LE DRAGON D’OR ( THEATRES : VARIA & ATELIER 210)

 

 

ROLAND SCHIMMELPFENNIG

 

 

Pas facile à retenir ce nom de l’auteur allemand…

Plusieurs de ses pièces sont traduites en français et montées tant en Allemagne  qu’en France et en Belgique.

Les plus connues sont «  Une nuit arabe », créée au Staatstheater de Stuttgart,« Push up »  créée en 2001 à la Schaubühne de Berlin, et au Rideau de Bruxelles en 2006, et « Avant/Après ».

«  Le Dragon d’or » est l’une de ses toutes dernières pièces.

 

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DES SAVEURS ET DES EPICES DE L’EXISTENCE

 

On est dans l’imaginaire, tout au moins pour moi…tel que j’ai « vécu » ce spectacle.

 

Dans la minuscule cuisine du Dragon d’or, un restaurant express chinois-thaï-vietnamien , situé au rez-de-chaussée d’un immeuble , une batterie de cuisiniers s’affairent autour de woks qui grésillent.

Ce soir-là, le « Petit » clandestin et fraîchement débarqué de Chine , souffre d’un terrible mal de dent qui va être soigné : une pince rouillée , un p’tit coup de schnaps, et voilà la dent qui s’envole dans le plat Pad Thaï n° 6 dont la jeune hôtesse de l’air va bientôt se délecter.

Séduite par l’objet  elle l’emporte et  ne peut s’empêcher de la mettre dans sa propre bouche, comme si quelque chose soudain prenait sens.

En attendant, dans l’arrière cuisine, le Petit se vide de son sang. Il est venu ici  pour retrouver sa sœur mais aucune trace d’elle.

Entre les tables du restaurant se croisent les habitants de l’immeuble : des vieux qui rêvent de redevenir jeunes, des jeunes qui rêvent de ne pas vieillir et des couples qui rêvent de meubles pour s’aimer mieux…

Un joli monde consumériste venu se remplir la panse d’un peu d’exotisme défile dans ce lieu. L’occasion d’oublier une frustrât, d’étouffer une angoisse, de remplir un vide, de se sentir moins seul…

 

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Dans la promiscuité des grandes villes, se côtoient sans se regarder les immigrés, les autochtones , les bourreaux et les victimes. Autant d’être prisonniers de leurs propres clichés qui viennent s’empiffrer de nourriture et de fantasmes  asiatiques.

 

Avec cette pièce à tiroirs qui emprunte au conte et qu’il découpe en de brèves scènes servies comme des sushis sur un plateau, Roland Schimmelpfennig nous livre un portrait ironique et farcesque de notre société moderne.

 

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LE DRAGON D’OR, loin de produire un théâtre empathique, devient une sorte d’épopée au comique amer, poétique, et touchant pour parler de l’exploitation, de l’avidité, de la clandestinité, et de ce qui nous relie dans cette modernité d’un monde globalisé où l’or et la crasse se confondent en une seule matière.

 

On peut dans le fond admirer le Boudhisme, manger des sushis, soutenir le Tibet , et être indifférents au sort des personnes, en particulier  lorsqu’il s’agit d’un «  Petit » assistant cuisinier d’un restaurant express.

 

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Sofia Betz(metteuse en scène) : On a ici une véritable machine à jouer, où se mêlent narration et incarnation pour transformer nos angoisses existentielles en situations théâtrales déjantées et hilarantes. C’est un objet théâtral hors du commun jouissif, au découpage cinématographique, au burlesque de situations, aux scènes oniriques et aux clichés tordus dans les sens…

Ce qui transparaît, c’est le témoignage cru et interpellant d’une société moderne faite d’individus égocentriques et méfiants les uns des autres.

On découvre une multitude de mondes, collés les ns aux autres sans pour autant autoriser la perméabilité. Pas étonnant qu’on se sente suffoquer !

On ne manque de se reconnaître dans la peur de l’autre et on finit par en rire.

