LE VOYAGE D’ALICE EN SUISSE (THEATRE DE POCHE )

 

Alice a un but dans la vie : trouver la mort. Mais il faut se rendre à l’évidence : seule, elle ne pourra pas mettre son projet à  exécution.

Elle entre en contact avec un médecin euthanasiste de Zürich à la réputation trouble.

 

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A l’heure des technologies les plus avancées et des médecines modernes, à l’époque où la fiction arrive encore parfois à surpasser la réalité, Lukas Bärfuss interroge notre capacité à affronter  l’inéluctable.

La mort peut-elle s’acheter ?

Le rôle du médecin  est-il de nous aider à l’affronter ?

Le désespoir des uns peut-il faire l’avenir des autres ?

Trois questions fondamentales.

 

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Alice : Docteur, j’aimerais bien mourir jeudi à 11 heures !

 

 

Le Docteur Strom , médecin controversé, a accepté d’assister Alice dans sa volonté réitérée d’en finir avec la vie de souffrances sans fin qui est la sienne. 

 

 

LE VOYAGE D’ALICE EN SUISSE

 

Lukas Bärfuss, l’auteur – suisse/allemand,

Helen Mauler et René Zahnd, les traducteurs,

Roland Mahauden, le metteur en scène.

 

 

Lukas Bärfuss est né en 1971 à Thoune (Suisse) .

Ses pièces sont fréquemment jouées sur les plus grandes scènes de Suisse et d’Allemagne et ont été couronnées de nombreux prix.

L’humour noir et un langage sans tabou définissent le style de cet auteur atypique.

 

 

« Il faut apprendre à vivre tout au long de sa vie, et, ce qui étonnera davantage, il faut, sa vie durant, apprendre à mourir » (Sénèque)

 

« L’éternité c’est bien long. Surtout à la fin  »  (Woody Allen)

 


 

 

 

En fait, cette pièce  est un  QUESTIONNEMENT !

Il n’y a pas de réponse aux questions posées !

L’auteur n’a pas voulu écrire une tragédie, ni  une pièce dramatique ou mélodramatique.

 

Dans une succession de séquences rapides où apparaissent de surprenants personnages, certains sont mêmes drôles, l’auteur passe du rire à l’émotion.

 

 

 

LE VOYAGE D’ALICE EN SUISSE

 

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Il faut être sincère : on rit parfois avec Walter, le  vieux propriétaire d’un appartement, et John, de Birmingham, très âgé , au bord de la mort presque, qui visite pour la première fois de sa vie sa ville Zurich.

On est ému dans les séquences où  Alice essaie de parler de son projet d’euthanasie à sa mère, Lotte. Egalement lorsqu’on la retrouve  face à  son médecin euthanasiste, Gustav Strom.

 

Bien sûr, nous sommes au théâtre, dans la fiction, mais néanmoins , nous nous posons beaucoup de questions sur ce problème de la mort assistée.

 

Gustave Strom : Vous faites le voyage quand vous voulez. Un jour vous saurez  c’est le moment. Réglez vos affaires. Testament, assurances. Nous avons établi un aide-mémoire. Travaillez avec des listes, biffez, point par point. Pensez que vous planifiez un déménagement. Pensez de cette manière.

A Zurich, personne ne viendra vous chercher, je veux que vous fassiez seule le chemin vers la Gertrudstrasse , libre, sans contrainte  je voudrais que vous puissiez faire demi tour à chaque pas , y compris avant le dernier.

Vous ne mangerez rien ce jour-là, rien de lourd , en tout cas , le mieux, de toute façon, c’est que vous ne mangiez rien du tout. Le médicament agit mieux sur un estomac vide. Au bout de cinq minutes,  c’est fini !

Je vais vous expliquer ce que devient votre dépouille mortelle…

 

Ces propos ne sont pas faciles à digérer. La peur peut s’installer en nous.

 

Le sujet est très intéressant et traite  avec froideur  LA MORT   recherchée, préparée.

