L’EVEIL DU PRINTEMPS

0743davidcarlier.jpg


Théâtre du Rideau de Bruxelles 

(XL Théâtre – rue Goffart 7 a -1050 Bruxelles)

L’EVEIL DU PRINTEMPS

FRANK WEDEKIND

PEGGY THOMAS

 

Wendla : Maman,  pourquoi m’as-tu fait la robe si longue ?

Mme Bergmann : Tu vas avoir 14 ans  aujourd’hui.

Wendla : Si j’avais su, j’aurais préféré ne pas les avoir.

 

Frank Wedekind, grand écrivain allemand , a écrit cette pièce en 1891, à l’âge de 26 ans . Cette pièce jugée trop brûlante par la censure, a été jouée seulement quinze ans plus tard.

 

Wedekind : Ma pièce a passé pour de la  pornographie pure !

 

Peggy Thomas ( metteure en scène)   Je suis séduite par le désir de ces hommes à vouloir montrer ce qu’il y a dessous, ce qu’il y a dedans, ce qui émane plus que la réalité de la forme.

 

Jasmina Douieb (metteure en scène de la pièce  au Théâtre Le Public en 2012) : Cette pièce de Frank Wedekind est un poème sur la vie , l’amour et la mort.

C’est une histoire de rencontres, comme toujours sur les beaux projets. De croisements de désirs.

 

Frank Wedekind (l’auteur) : Pendant 10 ans, ma pièce a passé pour une insensée cochonnerie.

Depuis 1901, on ne la tient plus que pour une tragédie très méchante, d’un sérieux de pierre, pour une pièce à thèse , pour un manifeste au service de l’Aufklärung(éclaircissement) sexuelle ou encore je ne sais quel slogan de la pédanterie petite-bourgeoise.

Je serais étonné si je vois le jour où on prendra enfin cette œuvre comme je l’ai écrite voici vingt ans pour une peinture ensoleillée de la  vie  dans laquelle j’ai cherché à fournir à chaque scène autant d’humour insouciant qu’on en pouvait faire d’une façon ou d’une autre.

 

Olivier Celik (L’Avant scène théâtre n° 1310) : La pièce de Wedekind est une véritable provocation pour la société de son époque – l’Allemagne impériale des années 1890- et conserve aujourd’hui intacte sa force corrosive.

C’est à un théâtre du corps que nous convie ce texte énigmatique et puissant.

 

Personnellement, c’est bien ainsi que j’ai saisis cette pièce, mise en scène aujourd’hui par Peggy Thomas.

Une mise en scène et en action percutante, violente, provocante, directe, vibrante.

La deuxième partie de la pièce est absolument bouleversante.

Huit acteurs se déchaînent avec vigueur, avec intensité, avec tonicité dans l’interprétation de leur personnage.

Un travail d’acteur superbe.

Une mise en scène  mouvante et  implacable.

 

L’EVEIL DU PRINTEMPS /WEDEKIND/PEGGY THOMAS

 

Pegggy Thomas est française, née à Quimper. Elle est à la fois comédienne, metteure en scène et depuis le premier janvier 2013, directrice  du Théâtre de la Vie à Bruxelles.

Elle a reçu en 2010  le Prix Jacques Huisman qui lui a permis de travailler auprès de Joël Pommerat sur sa création de « Ma Chambre Froide à l’Odéon »

Et  ensuite, dans le mouvement de sa jeune carrière,  elle a monté « Le fil à La Patte »  de Georges Feydeau.

 

Passer  du plus grand vaudevilliste du début du XXe siècle au plus grand  auteur dramatique  de la même époque, Frank Wedekind, il faut le faire !Et elle a magnifiquement réussi !

 

Peggy Thomas et son collectif : « la Compagnie Les Orgues » transposent cette « tragédie enfantine » dans la salle de sport du collège. Des ados abandonnés à leur sort, dans l’attente d’un adulte providentiel qui n’arrive pas…

 

Peggy Thomas (metteure en scène) : Cette pièce fait partie des textes qui sont sur ma table de chevet depuis longtemps. Je l’ai découverte quand j’avais 19 ans. Je l’ai relu il y a peu car cette pièce correspond à une distribution idéale pour notre compagnie : cinq garçons et trois filles.

