L’INITIATRICE (FESTIVAL BRUXELLONS)

 

« Essayons de changer ce que signifie être une femme ! » (Waris Dirie)

 


 

(extrait du film  » Desert Flower » de Sherry Hormann -combat de Waris Dirie contre l’excision)

 

L’INITIATRICE

 

Heureuse idée de présenter cette pièce de Pietro Pizzuti dans l’envoûtante cave de la Samaritaine.  Une salle qui crée immédiatement un climat magnétique, légèrement opaque, teintée de lumières discrètes avec l’apport de spots qui se braquent sur les deux jeunes femmes : Adama l’Africaine et la Femme Blanche, sans prénom…

Deux comédiennes émouvantes : Caroline Chisogne (la femme blanche) et Babetida Sadjo , originaire de Guinée-Bissau ( Adama) .

 

IMG_1282.jpg

 

Elles sont non seulement émouvantes mais aussi d’une grande sensibilité et d’un bel érotisme. Elles traitent avec pudeur ce sujet délicat et difficile de l’excision.

 

Adama : Tu as raison. Je ne sais rien et toi non plus de ce qu’endurent mes sœurs charcutées à qui on a amputé la femme. Rien de ce qui reste d’un corps à qui on a déraciné la volupté. Trésor des trésors dont nous jouissons toi et moi et auquel elles avaient droit. Rien, sauf que je mourrais si je ne faisais rien.

La Femme Blanche : Ta mère est prisonnière de…

Adama : D’elle-même.

La Femme Blanche : De vos hommes !

 

Un silence…Les deux femmes se regardent …Un climat lourd…Un plateau complètement dénudé.

 


 

L’INITIATRICE :

 

Une œuvre puissante, dramatique de Pietro Pizzuti, auteur de nombreuses pièces, entre autres « La Résistante » et « Le Silence des Mères ».

 

L’initiatrice de ce projet, c’est Babetida Sadjo, une jeune comédienne que nous avons eu l’occasion de voir dans différentes pièces dont par exemple « RACE » 

 

Babetida : La problématique de l’excision est un sujet qui me tient à coeur depuis fort longtemps et dont, en tant que comédienne, je voulais un jour parler sur un plateau de théâtre.

Or, il y a quelques années, je suis repartie au Guinée-Bissau. Et là-bas, je me suis rendue compte de l’urgence de la situation, je ne pouvais plus attendre. De retour en Europe, il était clair que mon projet allait voir le jour. J’espère d’ailleurs pouvoir crier ces mots jusqu’en Afrique…

 

– Comment vous êtes-vous tournée vers Pietro Pizzuti pour écrire la pièce ?

 

Babetida : J’avais déjà lu de très beaux livres sur le sujet notamment « Fleur du désert » de Waris Dirie et « Mutilée » de Khady. Mais l’adaptation ne s’est pas faite.

Entretemps, j’avais découvert l’écriture de Pietro à travers ses deux pièces que vous venez d’évoquer. J’ai été touchée par la sensibilité de ses mots qui ont le pouvoir de poétiser ses problématiques très dures. Je lui ai présenté mon projet. Lui-même avait envie d’écrire sur l’excision, et un an après notre rencontre, il me remettait son texte.

 


 

 

L’ŒUVRE

 

De nos jours…Une femme blanche découvre, dans un appartement vide dont elle a les clés, une jeune femme noire qui squatte.

Elle est la fille de Nura, jadis sa femme d’ouvrage.

Nura a été condamnée pour avoir pratiqué l’excision en Belgique. Elle a purgé sa peine et est repartie dans son pays.

La femme blanche n’a jamais pu s’expliquer avec Nura, elle ne l’a pas dénoncée et ne sait pas comment elle a été arrêtée.

 

 

IMG_1285.jpg

 

Impressionnante et fondamentale confrontation entre Adama , la jeune femme noire et fille de Nura et la femme blanche , face  une pratique d’un autre âge , encore appelée « rite »  dans certains pays.

