version 2016–LE MALADE IMAGINAIRE – MOLIERE-(THEATRE LE PUBLIC)

 

Amis de l’émission/blog  » Les Feux de la Rampe « , bienvenue auprès de cet homme délirant qu’est Argan !Observez-le là tout de suite…


J’ai  vu cette pièce tout à fait extraordinaire plusieurs fois au cours de ma longue carrière théâtrale, la dernière était en juillet 2015 à Villers-la-Ville. Un  » plateau » énorme dans les ruines…

C’était également remarquable tant pour la mise en scène  » extérieure » que pour l’interprétation.

2016. Rien a changé. »Le Malade imaginaire » est plus malade que jamais au Théâtre Le Public. Mais les dimensions du spectacle sont totalement différentes.

A Villers , les acteurs étaient quelque peu en retrait.

A Bruxelles ,  nous spectateurs avons un contact très proche avec eux sur la scène de la grande salle . Nous reçevons cette oeuvre magistrale d’une autre façon, un contact immédiat avec les comédiens.

C’est passionnant !

Je vous propose un peu de musique avant d’entrer dans l’ambiance complètement du  » malade »…


 

Qui est Argan ?  

C’est un homme incommode à tout le monde, malpropre, dégoûtant, sans cesse un lavement ou une médecine dans le ventre, mouchant, toussant, crachant toujours, sans esprit, ennuyeux, de mauvaise humeur, fatiguant sans cesse les gens, et grondant jour et nuit servantes et valets.

Quel mal  éprouve-t-il  qui lui provoque ses angoisses ?

Le poumon ! Pas de doute, c’est le poumon ! Si on ose lui prétendre qu’il n’est pas malade, Argan se rebiffe et n’en démord pas : il veut être malade ! Et pour s’assurer qu’il sera toujours soigné et dorloté, il déclare que sa fille épousera un médecin. Point. Il faudra tout le bon sens et l’humour de la servante Toinette pour calmer la folie qui semble s’être emparée du maître ; comme si les nombreux lavements que ses médecins lui infligent lui avaient siphonné le cerveau ! Mais il s’agit d’en finir avec les charlatans, prescripteurs de potions magiques et autres clystères subtils qui aveuglent Argan, et de ramener ce grand malade à la raison.

 

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 Argan (comptant ) : Trois et deux font cinq , et cinq font dix, et dix font vingt… Ce qui me plaît de Monsieur Fleurant, mon apothicaire, c’est que ses parties sont toujours fort civiles. « Les entrailles de monsieur, trente sous ». Oui mais Monsieur Fleurant, ce n’est pas tout que d’être civil ; il faut aussi être raisonnable , et pas écorcher les malades ; Trente sous un lavement ! Je suis votre serviteur, je vous l’ai déjà dit ; vous ne me les avez mis dans les autres parties qu’à vingt sous …(lisant) Plus un petit clystère insinuatif , préparatif et rémollient, pour amollir , humecter et rafraîchir les entrailles de monsieur…

 

Patrice Mincke(metteur en scène):  Nous avons voulu créer une forme de théâtre ample et spectaculaire, basée sur des œuvres épiques,  sur du théâtre de répertoires,  sur l’adaptation  pour la scène de grandes oeuvres de la littérature.

 Argan : Si  j’étais médecin, je me vengerais de l’impertinence de Molière, et quand il sera malade, je le laisserais mourir sans secours …

 

LE MALADE IMAGINAIRE  interprété par Michel Kacenelenbogen. Nous avions pu l’applaudir l’été 2015 à Villers-la-Ville.

C’est avec bonheur qu’il se remet dans la peau  de Monsieur Argan… Et plus encore..

Le bonheur est partout dans ce spectacle : Argan , les autres avec en tête Toinette  (Anne Sylvain)

 

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Une oeuvre comique mais cependant hantée par la mort, sur la sévère condamnation des « femmes – docteurs », sur le pédantisme…

Ce qui est émouvant, c’est le fait que Molière  a écrit cette pièce peu de temps avant sa mort, en 1673.

A la quatrième représentation de cette comédie, Molière, pris de convulsion, s’éteint quelques heures plus tard.

Grâce à l’intervention de Louis XIV, dont il n’avait pourtant plus la faveur, il échappe à la fosse commune où finissent les comédiens qui n’ont pu abjurer, et il est enterré de nuit, sans aucune pompe.

