ET AVEC SA QUEUE , IL FRAPPE ! THOMAS GUNZIG (THEATRE LES TANNEURS)

 

Bonjour à Vous. Ne soyez pas offensée avec le titre de cette pièce.

Elle n’a rien de porno. Elle est particulière et terriblement amusante !

 

 


 

 

Vous connaissez bien l’auteur si vous écoutez la RTBF  (La Première), le matin sur le coup de 7h45.

Il nous offre un billet irrésistible avec son « café serré ». Allez , vous voyez de qui il s’agit ? Thomas Gunzig !

 

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Non, pas à cet âge-là…A celui-ci…

 

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Thomas : Quand j’avais douze ans  j’étais aussi maigre et craintif qu’un petit oiseau tombé du nid. La vie m’apparaissait comme un océan furieux et moi, sur son bord, je le regardais avec terreur , convaincu qu’un jour il m’emporterait avec lui et qu’on ne me verrait plus jamais.

 

Le fait est que je ne comprenais rien au sexe ni à la violence qui était les deux prédateurs qui habitaient ses grandes profondeurs. Mais bien entendu, le sexe et la violence, que je pressentais liés d’une manière ou d’une autre, étaient ce qui m’intéressait le plus. J’en avais un peu honte bien entendu, j’avais la très nette impression qu’être aussi intéressé par le sexe et par la violence , surtout quand on est maigre et craintif , trahissait une âme tordue dont l’avenir promettait d’être pénible, un peu comme Arnie , l’anti-héros de   «Christine » le film de John Carpenter que je vis des années plus tard, et dans lequel un gringalet à lunettes est possédé par la puissance maléfique de sa Plymouth Fury rouge sang.

 


 

 

Thomas: Évidemment , mon inquiétude qui se muait lentement en ce sentiment si étrange qu’est la « peur de vivre «  , trouvait son origine dans mon incapacité à trouver les coordonnées de ces deux points , sexe et violence, essentiels à toute géographie humaine.

Et puis, dans cette première moitié des années quatre-vingt , nous fîmes l’acquisition d’un lecteur VHS et , pas loin de chez moi , il y avait un de ces premiers «  video club » avec un marchand pas trop regardant sur l’âge de ses clients.

Bien qu’à l’époque je ne mesurais pas encore à quel point  j’avais malgré tout eu l’intuition d’être sur le seuil du pays des merveilles tout simplement…

 

Et c’est ainsi  que ce jeune garçon commença à regarder de très nombreux films de toute grande… qualité, très intellectuels, littéraires, d’une poésie et d’une prose sublimes. !!!

 

 


 

 

Thomas : Alors , tous ces films , toutes ces images , toutes ces histoires , tous ces cris , tout ce sang , tous ces meurtres , tous ces justiciers , tous ces coups portés au visage , tous ces scénarios bizarres, mal fichus mais toujours en trois actes , avec le temps ça m’a aidé à vivre  ou plutôt ça m’a appris à vivre !

 


 

 

ET AVEC SA QUEUE , IL FRAPPE !

 

 

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Cette pièce raconte donc l’histoire d’un homme qui a fait l’apprentissage de la vie à travers les films qu’il a aimés.

 

Thomas Gunzig : Et cet homme, ce n’est pas moi.

 

 


 

 

 Thomas Gunzig , fidèle à lui-même , la plume acérée , nous propose avec cette pièce une écriture comique et acerbe , mais jamais violente.

Il met en valeur l’absurdité de la vie tout en l’acceptant dans un même mouvement.

Il met le doigt sur les contradictions de l’être humain et sur ce que celles-ci ont de comique.

 

Le thème du cinéma est l’idée de base à partir de laquelle Thomas Gunzig a démarré son écriture.

Les films dont il est  question, qui fascinent le père narrateur et ont façonné sa vie, ne sont pas des films intellectuels, abordant de manière philosophique les questions du sens de la vie et de la moralité. Ce sont au contraire des films que l’on pourrait assimiler à de la « série B » que l’on considère habituellement comme artistiquement et esthétiquement inférieurs.