Une troupe composée de gens qui ont une énergie, une dynamique encore juvénile même si nous sommes des adultes. C’était devenu une évidence de la monter.

La pièce est complexe, elle ne libère son sel que dans l’audace et le travail.

 

Je partage totalement son avis : cette  pièce est fortement intéressante, violente je le répète,  interpellant mais complexe comme la voit aussi Peggy Thomas.

 

L’EVEIL DU PRINTEMPS c’est celui de la sexualité naissante chez un groupe d’ados  réprimée par une société puritaine.

Ainsi, Madame Bergmann évite soigneusement d’expliquer à sa fille Wedla comment naissent  les enfants, la condamnant malgré elle à perdre sa virginité avec Melchior, puis sa vie dans une tentative d’avortement.

Moritz a de la peine à se concentrer sur ses études et finit par se suicider. Hans et Otto découvrent de leur côté leur attirance mutuelle. Ilse se laisse entraîner dans une vie de débauche. Melchior, le plus téméraire et le mieux averti des choses de la vie, est envoyé en maison de correction…


5225davidcarlier.jpg



Huit comédiens en quête  d’une belle carrière :

 

Lucie Zelger (Mme Gabor), heureuse de travailler pour la première fois en Belgique,

 

Julie Leyder(Wendla) a travaillé plusieurs fois avec Frédéric Dussenne, une référence qualitative,

 

Janie Follet (Ilse), sortie du Conservatoire de Mons en 2004, a elle aussi travaillé avec Frédéric Dussenne ; elle est adepte des karaokés et elle adore faire le grand écart,

 

Philippe Rasse (le recteur, Otto et l’homme masqué) : Mais voilà,  comme les truands, on ne se refait pas.

J’ai été rappelé par mes anciens comparses pour écrire et  organiser des spectacles scientifiques,

 

Quentin Simon (Melchior) s’est essayé à la mise en scène en montant « Albatros » et ses amis ont trouvé ça très bien,

 

Simon Gautiez ( Mr Gabo, Ernest) a déjà collaboré au travail de Peggy Thomas avec « Bobby Fisher vit à Pasadena » entre autres ; il a dans sa tête deux projets de théâtre de rue,

 

Pierre Verplacken (Moritz) : Je suis un peu dans la lune ; un jour , je jouerai  dans «  Le Roi Lear » et «  La petite fille aux allumettes »,

 

Antoine Plaisant (Jeannot Rilow)Je ne suis ni géographe, ni trapéziste.  Mais vous oubliez de dire  que j’ai rencontré une bande de fous qui voulait faire du théâtre, je les ai suivis.

 

L’EVEIL DU PRINTEMPS

 

Michael Delaunoy (directeur du Rideau de Bruxelles) : Un texte fascinant, d’une audace thématique et formelle qui appelle de la part de chaque génération de metteurs en scène des propositions scéniques fortes et particulières.

Ce texte atypique est passionnant !

 

Scénographie : Emmanuelle Bischoff, assistée par Lydwine Thibaut

Création et régie lumières : Guillaume Fromentin

Création son : Grégoire Leymarie

Création costumes : Elsa Pouli

Construction du décor : Vincent Rutten

Habilleuse : Carin Duarte

Assistant à la mise en scène : Jean-Marie Amé

 

Texte français : François Regnault

 

Coproduction : Compagnie Les Orgues – Rideau de Bruxelles – Théâtre Royal de Namur – Théâtre du Grand Midi.

 

L’EVEIL DU PRINTEMPS 

Jusqu’au 09  mars.

Du mardi au samedi à 20h30 (les mercredis à 19h30)

Infos et Réservation : 02/ 737 16 01

 

Je voudrais rappeler que cette grande pièce de théâtre a été créée le 25 octobre 1982 à la ferme de Blocry-Atelier Théâtral de Louvain-la-Neuve, dans une mise en scène de Guy Pion(fondateur du Théâtre de l’Eveil) et Christian Crahay.

