DIEU ABOIE-T-IL ? FRANCOIS BOYER ( LA FLUTE ENCHANTEE )

 

Cette pièce, étrange, surréaliste,  qui touche au  fantastique, a été créée à Paris au Théâtre  de l’Athénée le 11 février 1971, dans une mise en scène de Jean Negroni  et interprétée par Jean-Pierre Darras, Yves-Marie Maurin et Anne Alvaro.

 

L’AUTEUR

 

François Boyer, mort  le 24/05/2003.

« Dieu aboie-t-il ? » est sa première pièce  écrite en 1970.

Par contre , il a écrit de nombreux  romans  et scénarios et adaptations pour le cinéma parmi  lesquels : «  L’émeute » , «  La gare du ciel » , « Bébert et l’omnibus «  , «  Le petit Bougnat » ,   « Chiens perdus sans collier » , «  Un singe en hiver » , « La guerre des boutons » et bien d’autres … sans oublier son premier grand succès , tout de suite après la deuxième guerre moniale : «  JEUX INTERDITS » , livre traduit en 12 langues et le film  devenu  classique du cinéma français , réalisé par René Clément et joué par  Georges Poujouly et Brigitte Fossey, avec une musique merveilleuse de Narciso Yepes .

Ce film est resté dans notre mémoire et depuis sa sortie en 1952, nous retrouvons régulièrement les images du petit Michel, de sa copine Paulette et de leur petit chien…

 

 


 

 Georges Neveux (dramaturge) : Il y a dans le cœur de François Boyer un oiseau qui chante. Qui chante le désir, l’enfance et parfois même la mort , avec la même tendresse , la même naïveté malicieuse.

Avec lui, nous pénétrons dans une espèce de paradis où l’on trouve de tout : des clochards, des bandes de gosses, de doux ivrognes et aussi des chats et des chiens.

Il y a même des gendarmes. Mais ils ne sont pas méchants.

Et dans cette pièce qui se passe on ne sait où, mais qui pourrait se passer n’importe où, il n’y a pas un gendarme mais un personnage beaucoup plus redoutable puisqu’il exerce à lui tout seul les fonctions de flic, de juge et de curé. Il incarne à la fois la répression, la loi et la peur de l’enfer !

Et au moment où commence la pièce, on voit une petite jeune fille qui chantée, se trémousse, pend son ligne ou le retire.

C’est une petite illettrée qui passe pour une idiote mais qui est en réalité une espèce  d’enfant fée.

 Pour cette sauvageonne, le temps et l’espace n’existent pas. Elle voit se dérouler la journée de demain en même temps quelle vit la journée d’aujourd’hui.

Et la voilà qu’elle annonce dans le village (on peut imaginer un village ou même une île) qu’un terrible tremblement de terre  va se produire…

 


 

Et c’est pourquoi s’amène chez elle  le flic-curé-juge, pour la questionner.

Et voilà pourquoi  ce mannequin administratif va se transformer en un homme vivant et qu’il entend pour la première fois battre son propre coeur…

 

 

 

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Et voilà que commence cette histoire, bizarre, étrange : la rencontre de cet homme et  de cette fille inspirée par l’inspiration qui paraît quelque peu dérangée.

C’est la rencontre de ces deux personnages et des deux interprètes qui donnent son élan à cette oeuvre difficilement  explicable.

 L’homme, c’est Stocchi, important , braillard, curieux , d’âge mûr qui va tenir tête à la petite Maria.

 

Stocchi : C’est toi l’idiote ?

Maria : C’est toi le nouveau flic ?

Stocchi : Tu te permets de me tutoyer ?

Maria : Toujours les idiotes.

Stocchi : Assieds-toi.

Maria : Non

Stocchi : Comment non ? J’ai à t’interroger.

Maria : C’est un truc.

Stocchi : Quel truc ?

Maria : Pour entre chater mes jambes.

Stocchi : Pardon ?

Maria : La chaise est basse. Je m’assieds  je croise les jambes , toi tu t’installes bien en face et tu entrechates mes jambes.

Stocchi : J’entrechate ?

Maria : Jusqu’au ratonet.

Stocchi ; Ratonet ?

Maria : Toi, t’appellerais ça mon cul.

Stocchi : Il ne faut pas voir peur des mots…

Maria : C’est pas méchant les mots.

