LA VERITE (THEATRE ROYAL DES GALERIES )

 

« Le vraisemblable est un piège que le mensonge tend à la vérité »(Yvan Audiard)

 

 

 

 LA VERITE / FLORIAN ZELLER

 

«  Le mensonge  n’est un vice que quand il fait du mal ; c’est une très grande vertu, quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps,  mais hardiment et toujours. Mentez mes amis, mentez ; je vous le rendrai dans l’occasion.( Voltaire)

 

Mentir, c’est bien ce que fait sans le moindre repos Michel.

Mentir!  comme un arracheur de dents !

 

 

Qui est Michel ?

C’est quelqu’un qui s’arrange avec beaucoup de choses et avec lui-même. Socialement, il serait plutôt un chef d’entreprise.

Il a une femme, une maîtresse et un meilleur ami, Paul .

Comme beaucoup d’hommes, il fabrique ses mensonges, se ment à lui-même dans un mélange de savoir-faire et de naïveté qui n’est pas contradictoire mais complémentaire…

 

20h15.Théâtre Royal des Galeries.  Rideau.

 

 

 

 

La Vérité - ©Fabrice Gardin 015 [1600x1200].JPG

 

On découvre le décor : une chambre d’hôtel tout à fait banale.

Un lit soyeux. C’est une vérité

Un homme s’habille nerveusement, c’est Michel.

Une femme est à moitié sous les draps et à moitié nue, c’est Alice , la maîtresse de Michel.

 

Alice : J’adore faire l’amour avec toi.

Michel (ailleurs) Ah oui ?

Alice : Oui. J’adore ça. Mais tu sais ce que j’aime le plus ?

Michel (distrait) : Hein ?

Alice : Tu sais ce que j’aime le plus ?

Michel : Non. Tu n’as pas vu mes chaussettes ? Elles ont disparu…

Alice : C’est quand tu restes contre moi un long moment…Après avoir fait l’amour…En général , tu ne le fais jamais .Tu t’éloignes toujours..

Michel : Moi ?

Alice : Oui. Toi. Tu es toujours pressé.

Michel : Pourquoi tu dis ça ?

Alice : Par exemple, là, tu dois y aller…

Michel (comme pris en flagrant délit) : Hein ?

Alice : Je me trompe ?

Michel : Je suis en retard, Alice.  Je suis désolé. C’est une réunion importante..

Alice : Je sais.

Michel : Et sinon, ton mari, ça va ?I

 

 

« Une vérité nue est toujours meilleure qu’un mensonge habillé »(Ann Landers)

 

FLORIAN ZELLER, L’AUTEUR

 

Romancier et dramaturge, c’est l’un des  jeunes auteurs français contemporains des plus talentueux.

Je l’ai beaucoup apprécié pour sa pièce « Si tu mourais »  montée à la Comédie Claude Volter, il y a quelques mois.

J’avais beaucoup apprécié cette pièce curieuse où déjà, l’auteur jouait avec la  « vérité » et le « mensonge ».

Je le retrouve aujourd’hui au Théâtre Royal des Galeries avec  «  LA VERITE » et une nouvelle fois, il triomphe.

 

Au départ cependant on se dit « encore une pièce sur le trio  habituel : le mari, l’épouse, la maîtresse ! Y en a marre ! »

C’est du Feydeau ! C’est du Guitry ! C’est mal connaître Florian Zeller.

Cela dit, le titre de cette pièce ne doit rien au hasard. C’est un sujet qui traverse quelque peu la vie dramaturgique de Zeller.

Il aborde ici la comédie pure tout en choisissant l’un des motifs traditionnels du théâtre. Et cela devient du Pinter, voir du Pirandello !

En fait, le thème qu’il a choisi , ce n’est pas celui de la vérité mais bien celui du mensonge.

Et la pièce décolle sur des chapeaux de roues !

 

 

 

 

 Florian Zeller : Je n’avais  jamais abordé cette forme-là. A l’origine de ma pièce «  LA VERITE », il y a un éclat de rire en lisant une réplique précise de la pièce « Trahison » de Pinter : c’est le point de départ. Je voulais retrouver cela, et creuser dans cette terre mais en allant du côté de la comédie pure, consentie, calculée pour faire rire et cela , je ne l’avais jamais fait.

 Cette pièce n’est absolument pas ce que l’on appelle  du « boulevard ».  C’est beaucoup plus subtil !

 J’ai l’envie de vous raconter l’histoire mais ce serait dévoiler un  certain suspense «  amoureux ».

 

RESUME  EN PIECES DETACHEESVérité ou mensonge ?

 

 

La Vérité - ©Fabrice Gardin 195 [1600x1200].JPG

 

Michel est un menteur invétéré à qui tout le monde ment. Sa maîtresse est la femme de… et menace de révéler leur liaison.

Paul…Qui est Paul ? Le meilleur ami de Michel… Oui , ( dernière réplique)  mais voilà..

Et Laurence ? Qui est-elle ? Elle est mariée elle aussi mais à qui ? Elle a des soupçons  de trahison sur son mari…

Florian Zeller nous tient jusqu’au bout, je dirais même jusqu’à la toute dernière réplique.

Michel (dernière phrase): Les choses vont pouvoir repartir…Mon amour…Sans mensonges…Crois-moi : la vérité, il n’y a que ça de vrai.

 

Vous, amis lecteurs, qui prenez connaissance de ma note,  vous ne devez rien comprendre. Et c’est tant mieux !

