LE MEC DE LA TOMBE D’A COTE

 

 

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KATARINA MAZETTI

 

Florence Crick : C’est l’histoire d’une rencontre amoureuse, un coup de foudre, «un pont d’étoiles, du soleil, un arc -en ciel » qui jaillissent et font vibrer les deux personnages de la Tombe d’à côté. Une pierre un peu rugueuse, une pierre légère et poreuse, perméable à l’amour, même si la mort est passée par là et a ravi, à la petite bibliothécaire romantique que j’interprète, et à l’agriculteur un peu bourru que joue Guy, un mari et une mère…

 

Elle, Daphné (39 ans) a perdu son mari.

Lui, Jean-Marie (45 ans) a perdu sa mère.

 

Un coup de foudre qui va aller dans tous les sens durant une heure trente.

 

THEATRE LE PUBLIC

(Salle des voûtes)

 

Daphné : J’ai vu le mec de la tombe d’à côté. Il trimballait des nouvelles plantes et des engrais. Il dégage cette  fierté propre aux agriculteurs  du dimanche, comme si la tombe était son jardin ouvrier.

La dernière fois, il s’est assis à côté de moi sur le banc, et il m’a observée du coin de l’œil, mais sans rien dire.

Il a une casquette, il a une drôle d’odeur, et il a seulement quatre doigts à la main gauche

 

Jean-Marie: Putain, je ne peux pas la blairer ! J’peux vraiment pas la blairer !

Pourquoi elle reste assise là ? J’ai l’habitude de me poser sur ce banc après l’entretien de la tombe, pour reprendre le fil de mes pensées…

 

Michelangelo Marchese (metteur en scène) : Nous sommes les témoins privilégiés de leurs pulsions, toujours avec un coup d’avance sur eux.

Nous sommes en prise directe avec leurs contradictions ; les mécanismes de la passion naissante sont mises à nu.

Les quelques dialogues savoureux, explosifs, font monter les enjeux d’un choc charnel plus qu’amoureux dont ils seront les  premiers surpris, dont nous serons les complices.

 

Cette pièce provient d’une adaptation d’un roman suédois du même nom. L’auteur de ce roman : Katarina Mazetti, née à Stockholm.

Elle a été un véritable événement littéraire dans plusieurs pays européens : Russie, Allemagne, Canada, France où elle a été nommée pour le Prix  Cévennes en 2007.

 

LE MEC DE LA TOMBE D’A COTE

Mise en scène : Michelangelo Marchese

 

Une histoire d’amour entre un homme et une femme, deux êtres qui n’avaient pas à se rencontrer.

Elle qui s’intéresse au philosophe Schopenhauer !

Lui qui vit pour  ses 25 vaches !

Un monde de différence…

La question posée : Vont-ils pouvoir s’entendre ces deux-là ?

Elle : entrer dans le milieu de cet homme ?

Lui : s’intégrer  à une femme de culture ?

Comment  vont-ils pouvoir vivre cet amour ?

 

Le texte est remarquable, vrai, simple, vivant, direct !

Le découpage du texte, original.

C’est une espèce  de « monologues croisés » à travers toute la durée de la pièce. Ils disent chacun, tout haut, ce qu’ils pensent tout bas, chose qui nous arrive à tous !

En fait, il y a peu de dialogues.

Magnifique !

 

Et puis, il y a les deux acteurs, superbes, tellement vrais dans  le ton et leurs phrasés. Je dirais même qu’ils ne jouent pas : Ils sont Daphné et Jean-Marie. Ils font preuve d’une complicité tout à fait extraordinaire. Ils sont à la fois drôles et émouvants.

Nous, spectateurs, partageons leurs sentiments, leur bonheur, leur désespoir, leur allant…

Et puis, ils sont terriblement sympathiques.

Et puis nous, dans la salle, palpitons à leurs réactions, leurs crises, leur tendresse, leurs désirs charnels…

 

Un énorme coup de chapeau à tous deux :

 

FLORENCE CRICK  —  GUY THEUNISSEN

 

Deus grands talents qui s’affrontent !

