MIROIRS DE FERNANDO PESSOA

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« Je ne suis personne. Je ne peux être personne, car je porte en moi tous les rêves du monde…  Me transformer , dans le meilleur des cas, en un ou rêvant tout haut , et dans la meilleure des hypothèses , non seulement en un écrivain , mais en toute une littérature – voilà qui contribue à m’amuser moi-même( ce qui, à mes yeux , est déjà bien suffisant »

 

PESSOA, l’un des grands écrivains, critiques, polémistes, et poètes portugais de Lisbonne des 19/20 siècles.

 

Paul Emond(adaptateur) : Une œuvre poétique multiple et complexe sous différents  « hétéronymes ». On en dénombre près d’une centaine. Pour chacun d’eux, Pessoa a inventé une biographie propre , un aspect physique particulier , un style unique et j’ajouterais même des convictions propres.

 

Vous parlez d’une énorme malle, pleine  craquer de gens ?

 

Paul Emond (adaptateur) : Absolument.  A sa mort , on trouva chez lui , enfouis dans un coffre à linge , des milliers de textes , empaquetés en fascicules manuscrits , soigneusement liés par une ficelle et portant des signatures les plus diverses.

Des auteurs différents et même opposés par la voix et le caractère , mais tous d’une égale grandeur par la complexité des thèmes et la qualité du vers , qui composent leurs œuvres au même moment , se livrent à des controverses épistolaires , discutent sur la place publique, rédigent les uns pour les autres des préfaces amicales mais d’une extrême civilité jusqu’à ce qu’ils se taisent tous à l’unisson et disparaissent dans le néant…

C’est un nouveau  « cas Homère » ou un nouveau «  cas Shakespeare, mais inversé : au lieu d’un seul nom en guise de réceptacle pour de nombreuses vies et des expériences multiples , quantité de noms et d’expériences  recouvrant un unique poète 

 

Pessoa considère l’hétéronomie comme une ligne magique à franchir pour devenir «  autre que soi sans cesser d’être soi-même. Elle  n’est qu’une éclatante traduction littéraire de tous ces hommes dont un individu intelligent et lucide  soupçonne en lui-même la présence.

Tenez , un exemple : un soupçon que Nerval ( Je suis l’autre) et Rimbaud ( Je est un autre) avaient eu avant lui.

 

Une exceptionnelle «  comédie humaine » où le poète se démultiplie en de nombreuses  figures, chacune avec sa biographie, , son style propre de vision du monde.

 

Paul Freitas ( chroniqueur) Ils sont quatre , qui sont encore autant de Pessoa ,plus un musicien à flâner au bord de  l’océan .

A chacun son rôle, à chacun de philosopher sur les courants, les flots changeants de l’esprit du poète.

L’un vous parlera de logique , l’autre de paganisme, celui-ci de toute l’humanité qu’il contient …

Ils reviennent de l’autre côté , de la mort , Pessoa ne pouvait échapper à l’enquête malgré elle , du détective Quaresma.

Objet de ses propres auto démystifications , il subira pourtant le chant des sirènes , de l’appel du large , sa chair ira se confondre avec le navire de l’histoire des phéniciens , des grecs, des portugais, de tous les marins , de tous les Ulysse sous toutes les latitudes des destinées et de celles non écrites..

 

Paul Emond (adaptateur): Un  critique a écrit ceci : «  Imaginons que Valéry, Claudel, Cocteau, Gide et Apollinaire n’étaient été qu’un seul auteur , tel  aurait été Pessoa, l’immense écrivain aux multiples visages.

 

Voilà un sujet  fascinant ,  intéressant , unique quasiment, avec lequel a concocté son adaptation !

Il l’a confié à Elvire Brison  pour la mise en scène.

Cette dernière a engagé quatre grands comédiens pour la faire vivre sur les planches un théâtre :

 

John Dobrynine

Emmanuel Dekoninck

Itsik Elbaz

Idwig Stéphane

 

Ils sont remarquables tous les quatre, dessinant admirablement   des silhouettes d’hétéronymes, celle aussi de Pessoa

De vrais tableaux vivants.

 

Il fallait que les quatre comédiens (et  leurs doubles et multiples) soient accompagnés de musique.  La metteure en scène a choisi un musicien en life : Renaud Dardenne ,  avec sa vieille portugaise .

Phlippe Hekkers a été chargé de la scénographie , Vincent Pinckaers de la création vidéo, Benoît Theron de la lumière, Myrian Deldime des costumes , Philippe Fontaine de la régie.

 

Une fois les deux équipes – artistique et technique – constituées , la  malle gigantesque a  été fracturée et le contenu livré à la curiosité  du  public.

 

Quelle  superbe idée que d’avoir monté ce spectacle  de belle qualité due à Paul Emond et Le Théâtre du Sygne ( Théâtre dirigé par Elvire Brison)

 

Elvire Brison : Un formidable théâtre mental, tantôt intensément poétique , tantôt drôle ou caustique. Un voyage vertigineux !

 

Fernando Pessoa :

Je ne suis rien

Je ne peux vouloir être rien

J’ai en moi tous les rêves du monde.

 

MIROIRS DE FERNANDO PESSOA en représentations jusqu’au 09/02 prochain, le mardi à 19H, du mercredi au  samedi à 20h15,  les dimanches 27/01 et 03/02 à 16h, ainsi que le samedi 26/01 à 19h .

Infos Réservations :  02 / 223 32 08

 

(Avec des extraits de propos publiés dans le programme du théâtre)

 

Roger Simons