Ce que je peux vous révéler, c’est que cette pièce est d’une toute belle écriture moderne, les dialogues parfaits , les intrigues énormes…Je ne mens pas… C’est d’un imbroglio incroyable remarquablement  conçu par Florian Zeller…

 

Votre solution est de vous rendre aux Galeries, j’aime autant vous dire que vous passerez un bon moment, en essayant de vous y retrouver dans cet enchevêtrement de mots, de situations, de tromperie, de vérité…

 Vous découvrirez aussi un décor mobile d’une belle conception, construit un peu comme une scène tournante, ce qui permet de passer d’une scène à l’autre  en quatre secondes… Non, croyez-moi, je dis la vérité.

 

La pièce est très courte : un heure trente environ. Oui, c’est rare, je n’exagère pas et je ne mens pas.

 

La langue utilisée par Florian Zeller sert plus à brouiller la vérité qu’à la dire. Les personnages font semblant de ne pas comprendre. Tous répugnent à se lancer, comme si la parole finissait par faire exister une vérité effroyable pour les protagonistes.

 

A partir de son mensonge initial, Michel tombe en enfer. Les autres se mettent à exister à travers lui. Tout ce qui se dit est à double entente et Michel entend le pire !

 

 

 

« Avec le mensonge toujours en avance d’un bond sur la vérité »  (George Orwell)

 

LA VERITE

 

Une belle comédie pure ! Un bon théâtre divertissant qui va peut-être  interroger certains spectateurs qui se trouvent dans cette situation !

Avoir une maîtresse ou un amant,  c’est banal.

Mais dans la pièce qui se joue,  c’est particulièrement compliqué, embrouillé au possible.

 Un beau travail de mise en scène, réalisée par Patrice Mincke.

 

Patrice Mincke (metteur en scène) : «  La Vérité  est au boulevard classique ce que le Canada Dry est à l’alcool » ; ça a le goût du boulevard , la couleur du boulevard, mais c’est bien plus qu’un boulevard. Il y  un vertige et un trouble typiques de l’écriture de Florian Zeller , qu’on ne trouve pas dans les comédies habituelles.

 

La Vérité - ©Fabrice Gardin 150 [1600x1200].JPG

 

Paul : J’ai l’impression que ma femme me trompe.

Michel : Alice ? Mais c’est…c’est affreux.

Paul : Non, c’est banal !

 

Patrice Mincke : Le mensonge et l’adultère font partie de notre quotidien  et nous le savons tous, mais rares sont ceux qui sont parvenus à l’admettre et à le vivre sereinement.

Dans cette pièce, le mensonge est érigé en vertu !

Les spectateurs ou spectatrices dont les relations d’amitié ou d’amour sont en partie basées sur le mensonge pourraient bien être remués !

Zeller adore désarçonner le public.

Pour tout dire, les personnages de Zeller sont  très compliqués.

 

Les quatre comédiens des Galeries  sont remarquables et  jouent leur personnage avec un naturel, une « vérité » ( si j’ose employer ce mot)  tout à fait désarmante.

Ils méritent nos compliments,  à commencer par PIERRE PIGEOLET  dans le rôle de Michel. Il se jette dans son personnage , l’envahit avec une folle énergie, une ténacité renversante.

Il y a là un fameux travail de mémorisation car la pièce se joue à une vitesse première. Le pauvre Pierre est tout trempé.

Ses trois compagnons le suivent avec bonheur :

MARIE-PAULE KUMPS : Laurence (la femme  de.. ou la maîtresse de ….)

MARIE-HELENE REMACLE  ( la femme de… ou la maîtresse de ….)

Je m’embrouille là…

Et MICHEL PONCELET : Paul, le grand ami de Michel.

 

En posant la question de la vérité dans sa pièce , Florian Zeller met l’accent sur un véritable « malaise dans la civilisation »…

Mensonge ou vérité ?

 

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« La vérité est la compensation de deux mensonges » ( Charles Dumercy)

 

DISTRIBUTION

Décors et costumes : Charly Kleinermann et Thibaut De Coster

Assistante : Camille Dawlat

Décor musical : Laurent Beumier

Coordinateur technique : Félicien Van Kriekinge

Conception  lumières : Laurent Comiant

Régie : Vigen Oganov et Vincent Lamer

Stagiaire : Lucas Raimbault

Construction du décor : Stéphane Devolder , Philippe Van Nerom et Mikail Caliskan

Habilleuse : Fabienne Miessen

Avec

Marie-Paule Kumps

Pierre Pigeolet

Michel Poncelet

Marie-Hélène Remacle

 

Et Patrice Mincke , metteur en scène.

 

LA VERITE

Jusqu’au 02/03/14

Le Théâtre a  refermé son rideau rouge.

Les spectateurs quittent le Théâtre.

Les  acteurs se démaquillent

Le spectacle est terminé.

 

THEATRE ROYAL DES GALERIES

Galerie du Roi  32  1000  Bruxelles

Infos Réservations : 02 / 512 04 07

 

Je prends congé de Vous.

 

Tout bientôt   la pièce qui se joue au  Petit Varia  de la rue Gray :    « La nuit juste avant les forêts » de Bernard-Marie Koltès.

 

Sans mentir , comme à l’habitude ,  une chanson très connue interprétée par trois immenses vedettes . Et je ne mens toujours pas, c’est la vérité. Merci pour votre fidélité . A dans quelques heures…

 

Roger Simons