Là est la grande force de cette pièce.

Il importe enfin de dédramatiser !

 

 

UNE GRANDE FABLE HUMAINE

 

 

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Une fable qui nous est contée  et jouée par cinq comédiens.

On les voit s’agiter, grimper les  escaliers, sauter sur une plate forme.

On ne voit rien d’autre !

On suit leurs mouvements bien établis du reste et l’on voit dans son imaginaire toutes ces choses dont ils parlent.

On se perd parfois.

On peut aborder la pièce comme une fable où s’entremêlent des personnages hauts en couleurs, archétypes des contes modernes. Leurs destins se croisent pour questionner la déshumanisation de l’Homme.

 

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Et puis, il y a ce nom qui porte en lui tous les imaginaires : le «  Dragon d’or »  , animal puissant , symbole d’un ailleurs onirique  et porte ouverte sur un monde moderne caché et mystérieux.

 

 

Sofia Betz : Raconter cette histoire comme une fable permet de suggérer, en guise de morale finale, que le choix d’agir avec humanité appartient à chacun.

Aborder cette pièce comme une fable, c’est aussi permettre de faire exister les moments surréalistes, irréels, illogiques qu’engendrent ces personnages angoissés.

C’est faire de tout obstacle une montagne, jouer avec l’irrationnel, plonger dans leurs univers, comme on entre dans les rêves et les cauchemars.

 

 C’est du théâtre très particulier  dans lequel on entre avec prudence  pour bien comprendre les intentions.

Les cinq comédiens interprètent chacun plusieurs rôles au gré d’une narration commune.

 

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La pièce est construite en 48 séquences courtes qui mettent en valeur sept histoires que l’on suit par bribes.

L’écriture jongle entre narration et moments dramatiques.On reste sur la tangente !

Il n’y aucun changement de costume ni représentation naturaliste des différents lieux.

Des escaliers s’entremêlent…La narration dicte l’espace et non le contraire.

Seul le cruel destin de  la « Cigale » a son lieu propre, une sorte de bulle de poésie sordide.

La musique, elle aussi, joue avec les clichés : ambiance «  made in China » , thriller et film noir.

Tout cela définit bien ce spectacle totalement hors du commun !

Ces explications vous aideront à entrer plus facilement dans «  l’arène » .

 

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Repos. on se déconnecte quelques instants. On rejoint la  » cigale  » par l’intermédiaire d’un acteur, grande star  du cinéma français…

 


 

 

 

 GENERIQUE

 

 

LE DRAGON D’OR

Roland Schimmelpfennig

 

Avec Sandrine Bastin, Vincent Minne, Pierre Sartenaer, Candy Saulnier, Baptiste Sornin.

Mise en scène : Sofia Betz

Scénographie : Sarah de Battice

Costumes : Prunelle Rulens

Son : Karim Barras

Lumière : Florence Richard

Assistanat à la mise en scène : Chloé Struvay

Un spectacle de la Cie Dérivation en coproduction avec L’Atelier 210, en partenariat avec le Théâtre Varia , la Fabrique de Théâtre, avec le soutien du Conseil de l’Aide aux Projets Théâtraux

 

 

LE DRAGON D’OR

Jusqu’au 05/04/2014 au Varia

Du 22/04 au 03/05 à l’Atelier 210

 

 

PETIT VARIA

Rue Gray  154 – 1050  Bruxelles

 

ATELIER  210

Chaussée  St Pierre 10 – 1040  Bruxelles

 

Infos-Réservations :

Varia : O2 /640 82 58

Atelier 210 : 02 / 732 25 98

 

 

Je vous laisse  réfléchir et je vous retrouve tout bientôt.

Que pourrai-je  vous offrir comme chanson après l’interprétation de Louis de Funès !… Celle par exemple de Jean Ferrat.

Merci de votre attention et de votre fidélité.

A tout bientôt.

 

 

 

Roger Simons