 

 

 

« La plus volontaire mort, c’est la plus belle. La vie dépend de la volonté d’autrui, la mort de la nôtre «  (Montaigne)

 

 C’est un thème délicat que traite l’auteur. On l’évoque souvent. On  le côtoie. On en parle. On s’en échappe.

La fin de la pièce, déconcertante, où le rationnel le dispute à l’absurde,  nous laisse dans l’interrogation sur notre capacité à affronter l’inéluctable.

Cette pièce  suscite des opinions totalement  différentes.

Cela dit, l’auteur  ne va pas en profondeur,  il veut simplement relater, faire découvrir comment est considérée et traitée l’euthanasie de nos jours. C’est un problème qui nous touche tous, qu’on le veuille ou non.

Et c’est  la raison pour laquelle l’auteur  a conçu des séquences  plutôt amusantes.

 

 

Walter ( le propriétaire de l’appartement d’à côté) : Docteur Strom. Je ne veux pas vous déranger, un homme comme vous a plus important à faire.

Vous devez justement savoir que votre voisine, Madame Gubser a déménagé. Celle de quatre-vingts ans. Avec la hanche fichue et le déambulateur. Elle estime que vous êtes un salopard sans foi ni loi, , un laquais du diable , un simoniaque , soit dit en passant je ne sais pas ce que signifie exactement « simoniaque »  C’est sûrement une vieille expression du siècle dernier, et ça colle avec cette Gubser.

Je ne veux pas me mêler de vos affaires Docteur Strom , mais Madame Gubser a raconté de très vilaines choses sur vous , chez le marchand de légumes et au bar à café , je l’ai entendue…

 

 

 

LE VOYAGE D’ALICE EN SUISSE

 


 

 

Roland Mahauden( ex directeur du Poche) a mis en scène cette pièce , engageant Olivier Coyette ( directeur actuel du Poche) pour interpréter le rôle du médecin  , Gustave Strom.

 

Gustav : Mon nom est bien Gustav Strom. Je suis médecin.La question revient toujours : vous avez pourtant prêté le serment d’Hippocrate. Oui, en effet. Alors comment pouvez-vous accompagner des personnes dans la mort. Précisément parce que je l’ai prêté. On peut faire des compromis sur la santé, pas sur la dignité de la vie humaine.

La peur de la mort nous rend vulnérable au chantage. Comment fermer les yeux face à la souffrance que je vois jour après jour dans les hôpitaux et dans les hospices.

Je crois que la vie humaine tire sa dignité de cette liberté : pouvoir choisir le moment de sa mort.

Et je me bats pour çà !

 

 

Ce médecin de la mort  prononce  ces propos comme un conférencier.

Le ton est direct, froid. Il observe sa jeune malade, il lui parle simplement, sans chaleur humaine , d’une manière quelque peu didactique, indifférente.  Il écoute ce qu’on lui confie  sans la moindre réaction  apparente.

 

Olivier Coyette  croque parfaitement son personnage. Ses regards  sont impressionnants.

 

John Dobrynine  est étonnant dans l’interprétation de ses « deux » personnages : le propriétaire  et le vieux John de Birmingham.

Deux compositions réussies.

Il fait vite pour être sur le plateau le propriétaire rouspéteur, quitter la scène et revenir quelques minutes plus tard en vieil anglais. Qui plus est,  John  parle en anglais  (sur titrages sur le grand écran, en fond de scène)

 

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Alice est interprétée par Stéphanie Van Vyve ,  une jeune comédienne que l’on retrouve souvent – et c’est tant mieux –  dans nos théâtres.

Elle joue avet talent  des personnages tellement différents les uns des autres. Et à chaque fois,  elle triomphe. C’est  bien ça : être  comédien !

Elle est émouvante dans le rôle de cette femme  qui veut mourir.

Elle l’interprète avec sobriété  et retenue, sans aucun effet facile

 

Une autre retrouvaille : Nicole Valberg  dans le rôle de Lotte, la mère.

On ne suit pas facilement comment est cette mère.  Curieuse , inattendue dans ses réactions.

 

 

 

 

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Alice : Ne dis pas suicide. Dis mort assistée.