Triste fin pour un homme qui a répandu le rire à travers le monde  et qui a écrit les plus belles pièces  de théâtres.

 Argan : Monsieur Purgon m’a dit de me promener le matin dans ma chambre douze allées et onze venues ; mais j’ai oublié de lui demander si c’est en long ou en large.

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MOLIERE VU PAR PATRICE MINCKE, METTEUR EN SCENE

 Patrice : La question qui se pose immédiatement : De quoi nous parle ce «  Malade imaginaire  aujourd’hui ? »

S’agit-il encore de dénoncer l’ignorance totale des médecins ?

Même s’il ne me semble pas inutile de rappeler qu’une certaine méfiance et un certain libre arbitre sont toujours bons à cultiver face aux affirmations de certains de nos spécialistes actuels , il me paraitrait idiot d’affirmer que la médecine est inutile ou nuisible.

Cette pièce aurait donc perdu sa pertinence ?

Argan : Ma raison est que, me voyant infirme et malade comme je suis, je veux me faire un gendre et des alliés médecins, afin de m’appuyer de bons secours contre  ma maladie…

Patrice :  Argan , en bon égocentrique qu’il est , souhaite ardemment être malade pour qu’on s’occupe de lui ; mais il craint tout aussi ardemment de l’être, , par peur de voir disparaître ce qui lui est le plus cher au monde : lui.

La « vérité qui fait mal » pour lui, c’est d’entendre qu’il est  en bonne santé et qu’il ne nécessite  pas plus d’attentions que les autres.

Molière nous le montre tiraillé entre deux catégories de personnes : ceux qui l’aiment et qui lui disent ce qu’ils n’aiment pas entendre, et ceux qui ne l’aiment pas et qui lui disent ce qu’il aime entendre.

Il s’entoure de « yes men » qui profitent  de lui en le berçant d’illusions, et veut se débarrasser de ceux  qui sont (trop) sincères avec lui. Ce qui me semble être une situation  tout à fait actuelle …

Vous savez, il y a dans mon entourage une kyrielle d’Argan ; et d’ailleurs, peut-être en suis-je un moi-même…

 Très intéressant le propos  de Patrice Mincke, qui en  dit long sur le personnage d’Argan et de ceux qui l’entourent.Sa mise en scène est d’une grande intelligence.

Syno raccourci : Même si Argan peste contre le coût des soins,  comme on le voit faire au départ de la pièce,  il n’en reste pas moins vrai que l’hypocondriaque Argan ne peut se passer de médecins. ll rêve pour sa fille d’un mari praticien, le pédant Diafoirus. Or Angélique aime Cléante et refuse le prétendant de son  père.

 Toinette : Votre fille vous dira qu’elle n’a que faire  de Monsieur Diafoirus , ni de son fils Thomas Diafoirus , ni de tous les Diafoirus du monde.

 Ulcéré, Argan décide  de la déshériter  au profit de son hypocrite épouse, Béline.

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Mais c’est  sans compter l’aide providentielle de Toinette, l’effrontée servante qui va s’ingénier à faire triompher la cause des amoureux…

Toinette : Ce monsieur Fleurant-là et ce monsieur Purgon s’égayent bien sur votre corps. Ils ont en vous une bonne vache à lait.

Curieux personnage que cet Argan imaginé par Molière, bien difficile à définir. Est-il sincère ? Joue-t-il la comédie ?  Et aussi, est-il vraiment malade ?

 On peut recevoir cette pièce de manière différente.

 On peut se brancher  uniquement sur le rire, sans vraiment chercher plus loin.

 Il est vrai que voir Argan tel qu’il est  affublé, il y a de quoi  pouffer de rire.

 Doit-on prendre Argan au sérieux ?  Cela dépend du jeu de l’acteur. Cela dépend également de la mise en scène.

Celle de Patrice Mincke  est intelligente,  pondérée, avec des effets là où il le faut, sans  excès.

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J’ai beaucoup aimé cette nouvelle version  du « Malade ».

Les treize comédiens croquent à merveille leur personnage.

Les scènes entre Argan  et Toinette (sa servante), entre Argan et sa fille Angélique, entre Argan et son épouse sont excellentes et sonnent plutôt vrai.

