KWAHERI.

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Je dirais plutôt  » BIENVENUE  »  Estelle Marion, et heureux de vous retrouver sur  une scène belge, en l’occurrence le Théâtre Varia de la rue du Sceptre.

 

                                                     (photo P.Freitas)

 

Kwaheri« Au revoir » en swahili – est un récit de vérité, sans victimisation ni apitoiement, pour parler de l’intériorisation du racisme liée aux éléments les plus profonds et les plus déterminants de l’être, du métissage, de sa douleur, et peut-être de sa beauté.

 

Pour Estelle Marion, à l’unisson avec Toi Dericotte, un auteur en qui elle se reconnaît, « parler est une façon de détruire le mal à la racine ».

 Où que j’aille je suis un morceau de mon pays

(Fatos Arapi)

 Si demain il me fallait partir

 J’aimerais avec tous ceux qui le désirent

 Partager cet aspect de ma vie

 Et après sans regret dire : « KWAHERI ».

 

Un vibrant « Au revoir » ou comment pénétrer dans le ventre du métissage.

 

Arrivée à l’automne de sa vie, le moment est venu pour Estelle Marion  d’écrire, puis de raconter. Née de l’union à la fois amoureuse et douloureuse de deux couleurs, deux continents, deux cultures, deux civilisations, elle est une « mulâtresse », une « sang mêlé ».

 

Au milieu de ces entre-deux, une béance s’est ouverte et c’est là qu’elle va creuser, comme dans une plaie restée à vif, pour  tenter de comprendre et de faire comprendre les sentiments troubles et troublés d’une identité résultant à la fois d’une histoire humaine et individuelle, et d’une histoire de la colonisation. Deux histoires qui, dès sa naissance,  se sont écrites en noir et blanc dans sa chair.

 Paul Freitas(chroniqueur) J’ai trouvé ce one-woman-show, accompagné par deux musiciens , très chaleureux, plastique,sensuel .

 A elle seule Marion Estelle occupe une scène de bout en bout ,rythmée au son de l’Afrique , du jazz et des chants. Elle a si bien exprimé la non appartenance  à une double culture ressentie comme une mutilation de l’âme, de la personnalité.

 

N’avait-elle pas le droit de s’épanouir dans sa multiculturalité? Devait-elle subir en elle l’antagonisme des préjugés racistes, des condamnations hypocrites de l’Occident pour qui , chez certains, le Noir est inférieur?

 

Par un écran géant sur lequel sont projetées de superbes images , elle évoque l’immensité d’un continent dans sa sobriété , sa nudité , elle nous replace dans le contexte de l’actualité historique de son parcours.

 

Ce spectacle est un cri, un appel à la sensibilité vers l’autre… qui au fond nous ressemble.

 Une grande réussite.

 

Le texte du spectacle est pour le principal d’Estelle Marion, avec des emprunts à Toi Derricotte (poètesse née en 1941 dans le Michigan, auteure du livre  « Noire, la couleur de ma peau blanche »), Antoine Tshitungu Kongolo (poète, écrivain, nouvelliste et essayiste, née à Lumumbashi en 1957), Claude Mckay (romancier, poète et nouvelliste, né à la Jamaïque en 1889), Guy Tirolien (poète guadeloupéen né à Pointe-à-Pitre en 1917), Maya Angelou (écrivaine, poétesse, actrice et militante née en 1928 dans le Missouri), Léon Gontran Damas (poète et essayiste né à Cayenne en 1918).

 Un magnifique spectacle peu ordinaire à découvrir au Théâtre Varia jusqu’au 26 janvier, du mardi au samedi à 20h3O, sauf le mercredi 16/01 à 19h30.

 (Infos/Réservation : 02/ 640 82 58—)

 (Avec des extraits de propos publiés dans le programme du théâtre)

 Prochain spectacle au Varia : « L’étranger » d’Albert Camus, adapté et joué par Benoît Verhaert

 

 Roger Simons