LA NUIT JUSTE AVANT LES FORETS (THEATRE VARIA)

 

BERNARD-MARIE KOLTES

 

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Un premier document : 

 

 

Bernard-Marie Koltès : Je me suis trouvé en contact – pour la première fois peut-être  , en tous les cas d’une ma        nière aussi violente – avec ce qui doit constituer le plus niveau de la classe exploitée , ou du moins celui qui m’a le plus bouleversé , sans doute parce qu’ils avaient moins de vingt ans , qu’ils me ressemblaient sur le plan des aspirations , et qu’enfin ils portaient la marque horrible d’une vie détruite déjà , sur leurs visages.

 

Te donner les détails serait trop long  inutile peut-être ; mais disons qu’il s’en est suivi une conversation de toute une nuit , jusqu’à dix heures le matin , qui m’a fait un choc tel que je n’arrive pas encore à calmer mon esprit. Je n’ai pas pu ouvrir la bouche ; pour la première foi depuis que je suis parti , je me suis senti «  du mauvais côté », et , enfin , j’ai fui comme un voleur , avec une honte dont je n’arrive pas encore bien à voir quelles en sont les causes…

 

Mais il y a que ce soir-là , je me suis senti de l’autre côté – la sensation le plus angoissante que j’ai jamais ressentie…

 

(Extrait d’une lettre de Bernard-Marie Koltès à Germaine Koltès , sa mère – 26/04/76)

 

Cette rencontre a dû jouer un rôle  important dans sa vie.

 

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 RESUME  TRES BREF SUR CETTE NUIT LA …

 

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Un homme , assis à une table de café, tente de retenir par tous les mots qu’ils peuvent trouver , un inconnu qu’il a abordé au coin d’une rue , un soir où il est seul. Il lui parle de son univers; une banlieue où il pleut , où l’on est étranger , où l’on  ne travaille plus ; un monde nocturne qu’il traverse pour fuir , sans se retourner ; il lui parle de tout et de l’amour comme on ne peut jamais en parler , sauf  un inconnu comme celui-là , silencieux , immobile…

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LA NUIT JUSTE AVANT LES FORETS/BERNARD-MARIE KOLTES

 

Ce n’est pas vraiment un seul en scène. C’est un long monologue intérieur. Un grand texte  de solitude, sans adresse .Un enfer urbain , l’impossible dire de la solitude contemporaine…

(Yves Ferry)

 

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Gilles Sandier ( Le Matin) : Le jeune homme que fait parler Koltès , jeune frère de Rimbaud et de Genet , tente de retenir , en usant de tous les mots dont il dispose, un inconnu qu’il a abordé dans la rue un soir où il était seul , seul à en mourir.

Il parle, il parle aussi frénétiquement qu’il ferait l’amour , il crie son univers : ces banlieues où l’on traîne sans travailler et où pourtant l’usine guette , ces rues où l’on cherche un être ou une chambre pour une nuit , ou un fragment de nuit, où l’on se cogne à des loubards partant à la chasse aux ratons , aux pédés, un univers  nocturne où il est l’étranger, l’orphelin , et qu’il fuit en se cognant partout dans sa difficulté d’être et sa fureur de vivre.

 

Un texte superbe, sans littérature…

Je vous recommande vivement de prendre connaissance de  ce texte de Gilles Sandier.

Cela vous permettra  de pénétrer directement dans cette ambiance glauque.

 

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Un texte sans le moindre accent, la moindre virgule,  le moindre point.  Un enchaînement direct, brutal, violent, mais aussi passionnant par le texte, l’histoire mais en priorité l’interprétation du comédien qui  projette qui  hurle ce monologue, qui le fait vivre intensément ce personnage joué formidablement bien par Azeddine Benamara  , acteur français d’origine algérienne .Il est tout à fait extraordinaire. Il joue avec ses tripes et son corps.

Il est impressionnant et d’une vitalité sans pareille !

Eric Castex l’a introduit dans une mise en action scénique  stupéfiante et terrorisante.

 

 

Eric Castex(metteur en scène) : Cette œuvre singulière , écrite d’une seule longue phrase, musicale,  rythmée par l’usage de la parole , est un poignant appel à l’autre – inconnu anonyme , abordé un soir par un étranger anonyme qui parle pour le retenir.

 

Azeddine Benamara : J’ai la sensation de connaître ces mots, je les entends , je les comprends comme une musique familière et je sais combien il est difficile de se sentir étranger dans son propre pays.

 

 

LA NUIT JUSTE AVANT LES FORETS

 

J’ai  eu la possibilité de rencontrer , à l’issue de la représentation ,  Eric et Azeddine. Je vous propose l’écoute et la vision de cette rencontre très sympathique.

 

                    ( crédit video/Paul Freitas: interviews  de Azeddine Benarama et Eric Castex)

 

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Une profération continue ! La harangue du locuteur !  La densité du texte !  Koltès invente  un phrasé du fouillis qu’il désigne à la fois comme désordre et densité, à savoir ce qui est vrai , ce qui ne l’est pas. Le personnage est à la fois attirant et révulsant.

Proféré ans une sensation d’ivresse , le personnage décline sur le mode imaginaire son destin , « avant que ce soit le jour » dans une urgence vitale , proche d’une voix qui chute dans la folie.

 

Eric( le metteur en scène) et Azeddine ( l’acteur) se sont donnés des rendez-vous improbables durant la mise au point d ce spectacle Ils ont répété devant la mer comme dans un studio , dans la rue , dans un champ , dans la nuit , dans le silence qu’est la nuit , où la parole de Koltès résonne comme un long poème de Rimbaud.

 

Ce monologue est le premier texte théâtral revendiqué par l’auteur , Bernard-Marie Koltès.

A voir avec beaucoup d’intérêt !

Soirée spéciale et bord de scène, le mardi 11 février après le spectacle.  A ne pas rater, dans la mesure de vos possibilités.

 

 LA NUIT JUSTE AVANT LES FORETS/BERNARD-MARIE KOLTES

 

( Nominé aux Prix de la critique , catégorie « Seul en scène »  en novembre 2011)

 

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Azeddine Benamara, comédien.

 

Mise en scène : Eric Castex

 

Scénographie : Michel Thuns

Création costumes : Mina Ly

Vidéo et lumière : Vincent Millet

Ingénieur du son : Pierre Alexandre Lampert

Musique et Composition : Dorian Baste

Spectacle du Réseau 7 asbl en coproduction avec le Théâtre Varia, réalisé avec laide de la Fédération Wallonie-Bruxelles – Service du Théâtre.

(Avec des extraits de propos publiés dans le programme du Théâtre)

 

 

LA  NUIT JUSTE AVANT LES FORETS

 

Jusqu’au 15/02/2014

 

THEATRE VARIA  (petite salle)

Rue Gray   154 – 1050  Bruxelles

Infos Réservations : 02 / 640 82 58

 

Je vous propose un blues interprété par John Lee Hooker , un blues qui correspond  au monologue de Bernard-Marie Koltès , avec des accents musicaux  du coin de à New York …On  se retrouve  tout bientôt : une découverte d’un concert  passionnant de musique nouvelle à Flagey avec Jean-Paul Dessy et l’extraordinaire chanteuse américaine, Angélique Willkie.