 

 B : Tu n’as pas le droit.

 A : Non. Je ne l’ai pas le droit. Ma mère l’a pris, le droit, comme tant d’autres. Tout comme elle .

 B : J’ai fait tout ce que j’ai pu. Ta mère et moi, nous avons fait tout ce que nous avons pu.

A : En la protégeant comme une femme blanche protège sa nounou noire ?

B : Ne juge pas.

A : Tu as des scrupules à la « civiliser » ? Dommage ! Pour une fois ça aurait sauvé des vies, tu…

B : Tais-toi ! Tu ne sais rien.

A : Tu as raison. Je ne sais rien et toi non plus de ce qu’endurent mes sœurs charcutées à qui on a amputé la femme. Rien de ce qui reste d’un corps à qui on a déraciné la volupté. Trésor des trésors dont nous jouissons toi et moi et auquel elles avaient droit. Rien, sauf que je mourrais si je ne faisais rien.

B : Ta mère obéit à…

A : Tant pis pour elle.

 

 

 

L’excision est un sujet périlleux à aborder en Occident en général et dans le monde médical en particulier. On oscille sans cesse, au nom de la tolérance, entre la volonté de respecter les coutumes, aussi barbares soient-elles, et la mise en place de lois qui répriment ces mêmes coutumes.

Un débat quasi inextricable : de quelle façon peut-on en prendre parti ?

 

Le personnage  de  la femme blanche est confronté à un choix difficile : soit, elle aide l’exciseuse en médicalisant la pratique et elle évite le pire aux filles qui, dans d’autres circonstances se feraient exciser dans des conditions catastrophiques, soit, elle refuse cette assistance et remet les filles aux mains non médicales des coupeuses !

 

 

IMG_3594.jpg

 

La Femme Blanche : Tu sors tes griffes trop tôt.

Adama : J’ai appris dans la brousse. J’y ai fui le joug des mâles qui dictent à ma mère sa boucherie.

La Femme Blanche : Justement , ce n’est pas elle…

Adama : Pourquoi acceptent-elles toutes ! Ils ne nous prennent que si nous sommes mutilées. Pourquoi l’acceptent-elles ?

La Femme Blanche : C’est une coutume. Séculaire. Elle avait un sens.

Adama : Plus maintenant !

 

Dans cette pièce, l’auteur a mis en mots deux corps de femmes : une belge et une africaine.

Une pièce rare d’une grande sensualité.

 

Pietro Pizzuti : La pratique de la mutilation sexuelle infligée aux filles , perpétuée par les femmes et imposée par l’homme , est une barbarie atavique.

L’éradiquer est une entreprise humaine qui doit mobiliser tout ce que l’humain possède de plus évolué pour parvenir à ses fins.

Je salue le travail du législateur mais je ne peux m’empêcher d’espérer que la criminalisation de l’excision soit une phase transitoire vers un abandon définitif par la prise de conscience de la part de ceux qui la pratiquent de son abject

 

 

 

 

 L’INITIATRICE

 

Un spectacle que je vous recommande chaleureusement tant pour l’écriture du texte : des mots justes qui portent, des mots à la poésie éclatante , que pour l’interprétation et  la mise en scène  réalisée d’une manière vivante , intelligente et directe.

Aucun pathétisme !

Nous, spectateurs, vivons  cette histoire qui reste aujourd‘hui encore d’actualité  mais  dont on n’ose pas trop parler.

 

 AU DELA DES MOTS…

 

Simon Paco (metteur en scène) : La question des tenants et aboutissants du drame des Mutilations Génitales Féminines (MGF) constitue le cœur de la pièce de Pietro Pizzuti.

 

Un sujet délicat, sensible, bouleversant , révoltant surtout , qui évoque les traditions , les identités , les lois , les rites, les cultures et les peurs. Mais qui touche aussi aux questions complexes de l’identité culturelle et parfois de sa disparition.