 

Florence Crick  est infirmière de son métier –elle travaille à Bordet.

Une jeune femme – en rapport constant avec de grands malades atteints d’un cancer. Elle s’évade parfois pour faire l’actrice.

 

Florence Crick : Oui, je quitte un moment la lourdeur de mon métier, la rigueur hospitalière, la douleur, la mort. Et je joue l’amour au théâtre. Cela me permet de respirer ! Des bouffées d’oxygène qui me sont indispensables.

 

Guy Theunissen : Croyez-moi, c’est merveilleux de « jouer l’amour » – comme vous l’a dit Florence.

C’est une incroyable partenaire. Et jouer l’amour avec elle, c’est  fabuleux.  Chaque soir, nous vivons nos personnages avec délectation.

 

Guy Theunissen est d’une authenticité saisissante dans son personnage de Jean-Marie.  Plus vrai que nature !

 

Guy Theunisssen : Pour être tout à fait sincère, je connais un peu ce milieu de l’agriculture, un milieu et des gens que j’admire, que j’aime beaucoup et que je respecte.

 

LE MEC DE LA TOMBE D’A COTE

 

Michelangelo  Marchese (metteur en scène) : Leurs personnages se sont établis, construits au fur et à mesure des répétitions. Dans le plaisir  de faire un  bon spectacle tout en chaleur humaine. J’ai voulu mettre en exergue leurs personnalités de femme et d’homme. Ils sont magnifiques tous les deux !

 

Coup de chapeau également à ce brillant et jeune metteur en scène ! C’est un art que de faire simple !

 

Mijanou Loosen (chroniqueuse) : Une idylle improbable entre un cultivateur et une intello, qui ne pouvaient que se rencontrer dans un cimetière, un des rares lieux de mixité sociale.

Tout les sépare : vaches, versus, livres, football, versus théâtre… mais il y a l’union des corps dans un grand érotisme partagé et l’union des cœurs au sein d’une belle tendresse commune.

Jusqu’à quand tiendront-ils le coup ? Ils sont si attendrissants tous les deux lui surtout !

 

Le public est subjugué par cette histoire et voudrait que cela marche !

A un moment, ‘Lui’ nous livre sa pensée inquiète : « Restera-t-elle pour la nuit ? » Une spectatrice emportée par son enthousiasme intervient spontanément et dit « Oui ! ». Rire dans la salle, bien sûr ! Et, en tout cas, cette nuit-là, elle est restée ! Plus tard, les choses se compliquent, bien évidemment.

Un petit étonnement de ma part : généralement les agriculteurs ou fermiers décrits en littérature ou en sociologie sont plus introvertis, moins bavards… notre spécimen est plus expansif que la majorité silencieuse. Tant mieux pour la saveur du jeu du comédien !

 

Cette pièce m’évoque le livre de Benoîte Groult « Les vaisseaux du cœur » qui raconte également une longue histoire d’amour entre une universitaire parisienne et un marin breton.

Un très beau sujet d’interrogation, de réflexion. Et ici, au Public, une magnifique interprétation des deux comédiens. Pas de doute, on les aime ces quatre-là ! … les deux acteurs… et les deux personnages !

 

 

Moi, cette pièce m’évoque ce film que j’adore : «  Je vous trouve très beau » avec Michel Blanc, lui aussi qui interprétait avec talent l’agriculteur Et cette jeune roumaine  dont le nom m’échappe !

 

Une scénographie dépouillée  si j’ose dire : un bloc rectangulaire qui représente un banc.

 C’est simple, c’est tout, que faut-il de plus ?

 

Des « mecs » comme ça, et une femme comme ça, nous en voulons bien tous les jours…

 

LE MEC DE LA TOMBE D’A COTE

Reprise d’un énorme succès  public  en 2010.

Une création et production du Théâtre Le Public.

 

(Du 08/01 au 02/02/2013  – du mardi au samedi à 20h30

Infos Réservations : 0800 / 944 44)

 

(Avec des extraits de la pièce et de propos publiés dans le programme du théâtre)

 

Roger  Simons