LES GEANTS DE LA MONTAGNE -(TH.DES MARTYRS) Les Feux de la Rampe

 

PIRANDELLO LE MAGICIEN

 

 

Est-ce que nous vivons ? Est-ce que nous rêvons ? Où est la frontière entre ceci et cela ?  Et qui d’autre plus que les acteurs est  concerné par ce questionnement, puisque leur fonction, est de nous donner l’illusion de la réalité, au point de confondre sur la scène du théâtre celle-ci et celle-là ?

 

Giorgio Strehler (metteur en scène italien, décédé en 1997) : « LES GEANTS », c’est le symbole de l’incapacité de rêver et de croire à la valeur de l’Art !

 

 

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Cette pièce est la dernière écrite par Pirandello,  achevée par son fils…

Son premier chef d’œuvre en 1917 «  Chacun sa vérité ».

Viennent ensuite : « La Volupté de l’honneur « , « C’était pour rire »,  «  Le jeu des rôles » et en 1921 : «  Six personnages en quête d’auteur »

 

1934 : Pirandello reçoit le Prix Nobel de littérature

« Feu Mathias Pascal »

Il meurt deux ans plus après  alors qu’il travaille à une adaptation cinématographique de son roman   « Feu Mathias Pascal »

 


 

 

 Ce film muet a été réalisé par le grand metteur en scène français Marcel Lherbier en 1925 . Quelques mois plus tard , on pouvait le voir dans les cinés de l’époque .

 

Synopsis : Mathias Pascal est ruiné. Il épouse malgré tout, Romilda.

 

Mais au devant de l’échec, il s’enfuit  et s ‘en va  jouer au casino à Monte-Carlo où il gagne beaucoup d’argent.

 

Après son retour au village, il découvre que sa mort par noyade  a été annoncée publiquement.

 

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C’est le grand comédien Ivan Mosjoukine qui tient le rôle de Mathias Pascal et ce qui est amusant, on trouve dans la distribution deux grandes stars françaises : Pauline Carton et Michel Simon.

Ce film est encore visible à la formidable  Cinémathèque  Royale de Belgique.

 

 RETOUR VERS LA MONTAGNE

 

 

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Voilà les géants ! Voilà les géants !

Des gens chez nous ! Des gens chez nous ! Vite, les éclairs, les tonnerres et la langue verte, la langue verte sur le toit…

Ils avancent pour de bon ! Ils sont là en bas ! Et nombreux, plus de dix !…

 

Luigi  Pirandello : Je crois vraiment que je suis en train de composer , avec une ferveur et une anxiété que je ne réussis pas  t’exprimer , mon chef d’œuvre , avec ces GEANTS DE LA MONTAGNE .

Je me sens monté à un sommet où ma voix trouve des amplitudes d’une résonance inouïe. Mon art  n’a jamais été aussi plein, aussi varié et imprévu : c’est vraiment une fête pour l’esprit et pour les yeux, tout en palpitations  brillante et frais comme le givre.

« LES GEANTS DE LA MONTAGNE » sont le triomphe de la fantaisie, le triomphe de la poésie, mais en même temps la tragédie de la poésie, au milieu de ce brutal monde moderne…

(Extrait de sa lettre à Marta Abba –  la muse et la source d’inspiration de Pirandello)

 

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La vie de Marta est indissociable de celle de ce grand dramaturge et metteur en scène de théâtre  sicilien.

Elle s’éteignit d’une  hémorragie cérébrale dans sa ville natale de Milan, le jour  précédent son  88ème anniversaire !

 

 LES GEANTS DE LA MONTAGNE

 

Dans une villa peuplée d’étranges habitants, arrive une troupe de théâtre tout aussi singulière, électrisée par la personnalité mélancolique et fascinante de la Comtesse…

En quête d’une scène où jouer, les comédiens font une halte dans cette demeure délabrée où les  pantins prennent vie, où les apparitions se mettent  à déclamer leur texte, où les frontières entre la vie et les songes s’effacent, avant de décider d’aller jouer devant les terrifiants Géants de la montagne…

 Mais que représentent aujourd’hui ces GEANTS DE LA MONTAGNE ?

