L’HOMME SEMENCE (RICHES-CLAIRES)

«  Est-ce qu’on ne pourrait pas semer un peu ? » 

Il s’agit d’un récit écrit en 1919 et porté à la scène en 2015.

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1852. Violette Ailhaud est en âge de se marier quand son village des Basses-Alpes est brutalement privé de tous ses hommes par la répression qui suit le soulèvement républicain contre Louis Napoléon Bonaparte en décembre 1851…

Il s’écoule plus de deux ans avant qu’un homme n’apparaisse : «  Ca vient du fond de la vallée. Bien avant que ça passe le gué de la rivière, que l’ombre tranche, en un long clin d’oeil , le brillant de l’eau entre les Iscles , nous savons que c’est un homme. »

Nos corps vides de femmes sans mari se sont mis à résonner d’une façon qui ne trompe pas.

Nos bras fatigués s’arrêtent tous ensemble d’amonteiller le foin. Nous nous regardons et chacune se souvient du serment. Nos mains s’empoignent et nos doigts se serrent à en craquer les jointures : notre rêve est en marche glaçant d’effroi et brûlant de désir.

(Postface de l’historien Jean-Marie Guillon de l’Université de Provence, membre de l’association 1851)

 

L’Homme semence.

« Mon cœur et mon corps sont vides. Le premier pleure l’homme perdu . Le second l’homme qui ne vient pas.

 

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 Lire ce texte est un plaisir ! Entendre ce texte, c’est un régal, mis en vie par Marie Avril qui a l’art de raconter l’histoire, tantôt souriante, tantôt triste de Violette Ailhaud.

Annette Brodkom l’a mise en scène avec tendresse, sincérité, simplicité, la faisant se déplacer avec souplesse.

Annette Brodkom(metteure en scène) : J’ai voulu associer à ma mise en scène le travail de la chorégraphe Fanny Roy.

L’allusion à la danse n’est pas gratuite. Initialement, le tango était la danse que les hommes dansaient entre eux, pour calmer l’attente et la langueur. Il s’en dégage une sensualité vibrante et falcinante.

 

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 La musique est présente et crée une ambiance fascinante.

Annette : J’ai demandé à Daphné D’Heur de créer une bande sonore inspirée des Saisons de Vivaldi. En y ajoutant celles composées par Piazzola et Richter.

 

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Scénographie

Annette : Je l’ai confié à Jennifer Chabaudie.

Jennifer et moi-même la présence de la Provence sur le plateau. Celle-ci est représentée par une immense toile de parachute sur laquelle elle a peint la copie grandie d’un tableau de Henri-Edmond Crosse , peintre pointilliste du Lavandou, de la fin du 19 ème siècle.

Cette scénographie simple et colorée ouvre grand l’imaginaire du public et participe à la générosité et à la vitalité présente dans ce spectacle : vibrant, sensuel et poétique.

Le récit de Violette Ailhaud témoigne des mouvements des répressions qui ont surgi en Provence suite à l’insurrection républicaine de 1851.

Annette Brodkom : Le propos qui nous occupe dans ce spectacle s’inscrit dans l’histoire de l’humanité.

De tout temps, les hommes ont dû quitter les villages pour partir se battre ou résister.

De tout temps, le vide que la guerre provoque, a tonné dans le ventre des femmes comme un appel irrésistible à la vie.

Le corps de la femme est au cœur même du jeu dans une proposition scénique contemporaine axée sur la narration et le mouvement.

Les mouvements du travail de la terre comme point de départ , qui se transforment en la langueur de l’absence , les gestes répétitifs, et puis le désir , et puis le corps qui s’abandonne..

Comme le tango argentin qui «  renferme, comme tout ce qui est authentique, un secret ! » dont nous explorerons la dynamique.

 

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1852, Violette Ailhaud se souvient et raconte comment des femmes ont répondu à cet appel en faisant le serment de se partager le premier homme qui apparaîtrait dans leur village.