Pour moi, la scène la plus forte est celle entre Argan et son frère Béralde(Alexandre von Sivers), qui touche de très près la médecine et les médecins.

C’est d’ailleurs l’une des meilleures scènes de la pièce lorsqu’Argan se met  dans  une colère bleue et se bagarre avec son frère, Béralde.

Une séquence sur la médecine et les médecins. Le propos reste d’une brûlante actualité !

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Béralde  est un homme de bon sens. Il exprime très clairement les idées de l’auteur sur la médecine. Il tente en vain de convaincre son frère qu’il n’y a point d’homme qui soit moins malade que lui, et qu’il  n’y a rien de plus ridicule qu’un homme qui veut se mêler d’en guérir un autre.

Béralde s’attaque à toutes les tromperies dont son frère est la victime, l’engage à tenter une épreuve pour voir quelle est l’affection réelle de sa femme tandis que Toinette organise la mise en scène de la  fausse mort d’Argan.

Une découverte pour Argan qui  perce à jour que sa femme se réjouit de son veuvage tandis que sa fille témoigne d’un gros chagrin.

 

ENTRACTE HUMORISTIQUE


 

LE MALADE IMAGINAIRE

Une comédie en trois actes, satirique, pittoresque , drôle. Le premier acte nous fait découvrir les personnages qui tournent autour d’Argan : Toinette, sa servante  et quelle servante, Angélique, sa fille amoureuse de Cléante, Thomas Diafoirus dont le mérite est d’être médecin, ce qui plait à Argan qui voudrait conclure le mariage entre ce dernier et sa fille , Béline sa seconde femme hypocrite..

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Le deuxième acte : c’est le maître de musique qui vient donner sa leçon à Angélique , en fait tricherie, ce soi-disant  enseignant n’est autre que Cléante. Argan assiste à cette leçon interrompue par l’arrivée des Diafoirus , père et fils. Deux  médecins/clowns qui étalent leurs ridicules. Cela devient  des plus burlesques . Et le faux maître  de musique  et Angélique se mettent à chanter devant toute cette assemblée un petit opéra impromptu qui en réalité  est une déclaration d’amour entre Angélique et Cléante.

Argan devient soupçonneux et arrête ce spectacle.

Le troisième acte débute avec l’entretien entre Argan et son frère Béralde, celui-ci voulant le convaincre qu’il n’y a rien de plus ridicule qu’un homme qui veut se mêler d’en guérir un autre.

Je vous ai déjà évoqué cette scène. C’est celle où Argan parle d’un certain Molière , auteur de pièces comiques. On l’entend même se moquer , le critiquer…

Béralde : Moi, mon frère, je ne prends point à tâche de combattre la médecine ; et chacun, à ses périls et fortune, peut croire tout ce qu’il lui plaît. Ce que je dis n’est qu’entre nous et j’aurais souhaité de pouvoir un peu vous tirer de l’erreur où vous êtes , et pour vous divertir, vous mener voir , sur ce chapitre, quelqu’une des comédies de Molière.

Argan : C’est un bon impertinent que votre Molière, avec ses comédies ! et je le trouve bien plaisant d’aller jouer d’honnêtes gens comme les médecins. 

Béralde : Ce ne sont point les médecins qu’il joue , mais le ridicule de la médecine.

Argan : C’est bien à lui à faire de se mêler de contrôler la médecine ! Voilà un bon nigaud, un bon impertinent, de se moquer des consultations et des ordonnances, de s’attaquer au corps des médecins, et d’aller mettre sur son théâtre des personnes vénérables comme ces messieurs-là.

L’entretien est interrompu par l’arrivée de plusieurs personnages : un apothicaire qui vient donner sa médecine à Argan, M.Purgon qui lui fait une description des maux affreux qui l’attendent pour s’être révolté contre ses ordonnances… Entre encore un  docteur des plus bouffons qui n’est autre que…Toinette.  Et  l’on en arrive  à la fausse mort d’Argan.Un moment émouvant qui montre bien les deux personnages que sont sa femme  et sa fille !

Un beau moment de la pièce auquel s’enchaîne  la réception d’Argan au sein  d’une docte assemblée composée de docteurs, chirurgiens et…apothicaires. C’est joyeux !