Olivier Celik (Avant-scène théâtre) : Quelles sont, en somme, les menaces qui pèsent sur les principes les plus  fondamentaux de la civilisation ? Viennent immédiatement à l’esprit tous les fléaux du monde moderne, de l’impérialisme militaire aux fanatismes de  tous bords, des injustices économiques et sociales à échelle mondiale aux terrorismes les plus sanglants : toutes formes à des degrés divers, de négation des valeurs de l’art et de la vie.

Voilà sans doute ce  qui donne  à la pièce de Pirandello, non pas une actualité brûlante, mais une  inactualité  nécessaire.

Inactualité qui la rend aussi apte à embrasser  des sentiments universels qu’à défendre, par la puissance de ses images, tout ce qui fonde l’homme dans son humanité.

Mettre en scène LES GEANTS DE LA MONTAGNE,   n’est-ce pas, en ce sens, faire acte de résistance, théâtralement poétiquement ?

Résistance qui a su rassembler, dans ce rang une assemblée de courageux, qui chaque soir , veulent encore nous faire croire au théâtre en nous offrant , pourtant, le spectacle de son anéantissement.

Tel est le paradoxe des Géants de la montagne et sa sublime vérité.

 

 

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 LES GEANTS DE LA MONTAGNE

 

Une pièce mythique, un enchantement, un spectacle fellinien, des personnages étonnants interprétés par dix-sept comédiens, un environnement très décoratif et musical  très spectaculaire.

Et  puis  les costumes, les masques d’une troupe rompue au chant, à la pantomime, aux masques et à la musique.

 

PIRANDELLO ET SES GEANTS

 

Giorgio Strehler : C’est un drame sur le théâtre, mais il ne s’agit p des problèmes qui se posent aux acteurs dans le jeu, ou du rapport entre les personnages et les personnes.

La pièce traite en réalité, de la possibilité  de communication de la poésie dans une collectivité assourdie, et je crois que c’est un problème d’aujourd’hui.

 Le texte met en présence deux positions devant la vie : d’une part Cotone et les gens de la Scalonia  ont trouvé la liberté de la fantaisie, de la poésie, de l’absolu, mais en se dérobant à la vie.

Ils sont au-delà de la vie, ils sont peut-être morts

 Dans  ce monde au-delà du monde, les enchantements sont possibles.

 De l’autre côté, la comtesse et les comédiens représentent une collectivité qui se bat pour demeurer parmi les hommes et qui, jour près jour, s’est ruinée, a perdu la possibilité de présenter son spectacle, donc de communiquer.

 Quand les deux collectivités se rencontrent, Cotrone avertit les comédiens

 

Cotrone : Ici, vous pouvez être compris, mais n’allez pas vers les hommes. On ne peut pas faire d’art pour les hommes. Il faut rester ici et jouer pour  ce qui vous comprend.

Giorgio Strehler : « La musique la plus belle n’existe pas »  dit-il encore et il ajoute : « la mise en scène la plus belle, je ne l’ai jamais fait, je l’ai pensé ». Voilà le décalage terrible entre l’absolu de l’art et sa confrontation au public. 

 

Cotrone : Moi aussi je renonce. Je fais peut-être des spectacles magnifiques dans ma  tête. Mais à qui bon ? Il y a avant tout, le devoir de continuer  à parler aux gens, même s’ils ne vous comprennent pas. C’est trop facile d’être  des géants vis-à-vis des autres et de dire qu’ils  ne vous comprennent  pas.

 

 

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J’ai rencontré, à l’issue de ce grand spectacle, les deux comédiens  titulaires des rôles principaux : Hélène Theunissen, la Comtesse et Jaoued Deggouj, Cotrone dit le magicien.


                ( credit video / entretien :Paul Freitas)           

 

Merci  à Hélène et Jaoued d’avoir participé à cet entretien qui nous éclaire profondément dans ce que représente cette pièce.

 

 

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Incontestablement, c’est un grand et beau spectacle, mais pas toujours facile à saisir.

Le travail  de mise en scène et de scénographie fait par Daniel Scahaise est  porteur  de grande qualité, de belle intelligence, de compétence et de  la connaissance d’un écrivain et dramaturge comme le fut Pirandello.

Avec toutes mes excuses d’une erreur que j’ai commise en disant – au cours de l’interview – que Pirandello était mort il y a une centaine années . Non, bien sûr. Il est décédé le 10 décembre 1936.

 

 

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Les 17 acteurs sont entrés  dans ce jeu avec énergie, volonté, passion, pour rendre des plus vivantes ces histoires compliquées de Pirandello.