Lotte : Et pourquoi dois-tu aller en Suisse pour ça ?

Alice : Parce que là-bas c’est permis

Lotte : Je n’y cois pas. Ils ont quand même fondé la Croix Rouge. Is aident les gens là-bas…

 

 

 

Julie Sommervogel  joue Eva, une jeune femme qui propose son aide au médecin Strom.

 

 

Eva : J’étais à la bibliothèque. J’ai lu ceci dans le journal   « D’un point de vue médico-humain , les accompagnements vers la mort sont toujours des moments de profond bonheur , où le malade a définitivement laissé derrière lui ses ambivalences , où le solde émotionnel avec les proches est réglé et où il va vers la mort libéré et reconnaissant,  parfois joyeux , parfois triste , grave , aimant , toujours calme , toujours sans révolte  toujours reconnaissant de ce que la vie a donné et de ce que la mort affreuse lui a épargnée.

 

Lorsque, quelques secondes avant d’enfoncer la canule dans le corps, j’écoute en moi-même , je sonde ma conscience et je prête l’oreille aux voix de l’instance éthique , y compris la pré rationnelle , la religieuse, et aux voix du thérapeute , j’entends toujours leur adhésion, sans réserve, et je sais que cette assistance est un acte  médical. C’est bien vous qui avez écrit ça.

Gustav : En tout cas il y a mon nom en bas…

 

 

Roland Mahauden signe ici une mise en scène dépouillée, faisant  jouer ses acteurs   dans une certaine froidure,  détachement, impassibilité, indifférence, tranquillité.

Cette façon de faire  crée  bien  le ton  et le climat qui peuvent  régner dans ces situations que personnellement je considère comme  plutôt tragiques.

 

 

INFO

 

Je vous recommande d’être au Poche le mardi 29 avril où vous pourrez assister à un débat fort intéressant   : «  DECIDER DE SA VIE, DECIDER DE SA MORT ?

Avec plusieurs intervenants : association  suisse d’aide au suicide, philosophes , professeurs , chef de service des soins intensifs…etc.

Echanges d’indignations, d’expériences, de passions, d’actions citoyennes…

 

 


 

 

 La mort n’est plus ressentie seulement comme une fatalité, mais davantage comme une décision possible.

Le patient qui auparavant était le dernier averti de son état, est désormais considéré comme une personne capable de décider de  sa vie et de sa mort. On assiste à une réelle mutation culturelle.

 

Pays occidentaux : «  La mort idéale,  c’est la mort inconsciente, la mort incolore, inodore, insipide. Tout le monde rêve désormais de mourir sans  s’en rendre compte.

 

Pays aux cultures plus traditionnelles : «  La mort est un passage  au même titre que la naissance ou l’adolescence. C’est un  l’existence  puisque, dans ces civilisations, tout le monde admet qu’il y a une vie  après la mort. »

 

 

 

LE VOYAGE D’ALICE EN SUISSE/ CREATION

 

Lukas Bärfuss

 

Jusqu’au  17 mai 2014

 

 

Mise en scène : Roland Mahauden.

 

Scénographie : Olivier Wiame

 

Lumières : Xavier Lauwers

 

Avec :

 

Olivier Coyette, John Dobrynine, Julie Sommervogel, Nicole Valberg et Stéphanie Van Vyve.

 

(Avec des extraits du dossier  thématique et du livre   » Le Voyage d’Alice en Suisse » publié aux éditions L’Arché)

 

 

THEATRE DE POCHE

Chemin du Gymnase, 1 A – 1000  Bruxelles

(Bois de la Cambre)

Infos Réservations 02 / 649 17 27

 


 

 

 

Amis du blog , merci de votre attention et de votre pour vous parler  de la pièce qui se joue au Théâtre National :  « After the walls /Utopia » d’Anne –Cécile Vandalem. Un chant d’espoir adressé à l’humanité.

Et votre musique de séparation ? Une magnifique interprétation de Nana Mouskouri de  « Toi Qui T’en Vas » extrait de «  La Norma » de Bellini.

A tout bientôt…

 

 

 

Roger Simons