Mais ce sont ces films-là qui ont aidé ce père à apprendre à vivre, notamment en assimilant à travers eux  la condition mortelle de l’humain.

 

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Les autres thèmes traitent de la peur, de la paternité, des rapports père fils, de se que l’on peut dire du monde à un enfant , de comment l’on doit parler du monde à son fils …

Des questions vertigineuses !

Avec un texte  simple,  drôle   une interprétation exceptionnelle du comédien  Alexandre Trocki , une mise en scène très travaillée sur le texte , simple et épurée par David Strosberg( directeur des Tanneurs), une mise en espace , le grand  plateau des Tanneurs,  sur lequel le comédien bouge à peine, nous racontant des moments de la vie  du père et de son fils.

Avec des lumières tamisées se projetant sur l’acteur et une pluie légère mais incessante qui déferle sur le comédien.

 

 

LE TRAVAIL DE DIRECTION  D’ACTEUR…

 

 

 

David Strosberg : C’est le  travail le plus important. Sans jamais se placer au-dessus du texte, il s’agit de traverser avec le comédien toute la partition du texte , en utilisant sa personnalité et sa fragilité  qui peut de la sorte rejoindre celle du personnage , pour parvenir à une justesse qui fait oublier le travail technique minutieux qui est nécessaire pour atteindre cette parole concrète.

 

Alexandre Trocki est d’une telle vérité dans son interprétation du texte, sa gestuelle, ses regards, le ton de la voix, qu’on en oublie l’acteur.

On se trouve confronté à un homme curieux qui éjecte tout ce qu’il ressent de profond. Le tout avec humour.

 

Voilà une magnifique association de trois personnes :

 

Thomas Gunzig : l’auteur

David Strosberg , le metteur en scène

Alexandre Trocki, l’acteur.

 

Au fil du temps, de nombreuses discussions  ont révélé leurs affinités communes et certaines similitudes dans leur parcours de vie. C’est bien ainsi qu’ils ont décidé de faire ensemble ce spectacle traitant du rôle que peut jouer le cinéma dans la construction identitaire d’un homme et dans son rapport au monde.

 

Et c’est fort bien fait !

 

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Thomas Gunzig , considéré comme l’un des auteurs francophones les plus lus et les plus polyvalents de Belgique.

Il écrit sans cesse, que ce soit des nouvelles, des pièces pour la Radio, des pièces pour le Théâtre. Ses œuvres lui ont valu plusieurs prix littéraires et ont été traduites dans de nombreuses langues.

Son imagination est féconde, puissante, dotée  d’un superbe humour noir.

 

C’est « café serré » ! C’est à voir  au Théâtre Les Tanneurs jusqu’à samedi prochain, le 15 février.

 

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J’ai voulu vous faire voir quelques bouts de ces films « catégorie B ».

Je m’en suis régalé  car je vous l’avoue  c’est la toute première fois que je regarde  ce genre de films que j’ai toujours considérés comme complètement  nuls . 

Je pense que je vais revoir mon opinion à ce sujet.

 

 

 

ET AVEC SA QUEUE, IL FRAPPE !/THOMAS GUNZIG

 

Jusqu’au 15 février  2014

 

 

 

THEATRE LES TANNEURS

rue des Tanneurs 75 – 1000  Bruxelles

Infos Réservation : 02 / 512 17 84

 

 

Allez, encore un  bon petit bout de film B avant de nous séparer.

Tout bientôt , la pièce qui se joue au Wolubilis à partir de ce mercredi : «  LA COMPAGNIE DES SPECTRES » de et avec Zabou Breitman , une magnifique comédienne que nous avons pu voir souvent au cinéma, pas dans le film qui va suivre bien entendu..

Encore un mot : ce mercredi soir 12/02 , Arte diffuse à 22h40 un documentaire passionnant : »Docteur Caligari ou l’invention du film d’horreur….Bonne vision !

 

 

 

Roger Simons