JACQUES LE FATALISTE – DENIS DIDEROT (THEATRE LE PUBLIC)

Amis de l’émission/blog  » Les Feux de la Rampe  » , bienvenue au blog où vous allez rencontrer deux amis qui se baladent dans la vie en méditant gaiement sur nos amis, nos amours , nos emmerdes…et notre destinée.

JACQUES LE FATALISTE

Est-ce qu’on est maître de devenir ou de ne pas devenir amoureux ?

Et quand on l’est, est-on maître d’agir comme si on ne l’était pas ?

JLF2-6©CiciOlsson.jpg

 

Un texte  de Denis Diderot, dans une adaptation et une mise en scène de Jean Lambert.

Jean Lambert : Jacques , une sorte de valet et son maître ont entrepris un voyage , on ne sait ni d’où ils viennent ni où ils vont. En huit journées, ils traversent un paysage qui nous est peu raconté.

Par contre, à la fin du roman – car il s’agit bien au départ d’un roman de Diderot -nous n’ignorons rien de leur conversation et de ses digressions.

Le récit principal contient lui-même des récits en gigogne.

Ils leur arrive un tas d’avaries : nuits bousculées, enterrements, rencontres, orage…

Diderot s’amuse, remet en cause le code romanesque,  sa cohérence, son systématisme.

Mon adaptation est centrée autour de la question du duo : comment en somme-nous arrivés là, qui décide de nos vies , de nos amours ? Notre classe sociale nous impose-t-elle ce parcours-là?

Jacques et son maître remontent loin dans leur histoire jusqu’à l’enfance pour Jacques qui est le plus bavard. Mais le destin  du maitre se dévoile peu à peu jusqu’à la situation la plus épique du récit.

Comment vont-ils revenir sur les évènements passés , reconstituer les étapes qui les ont menés là aujourd’hui ?

Le chemin entortillé du bavardage sert-il simplement à justifier ce vers quoi ils vont, car ils n’ont pas la naïveté du lecteur ou du spectateur : quand ils commencent à raconter , ils savent ce qu’ils ont à justifier…Il s’agit de donner un sens à ce qui est arrivé.

JACQUES LE FATALISTE

Nous, spectateurs, sommes un peu perdus. Nous avons à faire travailler notre imaginaire !

Nous suivons les propos philosophiques de ces deux personnages qui déambulent, s’arrêtent dans les auberges…

L’un est le maître de l’autre ! L’autre, le valet de l’un !

On se demande  qui est qui, du maître et du valet ! On ne le saura vraiment jamais  ou presque !

 Jacques les fataliste -5- (c) Bruno Mullenaerts.jpg

 

REFLEXIONS

Sur le  titre  et sur le thème du maitre et du valet .

Le valet  est identifié par un prénom(absence de patronyme) alors  que le maitre est identifié par sa fonction ce qui permet de conclure que Jacques occupe la place du valet.

En nommant Jacques en premier , Diderot  semble lui donner un ascendant sur son maitre , ce qui augure d’une relation inversée entre les deux personnages .

JACQUES LE FATALISTE(RESUME)

Jacques et son maître , comme Sancho et Don Quichotte , déambulent donc sur les routes , s’arrêtent dans les auberges , vivent des aventures extravagantes et font des rencontres étonnantes.

Au fil de leur voyage , tout est jeu , liberté , plaisir et prétexte à se questionner : le bien et le mal, l’amitié , est-ce que l’on sait où l’on va ? Sommes-nous libres ?

Jacques a une devise :  Tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut…

C’est plein de verve, de sagesse, d’humour car on rit souvent au cours du spectacle.

 

JLF2-2©CiciOlssonJPG.jpeg

 

DIDEROT AU THEATRE LE PUBLIC

Un travail magnifique d’adaptation  à partir du roman de Diderot !

Une écriture brillante, magnifique, un véritable régal !

Une mise en scène originale  et vivante , en osmose avec l’oeuvre originale.

Jean Lambert a insufflé à ses deux acteurs ce jeu  moderne d’interprétation « lisible pour le spectateur » Et c’est fort intéressant cela puisque nous sommes au théâtre !

Une interprétation exceptionnelle par deux comédiens de grand talent, complices de scène depuis longtemps. Deux acteurs que nous avons pu voir ensemble dans différentes pièces au National : Jean-Pierre Baudson et Patrick Donnay.