 

« L’Eveil du printemps » a été réalisé en film par l’Allemand Nuran David Calis , en 2010.

 

Roger Simons 

 

 

 

TOUTOU EST REVENU

3493448617.jpg

J’apprends à l’instant le passage de Toutou à Bruxelles, et plus précisément au Centre Culturel d’Auderghem demain jeudi 28 février à 20h30.

Je suis convaincu qu’il serait ravi de vous revoir un moment  ou de faire votre connaissance, soit avant le spectacle , soit après.

 

Vous le retrouverez avec ses  copains comédiens, devenus ses parents   dans cette comédie amusante : TOUTOU.

C’est un vrai chien, bien vivant qui acceptera très certainement vos caresses.

 

Si vous voulez connaître l’histoire et sa « star », lisez ou relisez ma chronique publiée sur ce blog lors de la création du spectacle.

Cliquez du côté droit de votre écran et  prenez l’ascenseur, vous verrez défiler le listing des spectacles…

 

J’entends  Toutou – c’est son pseudo – qui aboie déjà de joie.

Je vous laisse…

TOUTOU  – Infos & Réservation :  02 / 560 21 21

 

Roger Simons

 

 

 

 

ELLE ARRIVE DANS NOS MURS : JANE BIRKIN

 

birkin034_Michael_C_Maier.jpg

Dans quelques heures , elle aura rejoint Bruxelles et le Théâtre  Wolubilis, pour y donner un concert fantastique dont je vous ai déj parlé, il y a  un petit temps.

Jane sera accompagnée par quatre musiciens japonais:

Hoshiko Yamane ( violon)

Takuma Sakamoto ( trompette)

Ichiro Onod ( drums)

Nobuyuki Nakajima ( piano et direction musicale)

 

Jane : C’est à la suite de la catastrophe au Japon , le tremblement de terre et aussi le tsunami que j’ai décidé de faire ce concert.

Je connais les Japonais depuis 40 ans. J’ai alors pensé :  » vas-y, va leur dire qu’on pense à eux d’ici » La seule choses que je pouvais leur offrir était un concert.

Puis , j’ai décidé d’emmener  ces quatre magnifiques musiciens japonais  pour ce grand concert en Europe et demain mercredi à Bruxelles.

On m’a demandé de donner des concerts en Amérique . J’ai accepté mais j’ai exigé que ce soit les mêmes musiciens.

J’avais trouvé ma motivation.

Ce sera aussi un hommage à Serge  qui nous a quitté il y a vingt ans !

 

A demain donc  pour faire la fête et penser à Serge !

 

Je vous embrasse.

 

Jane 

 

 

 

SAVOIR-VIVRE

 

5SavoirvivreEricDidym.jpg

Ils se présentent tous les deux : Michel Didym et Catherine Matisse.Ils sont non seulement acteurs mais aussi metteurs en scène.Ils appartiennent au Théâtre de la Manufacture, au Centre Dramatique National de Nancy-Lorraine et du Théâtre d’Eté en Lorraine. Ils sont incontestablement bien français et drôles.Ils sont au Grand Varia jusqu’au 3 mars.

Ils ont emmené  dans leurs bagages des textes précieux, drôles, irrésistibles,  inénarrables, d’un humour  grinçant d’un certain  Desproges, Pierre pour les intimes.

« Les gens malheureux ne connaissent pas leur bonheur »   (P.Desproges)

Michel Didym : Je ne l’avais jamais vu à la télévision. C’est en feuilletant les éditions « Actes Sud Papiers » que je l’ai vraiment découvert. J’ai alors aimé furieusement, au-delà de l’homme,  de l’acteur, du bouffon tragique : l’auteur.

L’interprète fulgurant totalement atypique qu’était Pierre Desproges a fait oublier qu’il était aussi un grand dramaturge. Comme si l’acteur et son génie faisaient écran à l’auteur !

Michel Didym et Catherine Matisse ont alors écrits plusieurs spectacles en hommage au grand  et inoubliable Desproges.

