriture qui se voulait une prolongation du langage parlé. C’est pour cela qu’elle correspond bien au théâtre.

« On est tous une trajectoire qui divague en essayant de ramasser les restes de ce qu’ont été nos forces, des forces abandonnées de la manière la plus vile on ne sait où, ou confiées(et jamais récupérées) à qui ne les méritaient pas »

(Andrès Caicedo)

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LES PETITS ANGES DANS LA BOUE

Un personnage arrive se présente et raconte son histoire.

Et puis un autre arrive et fait la même chose.

Et encore un autre…Et encore un autre.

Et tous ces personnages sont la même personne. Un jeune auteur d’une ville de province d’un pays tropical, passionné de cinéma, de littérature et de musiqu

Une pièce rare !

Une mise en scène construite différemment du travail habituel ! Cinq acteurs qui ne jouent pas leur personnage, ils les vivent ! Et cela, c’est génial !

Chacun vient près du public dans la salle et lui parle abondamment.

Caicedo écrit intentionnellement à partir d’une perspective adolescente et souvent drôle. Les thèmes dominants : l’amour, la musique, l’école, le besoin de se démarquer, le goût de ce qui est tordu et original, les sentiments exacerbés.

LES PETITS ANGES DANS LA BOUE

Andrés Caicedo a décidé à l’âge de treize ans de devenir écrivain. A 25 ans , il arrête tout, y compris sa vie !

Il écrit intentionnellement à partir d’une perspective adolescente. Ses thèmes dominants : l’amour, la musique, l’école, le besoin de se démarquer, le goût de ce qui est tordu et original , les sentiments exacerbés. En revanche le monde qui entoure ces jeunes, du nord et du sud, est quant à lui réellement inquiétant.

 

JUAN MARTINEZ, LE METTEUR EN SCENE

Juan : Traduire Andrés Caicedo a été un défi. Son style est directement lié à la façon de parler des gens de la ville de Cali. Ses personnages et ses histoires aussi.

Pour cette traduction, j’ai sciemment conservé la couleur et la saveur de certaines expressions. J’ai pu compter aussi avec le travail de Bernard Cohen.

Lorsque nous avons fait le voyage à Cali, mes acteurs se sont prêtés au jeu de l’immersion culturelle.

Nous sommes restés deux semaines à Cali où nous avons répété dans la  salle du théâtre de l’Université del Valle.

Nous avons suivi les traces de l’auteur et en même temps cherché le chemin de notre propre création. Une création entre deux mondes , à la fois proche et lointaine, étrange et familière. Cela a été parfois déroutant mais sans aucun doute enrichissant. Le spectacle n’aurait pas été le même sans ce voyage.

J’ajouterai que l’œuvre de Caicedo est une œuvre adolescente, fulgurante, qui ne cherche pas à résoudre mais qui veut proposer une forme narrative originale et capable de condenser le monde qu’il voulait raconter.

Son œuvre traverse la ville de Cali, et par extension, la société colombienne. Une société marquée par le clivage social et une violence qui remonte aux temps de la colonisation espagnole, mais aussi par un métissage culturel important et un goût prononcé pour la vie.

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ANDRES CAICEDO, UNE DECOUVERTE TARDIVE

Juan : Oui, c’est un auteur qui a traversé les générations et qui commence à s’exporter. Même s’il garde toujours un côté   « auteur maudit »

Il revisite ses personnages dans ce montage de textes variés : la prostituée, le timide , le petit-bourgeois , la fille sûre d’elle, ainsi que la ville de Cali qui reste le personnage principal.

Ce qui domine dans ses écrits, c’est le malaise d’une génération, le fait que la bourgeoisie du Nord s’est enfermée et fonctionne en vase clos, déconnectée du reste de Cali, notamment du Sud.

C’est une littérature urbaine qui se cristallise autour de tensions : les conflits de génération, la délinquance des habitants du Sud envers ceux du Nord, la violence organisée , paramilitaire , des riches du Nord à l’encontre de ceux du Sud avec la complicité de l’Etat.

Caicedo était un grand observateur. Il sublimait tout par la littérature, dans une sorte de chute spirale.

LES PETITS ANGES DANS LA BOUE

 

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Cinq comédiens défendent cette œuvre avec vigueur, vitalité, poigne. Ils entrent avec force au fin fond de leurs personnages.

En fait, ils ne jouent pas. Ils sont ces jeunes gens de la ville de Cali. C’est vivant, présent ! Il y a une liaison totale entre eux cinq et Juan Martinez, le metteur en scène.

C’est intense, violent, musclé !

Juan Martinez : J’espère avoir réalisé un spectacle qui corresponde à l’univers de l’auteur, mais où les acteurs peuvent exprimer leur singularité.

Il ne s’agit pas de copier des formes colombiennes ou belges, mais en croisant les deux univers , de trouver une forme authentique qui résonne chez les deux . Il est aussi capital de trouver la forme juste qui intègre le spectateur.

Juan a fait un travail époustouflant tant pour la recherche des textes de Caicedo, que pour sa mise en scène intelligente et structurelle, que pour la direction de ces jeunes comédiens qui se livrent à des jeux de scène effrénés et emportés.

Exubérance et violence sur le grand plateau du théâtre, complètement dénudé.

 

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« Je crois aux fantômes, aux vampires et aux employés publiques qui un matin s’envolent de leur maison parce que je suis un homme qui est tombé sous l’effet de l’amour. Quand je peux je vois du cinéma et je regarde les gens dans les bus, en proie à un seul sentiment : la nostalgie et la tristesse. » (Andrés Caicedo)

 

GENERIQUE DE FIN

Les acteurs : Sarah Brahy, Cyril Briant, François Delcambre, Yasmine Laassal, Thierry Lefèvre.

Ecriture : Andrés Caicedo

Mise n scène : Juan Martinez

Traduction : Juan Martinez & Bernard Cohen

Aide à la dramaturgie : Juana Cifuentes

Lumières : Guillaume Toussaint Frolentin

Video : Andrés Jurado

Assistante à la mise en scène : Liràn Martinez Zarate

Direction technique : Raymond Delepierre

Régie lumière : Gauthier Minne

Habilleuse : Nina Juncker

Coproduction : Rideau de Bruxelles / Théâtre des Chardons.

Photos : Alessia Contua

 

LES PETITS ANGES DANS LA BOUE

Jusqu’au 05/12/15

RIDEAU DE BRUXELLES

Rue Goffart 7 a – 1050 Bruxelles

Infos Réservations : 02 / 737 16 01

A noter ce débat ce mercredi 25/11( à l’issue de la représentation) animé par Michael Delaunoy, directeur du Rideau de Bruxelles, avec Rosario Caicedo, sœur de l’auteur, Sandro Romero Rey , responsable de l’édition de l’œuvre d’Andrés Caicedo, Juan Martinez, et toute l’équipe du spectacle.

 

Amis de l’émission/blog  » Les Feux de la Rampe « , merci beaucoup pour votre intérêt à ce blog.

Notre moment de séparation : Je reste dans l’ambiance colombienne en vous faisant écouter une très belle chanson  pleine de vie.

A tout bientôt.

 

Roger Simons