Ils ont l’art de jouer et dire ce texte – pas facile  et très littéraire – avec simplicité, dans un ton de comédie.

Ils nous séduisent  et nous font aimer et découvrir une œuvre de cette importance.

Ils deviennent des compagnons de route, des voyageurs qui nous racontent.

Ils tiennent du reste  de nombreux propos en s’adressant au public. L’un d’eux offre même un verre de vin  à un spectateur.

Je croyais  de j’allais m’ennuyer et ne pas m’y retrouver dans la langue  et le propos de Diderot.  C’est tout le contraire qui m’est arrivé.

Jacques le fataliste -1- (c) Bruno Mullenaerts.jpg

Impressions de Mijanou (spectatrice) 

Mijanou : Je me souviens de l’évocation de ce roman satirique dans mes cours de littérature de jadis, mais je n’avais jamais lu ce livre.Grâce à cette pièce, c’est comme si c’était fait… et en plus amusant !

Ce duo est attachant. Le Maître de philosophie (le valet) nous pose une bonne question :

Qu’en est-il de notre liberté d’action, de notre libre-arbitre ?

Tout serait-il écrit « là-haut » comme à l’avance ?

L’occasion est en tout cas donnée de s’interroger sur les lois des causes et effets, sur l’interdépendance, sur l’environnement du milieu social, sur l’importance de la construction psychologique de l’individu (« Est-ce qu’on est maître de devenir ou de ne pas devenir amoureux ? ») sur les hasards et coïncidences qui font que notre vie prend tel ou tel autre tournant… une belle source de réflexion que ce spectacle qui sera sûrement sélectionné par bien des professeurs du secondaire. On peut le leur recommander; cela donnera à leurs élèves le goût du théâtre en tout cas, … et, peut-être, aussi un intérêt pour les courants philosophiques ?

«JACQUES LE FATALISTE »

Jean Lambert (adaptateur et metteur en scène) :  Nous n’avons pas voulu rester dans le  18 ème . Nous jouons sur les époques.

Nous en avons fait des personnages de théâtre. Ils  n’existent pas en dehors des spectateurs.

Dans la situation de la représentation,  ils vont donc vivre une fraction de leur vie de personnages propulsés dans une démocratie parlementaire du 21 ème siècle.

Jacques qui avait signé avec son maître une sorte de pacte qui l’avait fait rêver de citoyenneté, d’égalité des droits, va prendre conscience que quelque chose de son rêve a pris forme !

THEATRE LE PUBLIC

DIDEROT/JEAN LAMBERT

 Jacques le fataliste -3- (c) Bruno Mullenaerts.jpg

 Générique :

Dramaturgie et mise en scène : Jean Lambert

avec la complicité d’Alfredo Canavate

Costumes:  Gréta Goiris

Coiffures et maquillages : Serge Bellot

assisté de Marie Guillon Le Masne

Régie : Matthias Polart

Stagiaire régie : Dorian Franken-Roche

Production : Théâtre  National

Photos : Cici  Olsson & Bruno  Mullenaerts 

JACQUES LE FATALISTE

Avec Jean-Pierre Baudson et Patrick Donnay !

Jusqu’au  29 octobre 2016.

Du mardi  au samedi à 20h30

Infos Réservation : 0800 044 44


Amis  de l’émission/blog  » Les Feux de la Rampe « , merci  pour votre présence quotidienne  et votre intérêt  au blo.

Notre moment de séparation : La vision  du  » Concert des étoiles  » enregistré en la salle des Etoiles de Monte-Carlo  en  mai dernier. De grands artistes lyriques, venus du monde entier, interpréteront les airs les plus marquants  qui furent ceux  de l’une des plus grandes voix du XXe siècle: LUCIANO PAVAROTTI, éteint le 06/09 2007.

C’est un bel hommage qu’on lui rend !

(France 3 – vendredi 09/09- 20h55)

Je vous propose l’écoute de la voix de Luciano Pavarotti!

Un mot encore : Pour ceux qui n’ont pas vu le documentaire  Hallyday, Mitchell, Dutronc il y a quelques jours , une rediffusion ce ce document formidable sur  France 3 – 23h40-  date : 09/09)

Bon temps à Vous tous et à tout bientôt !

 

Roger Simons