« Quand un philosophe me répond, je ne comprends plus ma question »(P.Desproges)

Catherine Matisse : Notre but est de révéler au public la langue fracassante, souple , jubilatoire de l’humoriste, sa violence comique, mais toutefois exempte de vulgarité.Son regard acéré met à nu nos aspirations, dissèque la moindre de nos fragilités et nous amène à observer et comprendre l’inconfort des idées reçues.

« Au paradis, on est assis à la droite de Dieu : c’est normal  c’est la place du mort… »(P.Desproges-)

Michel Didym : Pierre Desproges est connu pour son humour grinçant. Mais son humour, évoquant des thèmes souvent évités, est surtout remarquable par son aisance littéraire et par son  immense talent d’auteur.

Pierre Desproges, existe-t-il des signes extérieurs de connerie ?

Desproges : Certes oui. On peut reconnaître un con rien qu’à sa façon de s’habiller. La caractéristique vestimentaire  du con consiste en un besoin irrésistible de s’habiller comme tout le monde.

Faites le test suivant : mettez dix personnes dans une pièce. Observez bien ces dix personnes. Sur ces dix personnes, il y en a au moins une qui est habillée comme les neuf autres : c’est un con. C’est scientifique. Quand quarante personnes s’habillent comme un con , c’est l’ADEMIE FRANCAISE. Quand mille personnes s’habillent comme un con, c’est l’ARMEE FRANÇAISE !

Michel Didym et Catherine  Matisse distillent de nombreux textes de Desproges avec une gestuelle permanente , originale, recherchée, et souvent amusante.

Michel Didym : Comme il le disait lui-même : «  On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde »  Sa langue jubilatoire n’hésitait pas à s’attaquer aux sujets les plus sensibles.

Catherine Matisse : Ses traits d’humour révèlent généralement  un personnage bon vivant, individualiste et anticonformiste, bien que sa prédilection pour les provocations destinées à prendre en permanence son public à contre-pied des positions convenues le rende difficilement classable.

Michel Didym : Desproges était un excellent  homme de plateau, que ce soit à l’Olympia, au Théâtre Fontaine ou au Théâtre Grévin.

Et j’ajouterai que Desproges était  tout à fait remarquable  en télévision.Les personnes qui ont dépassé la cinquantaine, se souviennent certainement de l’extraordinaire émission de Jacques Martin le dimanche après-midi à 13h20 sur TF 1 diffusée en 1975 : «  Le Petit Rapporteur »  avec Pierre Bonte, Piem, Stéphane Collaro , Daniel Prévot et Pierre Desproges qui avait d’ailleurs écrit une  chanson pour l’émission :  « Mlle Angèle ».

Le problème de faire un spectacle  sur un personnage  aussi fort que Desproges  est surtout de ne pas l’imiter.Michel Didym et Catherine  Matisse  l’ont bien évité à l’exception du célèbre sketch avec Françoise Sagan.

Irrésistible ! Vous souvenez-vous ?

 

Michel Didym , qu’est-ce qui  vous plaît tant chez Desproges ?

Michel Didym :  C’est un grand auteur du XXe siècle, celui qui a dépoussiéré notre façon d’appréhender l’actualité et notre rapport à l’ironie. Il n’a pas eu peur ni de mélanger le lyrisme et la grossièreté, ni d’être irrévérencieux ; il parle aussi bien de Dieu que de la maladie, des hommes que des femmes, du racisme ordinaire que de la phallocratie. Desproges avait 40 ans d’avance !

 « Pour mater une émeute raciale à bon escient, il convient de tirer sur les Blancs avec des balles à  blanc, et sur les Noirs avec des balles à noir !!!

 

Un spectacle à voir au Grand Varia jusqu’au 3 mars.

Emmenez vos  zygomatiques, c’est plus prudent !

 

savoirvivregrandformatBONonverra-1.JPG

SAVOIR-VIVRE

Théâtre Varia

Rue du Sceptre  78 – 1050  Bruxelles

Encore mardi, mercredi et jeudi à 20h30

Infos & Réservation : 02 / 640 82 58

 

(Avec des extraits de textes de Pierre Desproges et  de propos d’Emilie Gäbele publiés dans le programme du Théâtre)


Roger Simons   

 

LE VAINQUEUR : JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

 

Trintignant 2.jpg

Hier soir,  je suis allé  au Wolubilis  participer  à  la soirée que nous offrait Jean-Louis Trintignant , en pleine forme.