 

Au cœur de la pièce : le corps, celui des femmes ; sa sensualité, son mystère, sa jouissance, son érotisme , son plaisir ainsi que les violences qu’on peut pratiquer sur sa fragilité. Comme l’excision.

 

L’INITIATRICE/PIETRO PIZZUTI

 

Un sujet rarement évoqué qui ne touche pas seulement l’Afrique mais bien toute notre planète et qui nous fait  réfléchir.

 

Pietro Pizzuti (l’auteur) : Babetida , tu es venue à moi respectueuse me demander d’écrire sur l’excision.

Je t’en remercie.

Tu vibrais parce que par le théâtre qui est ta vie tu éprouvais la nécessité de voir naître le spectacle qui te permettrait de communiquer aux hommes et aux femmes qui accepteraient de l’entendre ton cri, ta fureur, ta volonté d’induire le changement.

A l’instant où je voyais tes yeux se noyer par le récit du sang versé, tu prononçais les premières paroles de l’initiatrice, ton frémissement était ma nourriture, ta révolte mon doute.

 

Cette pièce a été créée en septembre 2009 au Théâtre Le Public, mise en scène par Guy Theunissen et interprétée par Florence  Crick dans le rôle de la Femme Blanche et Babetida Sadjo dans celui  d’Adama , la jeune femme noire.

Babetida reprend donc son rôle à la Samaritaine. Le rôle de la femme est  joué par cette jeune comédienne que je découvre : Caroline Chisogne

 

 

IMG_9353.jpg

 

Elles sont remarquables toutes les deux, se donnant totalement à leur personnage avec une force éclatante,  avec leurs tripes, leur cœur.

Elles jouent «vrai ». Plutôt, elles ne jouent pas, ELLES  SONT !

Deux grandes comédiennes que je veux féliciter et que j’espère revoir bientôt ! 

 

LA MISE EN SCENE !

 

Excellente ! Discrète ! Réalisée par Simon Paco.

Un jeune metteur en scène que l’on doit aussi  applaudir. Il a dirigé ses deux actrices avec doigté, virtuosité, intelligence, délicatesse.

Sa mise en action est pleine de recherches, d’un tas de petites choses qui donnent vie à la pièce.

Il a eu aussi l’idée d’engager un violoncelliste que l’on ne voit pas sur le plateau mais que l’on entend  jouer avec enchantement ! C’est merveilleux et poétique !  Sa tonalité est proche du corps féminin, de la voix humaine.  Son nom : Ian-Elfinn Rosiu.

Retenez bien le nom de ce compositeur – musicien : Ian-Elfinn Rosiu Vos aurez peut-être la chance un jour de le retrouver sur une autre scène.

 

 L’INITIATRICE

 

 

Des mots chuchotés, murmurés, brisés !

Des mots  confidentiels  qui frôlent l’érotisme, l’amour, le corps nu…

Un  sujet aussi sensible que celui de l’excision.

 

L’INITIATRICE/PIETRO PIZZUTI

 

Avec Caroline Chisogne, Babetida Sadjoet Ian Elfinn Rosiu.

Mise en scène : Simon Paco

Régie : Matthieu Robertz

 

« A toutes celles qui souffrent dans leur chair pour concilier tradition et droits humains  » ( P.Pizzuti)

 


 

L’INITIATRICE/PIETRO PIZZUTI

BABETIDA SADJO/CAROLINE CHISOGNE

Mardi 18/07/15  et  Lundi 10/08/15

Infos Réservations : 02 /724 24 24

 

Amis de l’émission/blog «  Les Feux de la Rampe », merci pour tout : présence, attention et fidélité.

 Notre moment de séparation:  une magnifique chanson de l’artiste gabonais J.RIO. Un bel hommage à la femme !

A vous retrouver dans l’immédiat !

 

Roger Simons