Nous retrouvons ici des acteurs attachés  au Théâtre de la Liberté.

Nous  en découvrons d’autres qui y entrent.

L’ensemble forme une troupe attachante, vivante, compétente, intelligente et talentueuse.

 Il y a l’un des acteurs qui m’a drôlement fait rire , c’est  Bernard Marbaix, l’un des grands comédiens attaché à ce théâtre , qui apparaît dans un déshabillé féminin de cabaret de nuit , maquillé en jeune homo. Il est irrésistible, tellement différent des nombreux personnages qu’il a joué  durant toute une longue carrière.

Hélène Theunissen est extrêmement  émotive dans  le rôle de la Comtesse. Son maquillage la transforme totalement. C’est çà le THEATRE !

 

 

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Le décor est tout à fait exceptionnel et déployé sur cet énorme plateau du Théâtre des Martyrs de long en large et en profondeur car il y a plusieurs trappes desquelles  apparaissent et disparaissent les personnages.

Je ne suis pas  dithyrambique, mais simplement sincère.

 C’est le spectacle à voir !

 

 LES GEANTS DE LA MONTAGNE

 

Triomphe de la fantaisie , triomphe de la poésie mais en même temps la tragédie de la poésie, au milieu de ce brutal monde moderne de plus en plus virtuel !

Je vous propose , exceptionnellement, une longue vidéo qui groupe plusieurs séquences de la pièce . Comme une bande de lancement au cinéma, réalisée au Théâtre des Martyrs.

 


 

DISTRIBUTION

Maxime Anselin, Barbare Borguet, Toni D’Antonio, Isabelle De Beir, Gauthier de Fauconval, Jaoued Deggouj, Daniel Dejean, Dolorès Delahaut, Karen De Paduwa, Christophe Destexhe,Bernard Gahid, Laure Renaud Goud , Stéphane Ledune, Julie Lenain , Bernard Marbaix, Sylvie Perederejew, Hélène THeunissen.

(Voilà une pièce qui fait vivre  les acteurs et cela, c’est formidable !)

 Mise en scène et  scénographie : Daniel Scahaise

 Assistanat à la mise en scène : Céline Schmitz

 Traduction de Jean Manganaro

 Création vidéo : Vincent Pinckaers

 Mouvements chorégraphiés : Jean-Louis Danvoye

 Costumes : Anne Compère

 Maquillages : Patricia Timmermans

 Coiffures : Laetitia Doffagne

 Régie/Lumières : Philippe Fontane

 Régie plateau : Gutierrez Silva Cristian.

 Musique de scène : Daniel Dejean

 

Bravo à tous pour leur travail exalté, enthousiasmé,  passionné.

Aimer le théâtre,  faire du théâtre  c’est  une passion que  je  recommande vivement !

 « Le théâtre est une de ces ruches où  l’on transforme le miel du visible pour en faire de l’invisible ! » (Louis Jouvet)

 

 LES GEANTS DE LA MONTAGNE/ PIRANDELLO

 Jusqu’au 15  mars 2014

 


(diaporama-photos Paul Freitas – musique originale pour le spectacle : Daniel Dejean- tous droits réservés – sabam 2014)

 

THEATRE DE LA PLACE DES MARTYRS

place des Martyrs 22  1000  Bruxelles

Infos Réservations : 02 / 223 32 08

 Pour ceux qui s’intéresseraient à cette pièce de Luigi Pirandello,  je leur signale  la publication de l’œuvre dans la collection «  L’Avant-scène théâtre »  n° 1215  date de parution : 1er janvier 2007.

 

LES GEANTS DE LA MONTAGNE

 Un mythe de l’Art !

 

Ils descendent de la montagne !Tous à  cheval ! Et  parés pour la fête !Vous entendez ? On dirait les rois du monde ! Allons-y ! Allons voir !

 

Merci de votre attention.

La toute prochaine « note » sera consacrée à l’œuvre de Jean Cocteau « LA VOIX HUMAINE »  que joue actuellement Monique Dorsel au Théâtre des Martyrs.

Et encore, tout tout bientôt …une surprise !

On se quitte en musique bien  entendu avec une magnifique composition de Jean-Sébastien Bach « Sarabande en ré mineur » interprétée par  la grande violoniste Anne Sophie Mutter.

 

Roger Simons