 

20h30. Le rideau s’ouvre. On perçoit le grand plateau du Théâtre légèrement éclairé.

Une légère remontée de lumière et retentissent alors les applaudissements du public qui découvre  ce prodigieux comédien qu’est et a toujours été : JEAN-LOUIS TRINTIGNANT.

 

Un silence. L’acteur reste assis (il souffre énormément des jambes) et jette un  regard vers ses deux musiciens de grand talent : Daniel Mille et son accordéon magnifique et Grégoire Korniluk et son violoncelle.

 

Et Jean-Louis Trintignant ,  l’amoureux des mots , va  se lancer dans  un « tour de poésie » pendant  une heure trente.

 

Et dès le premier mot qu’il prononce avec sa voix enchanteresse, nous, le public, sommes immédiatement séduits.

Jean-Louis nous emmène dans un monde peuplé de drôles d’oiseaux, de résistants , d’amoureux fous et d’amis fidèles.

Ils se nomment  Robert Desnos, Boris Vian, Jacques Prévert, trois poètes libertaires du XX siècle.

 

Jean-Louis, le comédien, a retrouvé son bonheur du Théâtre. Il y a sept ans, il avait transcendé la poésie d’Apollinaire et aujourd’hui, il raconte , avec quel art merveilleux et extraordinaire, la vie , la mort , la guerre mais aussi l’amour et la légèreté. 

 

Finalement, c’est une seule histoire qu’il nous conte car il  enchaîne  tous les poèmes avec un velouté dans la voix , un sourire ,  et des moments d’humour .

A travers sa bouche, les trois poètes  disent la résistance et le combat, l’amour présent et celui qui s’en est allé  et nous , les spectateurs  nous  pensons à Marie , sa fille qu’il a douloureusement perdue.

Jean-Louis alterne les textes poignants aux textes drôlissimes. Il le fait avec virtuosité. En fait, il les vit. Il jette un regard vers la salle comme une complicité entre lui  et nous dans le plaisir des mots. Des mots tellement bien dits.

 

C’est un vrai spectacle à eux trois : Jean Louis les textes, et les enveloppant, les belles musiques de Daniel et Grégoire.

 

– Vouliez-vous que la musique des notes fasse écho à celle des mots et vice-versa ?

 

Jean-Louis : Oui. J’ai d’abord essayé sans musique puis j’ai commencé avec Daniel et Grégoire est venu nous rejoindre.

 

Pourquoi avoir choisi Vian, Prévert, Desnos ?

 

Jean-Louis : Ces poètes appartiennent à la même famille : l’anarchie !

 

Vous parlez de la mort avec la sérénité d’un sage dans votre spectacle. Comment abordez-vous cette phase ultime de la vie ?

 

Jean Louis : C’est la sérénité des vieux peut-être. Il est important de parler de la mort mais pas forcément de manière catastrophique, grave ou tabou. C’est un sujet important comme la vie. Dans notre parcours, il y a la vie et la mort…

 

Hier, vendredi, le spectacle de Jean-Louis Trintignant s’achève vers 22 h et des poussières.

 

Une heure  et quelque plus tard  la Cérémonie des Césars à Paris va remettre  les  « Césars »  des Meilleur Acteur et Meilleure  Actrice.

Et c’est  Emmanuelle Riva qui l’obtient !

Et c’est Michael Haneke , qui l’obtient comme meilleur réalisateur !

Et c’est Jean Louis Trintignant  qui l’obtient comme Meilleur acteur, comme Emmanuelle Riva.

Les trois vainqueurs pour le même film : AMOUR !

C’est rare tout de même !

 

Jean-Louis, vous aviez arrêté le cinéma pendant longtemps et vous l’avez repris en 2012 avec « AMOUR ». Pour quelle raison ?