Et comme  dit le proverbe : «  Tout est bien qui finit bien. »

Molière , dans son ultime pièce , crée un  chef d’oeuvre et réussit le tour de force de nous faire rire de nos névroses et de nos angoisses.

 DISTRIBUTION

13 comédiens qui défendent merveilleusement leur personnage, en tête desquels MICHEL KACENELENBOGEN, un Argan  accrochant, ridicule parfois, malheureux souvent, émouvant même. Il nous fait pitié cet homme souffreteux.

 ANNE SYLVAIN, Toinette la servante d’Argan , et quelle servante , un  vrai chef !

 ALEXANDRE VON SIVERS,  le frère  d’Argan, Béralde , un homme pondéré.

 CAMILLE VOGLAIRE , Angélique , très discrète  vis-à-vis de son père mais qui aimerait que celui-ci accepte  l’amour qu’elle porte à Cléante.

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 BENEDICTE CHABOT,  l’élégante Béline, perfide et hypocrite.

 Et les autres :

 Damien De Dobbeleer ( le malheureux Cléante)

 David Leclercq ( Purgon)

 Didier Colfs (Monsieur Diafoirus père)

 Maroine Amimi ( Thomas Diafoirus, le fils promu à un beau mariage avec Angélique)

Jean-François Rossion (le notaire, comme tous les notaires,avec un nom qui lui va bien : Bonnefoi)

Lise Leclercq (l’apothécaire)

De  très bonnes idées dans la mise en scène de Patrice Mincke qui a donné un sang neuf à cette superbe comédie de Molière  qui propulse – une fois encore – sa hargne contre les médecins  et la médecine..

Rythme rapide aux mouvements des personnages  en quête du rire, du grotesque et de l’amour.

Patrice a monté la pièce dans la tradition mais de bon goût sans gags gratuits, ni pesants.

Très belle distribution, très homogène où chaque acteur se donne à fond, avec talent et joie et croque admirablement son personnage.

Un grand classique que l’on a beau avoir vu et revu que l’on retrouve toujours avec plaisir et délectation.

« Quoi de neuf ? Molière » disait Sacha Guitry

MOLIERE , l’un des plus grands auteurs de théâtre , maître de la comédie satirique dont les personnages ridicules ou pittoresques sont devenus des archétypes.

 

EQUIPE DE REALISATION

Mise en scène : Patrice Mincke

Assistante à la mise en scène : Sandrine Bonjean

Création des costumes : Chandra Vellut

Scénographie : Patrick de Longrée

Décor sonore : Laurent Beumier

Régie : Louis-Philippe Duquesne

Stagiaire régie : Dorian  Franken-Roche

Photos : Bruno Mullenaerts

« La réalité » matérielle n’était qu’un théâtre infini d’illusions mais la beauté de ces illusions était réelle »

(René Barjavel)

 Création et Coproduction du Théâtre Le Public  et de Del Diffusion Villers

 Monsieur Diafoirus : Ce qu’il y a de fâcheux c’est que quand ils viennent à être malades , ils veulent absolument que leurs médecins les guérissent.

 

LE MALADE IMAGINAIRE

Jusqu’au 25/06/16

THEATRE LE PUBLIC(Grande Salle)

Rue Braemt 64-70 – 1210  Bruxelles

Infos Réservations : 0800 / 944 44

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 Amis de l’émission/blog «  Les Feux de la Rampe » merci pour votre présence et votre curiosité.

 Notre moment de séparation : L’ouverture du 69ème Festival de Cannes avec le nouveau film de Woody Allen   » Café Sociéty « 

Bonne vision  et bonne écoute.

A tout bientôt !

Roger Simons

 


 

 

 

Une réflexion sur « version 2016–LE MALADE IMAGINAIRE – MOLIERE-(THEATRE LE PUBLIC) »

  1. Salut, la dernière fois que j’ai vu cette pièce, je devais avoir 8 ans. J’aimerais bien assister à une des représentations et je compte bien inviter mes amis, qui sont également fans de théâtre. J’ai fait leur connaissance grâce à l’application https://itunes.apple.com/fr/app/woozgo-rencontres-et-sorties/id930500474?l=fr&ls=1&mt=8 , et la bonne nouvelle, c’est que j’ai jusqu’au 8 août prochain pour organiser cette sortie (rire).

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