Tocchi : Eh bien, alors

Maria : C’est seulement laid des fois. Alors j’en invente des jolis.

Stocchi : Et quand tu me traites de flic ? Tu peux rien trouver de mieux ?

Maria : C’est le mot que tu mérites.

Stocchi : Et si je te flanquais des baffes pour t’apprendre ?

Maria : On peut rien m’apprendre. Je suis idiote…

 

 

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 Ce dialogue du début de la pièce vous donne une idée de ce peuvent être ces deux personnages. Surtout Elle. Et j’aime autant vous dire que  la va loin, plus loin encore…

On se trouve un peu dans un conte … satanique…de fée enfant dangereuse et tout va devenir dangereux…

L’action va se dérouler d’une manière totalement inattendue…

Je préfère taire la suite de cette histoire qui va se poursuivre  étrangement  …

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DIEU ABOIE-T-IL ?

Une pièce au dialogue serré, vif.

C’est une pièce à la croisée des chemins de l’humour – car on rit souvent – de la tendresse – de part et d’autre du reste – de la drôlerie car il st drôle ce flic – du lyrisme , de la cocasserie même.

 

Jean-Jacques Gautier (critique important à l’époque  de la création) :François Boyer a broché une pièce poétique-comico-féérique, d’un ton et ‘un son personnels.

 

On  reste curieux jusqu’au bout car il y a un véritable coup de théâtre pas loin de la fin…

Deux personnages farfelus auxquels on finit par s’attacher.

 

Un affrontement entre deux visions du monde : la raison, l’esprit d’ordre et de routine (le flic-curé-juge)  contre l’imprévisible et même la fantaisie.

La magie est aussi présente entre ces deux êtres dissemblables au possible : une idiote qui comprend le langage des animaux et celui de Dieu , et ce policier qui ne comprend pas grand chose…

A peine passée  le soir de sa création ,  la pièce est devenue, non plus «  Dieu aboie-t-il ? «   mais «  Adorable pucelle » . Le metteur en scène du Théâtre La Flûte Enchantée a  fait mieux , il a  gardé  les deux titres en y plaçant entre les deux mots : ou !

Un bon travail, rigoureux, car  la mise au point de ces deux personnages n’est pas évident au départ.

Ils les ont bien croqués tous les deux :

 

Julie Duprez : Maria

Robert Dubois : le flic-curé-juge ( qui est aussi le metteur en scène)

 

Un décor sonore important : bruits de tremblements de terre, cris de chats et de chiens , remue-ménage…

Une musique violente qui traduit très bien  l’état des choses.

Impressions du metteur en scène, Robert Dubois : Cette pièce : deux êtres que tout sépare face à une catastrophe imminente.

 

Deux visions inconciliables du monde. Mais le lien se tisse peu à peu.

Logique, irrationnel s’affrontent en une joute verbal passionnée. Un huis clos drôle et métaphorique…

Oui d’accord mais il y a tout de même des moments de doute , d’inquiétude et surtout à l’instant où…

 Chut !!! Suite et fin au théâtre…

 

DIEU ABOIE-T-Il ? Ou ADORABLE PUCELLE

François Boyer/Robert Dubois

Jusqu’au 11 mai 2014

 

THEATRE LA FLUTE ENCHANTEE

rue du Printemps 18  –  1050  Bruxelles

Infos Réservation : 0474 / 28 82 69

A NOTER : Ce théâtre  joue  du jeudi au lundi…

 

… Maria  se cache la tête dans les mains pour pleurer tandis que  les lumières s’éteignent petit à petit…


 

(Avec des extraits de la pièce  » Dieu aboie–il ? » de François Boyer , publiée das la collection :  Avant-scène théâtre n° 498 -1er juillet 1972)

 

Merci de votre attention et fidélité.

A tout bientôt avec  la pièce  qui se joue actuellement au Centre Culturel d’Auderghem : «  LES GRANDS MOYENS »  de Stéphane Belaïsch et Thomas Perrier. C’est déjà le dernier spectacle de la saison 13/14.

Nous nous séparons avec la superbe chanson de Jacques Brel : «  La chanson des vieux amants » interprétée par  Nara Noian.

Aucun  lien avec la pièce «  Dieu aboie-t-il ? »

Cette chanson se trouve sur le nouvel album de Nora.

 

Roger Simons