Jean-Louis : Je l’ai fait parce que  Haneke est un grand metteur en scène . Mais le sujet est sinistre : il évoque la fin d’un vieux couple.

Allez-vous reprendre les chemins des studios maintenant que vous triomphez ?

Jean-Louis : Non.

 

Et le Théâtre qui vous aime tant , et vous venez encore de vous en rendre compte avec les applaudissements frénétiques d’un public heureux de vous retrouver, de vous voir et de vous écouter ?

Vous allez continuer  votre spectacle ou jouer une pièce avec des partenaires ?

 

Jean-Louis : Non , je crois que je vais arrêter par ce spectacle qui me plaît beaucoup parce que les textes me touchent.

 

Jean-Louis,  qu’allez-vous faire pendant votre retraite ?

 

Jean-Louis : Je travaille beaucoup.  Je cherche toujours de nouveaux textes. Je ressens beaucoup de plaisir à le faire quand je ne joue pas. Mais peut-être aurais-je à nouveau  envie de  revenir  sur scène même si je ressens beaucoup de difficultés pour me déplacer et pour voir. J’ai des textes nouveaux et j’en oublie d’autres que je reprendrai plus tard.

(Extraits d’une interview publiée dans  le dossier de presse du Wolubilis en  2011 mixée avec mes propos personnels)

 

Merci Jean-Louis pour votre visite à Bruxelles.

Bravo Jean  Louis pour votre «  César »

Et j’en suis convaincu : A tout bientôt !

 

Jean-Louis Trintignant sera ce samedi soir  à nouveau au Wolubilis pour une nouvelle représentation.

Vous y serez peut-être et si vous n’avez pas réservé  vos places ,  essayez tout de même d’en trouver sur le coup de 19h30 au Wolubilis.

Bonne chance !

 

Roger Simons

 

 

LES RUSTRES

 

« Tout ce qui est vrai a le droit de plaire et tout ce qui est plaisant a le droit de faire rire »

(Carlo Goldoni)

 

THEATRE  DE LA PLACE DES MARTYRS

 

LES RUSTRES

 

DPP_8215-3 crédit photo Isabelle De Beir.jpg

(credit photo: photo Isabelle De Beir)

 

Un fameux regard porté sur l’être humain.

Carlo Goldoni , un grand écrivain et dramaturge né à Venise un beau matin du 25 février  1707.

Tout jeune , il a un goût prononcé pour la lecture des auteurs dramatiques, avec une  prédilection particulière pour Cicognini,  l’un des dramaturges les plus appréciés de son temps , celui du 17e siècle.

Et Carlo, l’homme jeune paisible et joyeux, écrit une petite comédie « BURATTINI »  destinée au théâtre des marionnettes, alors qu’il a à peine neuf ans.

 

Saviez-vous qu’on l’a longtemps surnommé «  Le Molière italien » ! Et le jeune homme plonge dans une véritable boulimie d’écriture, produisant plus de 200 pièces en une vingtaine d’années.  Extraordinaire vocation d’une grande richesse qui commencera sérieusement avec   « BELISAIRE » en 1734, premier vrai contact avec le public…

 

Et Carlo écrit aussi bien des opéras que des tragédies, que des comédies…

 

Et «  LES RUSTRES », c’est une comédie qui se passe durant le Carnaval de Venise…

 

Distinction…provisoire… d’un jour de carnaval : car la femme est précisément un maillon très sensible entre les classes, à l’intérieur de la famille comme dans les réunions et dans les rues, elle tend à en détruire les nets cloisonnements…

 

Une question se pose : « Les femmes doivent-elles être domptées ? » Oh là là , quelle question !!!

 

Réponse féminine et anonyme : «  Ah ! La domination  masculine ! On sait que, malgré les avances du féminisme,  elle est hélas, toujours d’actualité.

 

Bien. Hum hum hum..

 

Rustres_65-light.jpg

Que raconte la pièce  on ne peut plus joyeuse de Goldoni ?


Daniel Scahaise (metteur en scène) : Un théâtre comique, vous avez raison de le souligner.


LES RUSTRES   est considérée comme le chef d’œuvre de Goldoni !