Son récit, longtemps tenu secret, nous interroge aujourd’hui sur le besoin absolu de laisser la vie prendre racine.

Violette Ailhaud : J’ai décidé de raconter ce qui s’est passé après l’hiver de 1852 parce que, pour la seconde fois en moins de 70 ans, notre village vient de perdre tous ses hommes sans exception. Le dernier est mort le jour de l’Armistice, le 11 novembre dernier…

«  A chaque fois la République nous a fauché nos hommes comme on fauche les blés. C’était un travail propre. Mais nos ventres, notre terre à nous les femmes n’ont plus donné de récolte. A tant faucher les hommes, c’est la semence qui a manqué… »

L’homme en semence…

Une magnifique histoire ! Une véritable histoire d’un amour brisé par la guerre.

Un récit poignant sans tomber dans le mélodramatique , dans le romantisme. Une envie de vivre et d’aimer !

Un texte poétique de Violette Ailhaud avec des moments désespérés, des moments de joie, des moments d’espoir…

« …Je le regarde et dès cet instant, je sais que j’appartiens à cet homme. Je sais, dans le même temps, que je vais devoir le partager. ..

Violette Ailhaud : L’histoire que je raconte aujourd’hui, au soir de ma vie, s‘est déroulée en provençal. A l’époque, nous n’avions d’autre langue que celle-ci, reçue de nos parents.L ‘idiome provençal – le patois disent les cracheurs est ma langue maternelle et je l’admire pour sa résistance. Pourtant , j’ai choisi d’écrire notre histoire en français pour que ce dont je témoigne se répande au-delà de notre région et parce que j’aime aussi cette seconde langue. Je l’ai apprise je l’ai adoptée comme on adopte une patrie, je l’ai enseignée. C’est celle de cette République pour laquelle nos hommes ont donné leur vie d’un coup et nous les nôtres pendant toute notre vie de femme.

Violette se souvient, au soir de sa vie. Elle raconte la béance du corps endeuillé de la jeune fiançée orpheline de son promis, le corps en désarroi, l’appel des sens , la nécessité viscérale d’être ensemencée , et puis l’amour inattendu qui chavire tout et le désir, et le plaisir…

« Je sais ma faim mais je ne sais pas ce qu’il faut faire. Je ne sais pas comment une femme doit être la première fois qu’elle va jusqu’à la peau de l’homme. »

GENERIQUE DE FIN

L’homme semence/Violette Ailhaud

Avec Marie Avril

Mise en scène :Annette Brodkom

Assistant à la mise en scène : Nathan Fourquet-Dubart

Scénographie : Jennifer Chabaudie

Création sonore : Daphné D’heur

Chorégraphie : Fanny Roy

Chant : Christophe Herrada

Lumières : Claude Enuset

Production : Compagnie du Simorgh, Compagnie des Plateaux Tournants, Festival de Spa.

 

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L‘HOMME SEMENCE

Jusqu’au 28/11/15

LES RICHES CLAIRES

Rue des Riches Claires 24 – 1000 Bruxelles

Infos Réservations : 02 /5482580

 

Amis de l’émission/blog «  Les Feux de la Rampe »   , merci de votre fidélité sans cesse renouvelée.

Notre moment de séparation : Le nouveau film de Christian Vincent « L’HERMINE » avec ce prodigieux et exceptionnel comédien:  Fabrice Luchini, qui a reçu le prix du meilleur acteur au Festival de Venise.

Christian Vincent(réalisateur): Fabrice est un sacré beau parleur. Je le voyais bien dans le rôle de quelqu’un qui poserait des questions. On le connaît exubérant , mais il a aussi une grande capacité d’écoute , ce qui n’a pas été beaucoup mis en évidence  dans ses personnages.

(Fabienne Bradfer/Le Mad 18/11/15)

Rencontrer ou voir sur scène ou  à l’écran Fabrice Luchini, c’est toujours un un beau moment à passer.

A tout bientôt!

Roger Simons