AMOURS, A MORT -PAUL VAN MULDER- (THEATRE LES RICHES CLAIRES)

Amis de l’émission/blog  » Les Feux de la Rampe » , bienvenue à Vous pour rejoindre une chronique particulière.

AMOURS, A MORT – PAUL VAN MULDER

Le récit effrayant d’une quête d’amour et de reconnaissance.

LE PROJET

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Paul Van Mulder (auteur et comédien du spectacle) : Dans mon premier texte « La solitude d’un acteur de peep-show avant son entrée en scène,», je parle d’un travailleur précaire qui témoigne de sa difficulté à trouver sa place dans notre société. Il parle de sa solitude, de sa précarité et de l’humiliation qu’il accepte pour se sentir exister.

Depuis que j’ai écrit ce texte en 2007, la violence subie par les travailleurs ne fait qu’augmenter et notre société de moins en moins généreuse, crée d’avantage d’exclusions et de pauvreté.

Avec ce nouveau projet « Amours, à morts » j’ai été inspiré par ces tueries de masses où l’on massacre des gens uniquement pour exprimer sa haine, son mal d’être… Ces tueries sont, à mon sens, les événements les plus marquants, les plus interpellants et les plus fous de notre société.

Cette création est un monologue où la parole est donnée à un personnage librement inspiré de ces tueurs. Il nous parle de son besoin de reconnaissance : « Regardez-moi, je tue, j’existe », de sa folie suicidaire, de sa quête d’amour, de sa volonté de fuir l’humiliation. Il espère que sa souffrance se finira par une mort violente qui lui apportera enfin l’amour et la célébrité tant recherchés.

Ce personnage n’est pas le porte-drapeau d’une classe sociale, ni d’un peuple, ni d’une religion. Il veut seulement fuir l’humiliation supposée en commettant les pires horreurs.

Il est émouvant, seul en scène, dans une lumière tamisée. Il nous montre bien sa souffrance, sa cruauté.

Un grand comédien qui vit intensément son personnage, très difficile à interpréter.

On assiste à un descente aux enfers , une perte pathétique de repères.

Après  » La solitude d’un acteur de peep-show avant son entrée en scène », Paul Van Mulder poursuit son témoignage sur la nature humaine soumise  à la violence engendrée par notre société.

 ….une nuit , je suis seul dans la rue…et je marche calmement.. je ne pense  à rien…je me sentais bien…au bout d’un moment j’arrive dans une ruelle..je vois une maison à peine éclairée…et je ne sais pas ce qui se passe dan ma tête…mais tout à coup je me sens obligé d ‘y entrer…je ne suis plus maître de moi…cette maison m’appelle…je dois y pénétrer...

 

NOTE D’INTENTION – PROPOS  VIBRANTS !

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Paul Van Mulder : Dans cette nouvelle création je veux donner la parole à un tueur de masse, celui qui tue pour être aimé, pour être regardé et se sentir exister. Je pourrais aussi l’appeler le tueur selfie, qui crie « Regarde-moi ! Filmez-moi ! Je tue donc je suis vivant ! ».

 Que s’est-il passé dans notre société depuis quelques années pour arriver à cette violence extrême ? Pourquoi crée-t-elle cette nouvelle race de tueur psychotique et narcissique ? Ils sont animés par un désir inextinguible de tuer le plus de personnes possibles dans les écoles, les lieux confessionnels, les centres commerciaux.

Ce nouveau genre de tueur est sans doute le produit de notre modernité.

Il est le résultat de l’individualisme poussé à son paroxysme. Le plus souvent ayant eu à souffrir d’humiliations multiples, d’une enfance brutale et donc d’une image dépréciative de lui, il veut se venger d’une société ou d’une catégorie d’individus (réelles ou imaginées) qui a cherché à le dévaloriser. C’est ainsi que l’on voit une accélération de ce phénomène à travers le monde.

Bref ces tueurs de masse ne sont pas un phénomène marginal. En 30 ans, plus de 120 tueurs de masse ont fait des milliers de victimes en Occident. A eux seuls, ils ont tué plus de 1000 personnes et en ont blessé un peu plus de 1200 entre 1984 et 2016.

Il ne s’agit plus de faits divers, mais d’une violence problématique installée dans notre société que l’on doit combattre.

Ce phénomène m’intéresse au plus haut point, car j’aime parler de notre société de plus en plus inégale, excluant et implacable où les plus fragiles sombrent dans un chaos et une désespérance de plus en plus violente.

Pour cette création j’ai choisi la forme du monologue.

Le personnage librement inspiré de ce phénomène vient parler de l’inexplicable, et j’espère que cette confession atteindra une humanité où chacun se sentira concerné. En tout cas c’est l’objectif souhaité.

Le monologue est pour moi la meilleure façon de communiquer avec les spectateurs, car il permet au personnage de parler sans artifice. Il est là, seul, face au public. Il s’agit d’un choc frontal, pas d’échappatoire, pas d’ornement. Le personnage avec sa seule manière de dire et de raconter l’inénarrable, doit convaincre le spectateur et tout faire pour qu’il se sente concerné.

 L’essentiel du travail est donc axé sur l’interprétation où l’acteur déploie son fil narratif comme un funambule sans enjolivure aucune avec pour seul objectif de toucher, d’interpeller. Il doit être un lanceur d’alerte.

 Pour aborder ce travail délicat j’ai choisi un regard extérieur en la personne de Bénédicte Davin. Sa grande expérience dans ce domaine m’accompagne pour trouver le ton et la forme juste.

En conclusion, si j’ai eu envie d’écrire et de porter à la scène « Amours à mort », c’est que je crois que ces tueurs de masse font partie des signes avant-coureurs montrant que notre société malade, remplie de peur et de misère, se dirige inexorablement vers le populisme et les partis de l’extrême droite.

Plus jamais ça, nous l’avons entendu mille fois. Mais le temps avance et les hommes changent. Ou justement non, ils ne changent pas, le monde change.

 C’est pour toutes ces raisons, et pour l’urgence de la situation, et parce que je pense aussi que le théâtre doit être un vecteur qui ouvre les consciences que je me permets d’aborder ce sujet difficile, avec toute l’humilité possible, mais aussi avec toute l’importance requise.

AMOURS , A MORT / PAUL VAN MULDER

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GENERIQUE

De et avec Paul Van Mulder

Regard extérieur : Bénédicte Davin

Création sonore : Monique Gelders

Scénographie  : Jean-Pierre Friche

Photo : Joanna Van Mulder

Jusqu’au 01/04/17

THEATRE LES RICHES CLAIRES

Rue des Riches-Claires 24 – 1000 Bruxelles

Infos Réservations : 02/ 548 25 80(OSCAR)

Amis de l’émission/blog  » Les Feux de la Rampe  » ,  merci de votre intérêt à cette chronique  présentée aujourd’hui sous une forme de documentaire,  écrit et animé par ce  brillant conteur.

Notre moment de séparation : « JOHN TRAVOLTA,  LE MIRACULE D’OLLYWOOD , une star planétaire à l’ère disco. John Travolta a su se réinventer , notamment grâce à Tarantino: portrait du vertuose de la danse  et du come-back. Intéressant !

Bonne soirée à Vous et à tout bientôt .

Roger Simons


 


 

 

 

[1] Voir Grand-peur et misère du IIIe Reich, Bertolt Brecht.