Cette pièce oppose le vieux monde de Venise à un petit monde féminin, malicieux et sensé, tandis que dehors la folie du carnaval va bon train.

Quatre personnages dotés  d’une rudesse conservatrice se heurtent au bavardage léger des femmes.

Deux atmosphères s’y opposent, l’une chargée du poids de la tradition, l’autre ingénue et rebelle , dans une intimité familiale faite de confidences et d’indiscrétions.

Mais le contexte historique s’efface ci devant la légèreté de la farce, le vérisme ironique de l’intrigue.

Et si quatre femmes charmantes s’opposent à quatre bardons hargneux, grâce à la vivacité d’une langue très imagée , très colorée , Goldoni rappelle que les femmes  tout autant que les hommes ont le droit de participer au carnaval de la vie.

 

Quatre merveilleux rôles de bourrus, pour ne pas dire de cons, râleurs, bornés et intolérants  très bien  croqués et joués par :

 

Bernard Marbaix (Lunardo, négociant)

Jaoued Deggouj (Simon, un négociant lui aussi)

Laurent Tisseyre  (Canciano , bourgeois vénitien)

Toni D’Antonio (Maurizzio , beau-frère de Marina)

 

Quatre savoureux rôles de femmes en contraste total avec les hommes, où les comédiennes,  porte-paroles de la condition féminine, s’en donnent à cœur joie ! :

 

Julie Lenain  (Margarita , la femme de Lunardo en secondes noces)

Dolorès Delahaut (Lucietta , fille de Lunardo , d’un premier lit)

Isabelle De Beir (Marina, la femme de Simon)

Hélène Theunissen (Félice, la femme de Canciano)

 

Deux hommes  apparaissent également au cours de la pièce :

 

Bernard Gahide (Filipetto, le jeune fils de Maurizio)

Stéphane Ledune (Le comte Riccardo)

 

Une vraie troupe de théâtre !

Dix acteurs qui entrent merveilleusement dans leur personnage.

Dix comédiens dirigés par Daniel  Scahaise.

Très beau travail de mise en scène et en mouvements, car ça bouge tout le temps.

Daniel a voulu donner à la pièce un rythme endiablé  et a demandé à ses acteurs de jouer vite, très vite. Et c’est ce qu’ils font.

Fatiguant peut-être mais passionnant à faire ! Ils s’amusent  beaucoup en jouant cette pièce.

 

Bernard Marbaix : Chacun en pense ce qu’il veut mais  cette pièce est un pur bonheur, un vrai morceau d’anthologie qui n’a pas pris une ride.

Et LES RUSTRES ne cesse d’être un texte vivant, c’est-à-dire en perpétuel devenir, que les générations doivent continuer à le découvrir et le représenter à chaque étape de leur histoire et de l’histoire du monde.

Rustres_58-milourd.jpg

Daniel Scahaise a donné un petit coup de balai   pour rafraîchir  la pièce sans toucher pour autant au texte.

Il l’a quelque peu modernisée.

On peut la situer dans les années  50. Quelques objets en témoignent : la petite radio de ces années-là,  la planche et le fer à repasser …

 

Gérard Vivane (traducteur du texte en français) Traduire une œuvre littéraire est une opération délicate.

Elle se complique encore lorsqu’il s’agit d’une œuvre dramatique.  Faut-il se décourager pour autant ?

Car l’irrésistible envie de partager avec le public actuel le charme et la drôlerie de cette comédie emporte ce scrupule.

Je veux donc parler d’adaptation plutôt que de traduction.

 

« Etre fidèle à l’esprit et non à la lettre « 

 

Cette vénérable pièce n’a pas pris une ride depuis sa création en 1760 ! Elle est écrite dans le dialecte de Venise dont Goldoni était natif.

C’est dans cette langue savoureuse, musicale, que l’auteur l’a composé, et cela spécialement pour les très populaires  fêtes du Carnaval.

 

Trouver en français, sans dénaturer, des équivalences au texte original, est le défi que doit  relever tout adaptateur.

 

Un superbe travail d’adaptation de Gérard Vivane que l’on se doit de remercier.

 

Silvio d’Amico (critique de théâtre et journaliste italien) :  Goldoni est un auteur «  choral » La plupart de ses scènes les plus délicieuses sont des scènes d’ensemble. Son dialogue se compose de phrases et de répliques d’une certaine longueur. Goldoni est heureux quand il peut briser phrases et répliques au moyen d’altercations d’une aisance presque insoucieuse.

Dans l’œuvre de Goldoni, il n’y a pas de satire, seulement de l’ironie.

 

C’est exactement ce que j’ai remarqué au cours du spectacle .

 

LES RUSTRES

Théâtre de la place  des Martyrs.

Actuellement à l’affiche.

 

Confucius, avant Goldoni, avait donné cette définition  du terme  rustre : « Plus de vertus naïves que de manières , tu es un rustre ; plus de manières que de vertus naïves , tu es un cuistre ; autant de manières que de vertus , voilà l’homme de qualité. »

 

J’ajouterai ces mots  que j’ai trouvés quelque part en fouinant :

«  Laissons crier les femmes, puisque, elles, sont vraiment inintelligentes, et que nous, frustres de tous les temps, possédons la vérité,  celle qui permet d’affirmer que «  les choses sont ce qu’elles sont ! »

 

LES RUSTRES

Mise en scène et scénographie : Daniel Scahaise qui a fait construire un décor mobile, ce qui évite des temps morts, parfois insupportables dans un spectacle.

Costumes : Anne Compère (Vous avez conçu de belles robes, Anne)

Coiffures  originales) de Laetitia Doffagne

Régie/Lumières : Philipe Fontaine

Assistanat : Charlotte Mattiussi.

Un spectacle du «  Théâtre en liberté » en coproduction avec le Théâtre de la place des Martyrs.

 

Jusqu’au 24 mars.

Spectacles les mardis à 19 h , du mercredi au samedi à 20h15 ainsi que les dimanches 10 et 24 mars à 16h

 

Et que dansent  les artistes heureux à la fin du spectacle !

Bravissimo !

 

Infos & Réservation : 02 223 32 08

 

Concert – en relation avec Goldoni et «  Les Rustres »  le samedi 23 mars à 15 h.

Avec Anne Morelli , professeur à l’ULB et ses invités ; Débat  sur «  La misogynie , ça n’existe plus »

Et la lecture de textes qui évoquent la condition féminine lus par Isabelle De Beir.

 

Si vous allez voir le spectacle le mardi, je vous signale qu’il commence à 19 h, suivi d’une rencontre avec les acteurs et le metteur en scène.

 

Et profitez de votre passage dans ce Théâtre pour admirer une exposition d’affiches  des 20 ans du Théâtre en Liberté.

 

Plaisir à Vous.

 

Roger Simons

 



 


QUAND M’EMBRASSERAS – TU ?

 

 

Quand m1[1].png


Ce titre interrogatif vous fait penser à une comédie légère ?

A une comédie de boulevard ?

Ce n’est pas ce que vous imaginez

C’est mieux !

C’est beaucoup, tellement mieux !


THEATRE   140 – JO DEKMINE


 « Quand m’embrasseras-tu ?

« Quand je croirai qu’il m’est donné de croire

« que ces deux lèvres sont ouvertes pour moi.

« Pour qui, sinon ? Pour une voix

« Surgie d’une constellation lointaine.

« Sais-tu que tes yeux peuvent donner à la nuit

« les couleurs que tu veux ? Embrasse-moi !

« La pluie derrière la vitre,

« une braise de l’autre côté. »

 

Le poète palestinien,  Mahmoud Darwich, décédé en 2008,  est bien vivant dans ce spectacle plein de sons, de paroles et d’images.

Le comédien chanteur  Abdelwaheb Sefsaf est en scène pour faire revivre le poète.

 

Jo Dekmine (Directeur du Théâtre 140) :  Nous l’entendons avec émotion saisir de sa voix magnifique l’écriture de Mahmoud Darwich dans une forme d’oratorio , d’opéra parlé où la musique prend magnifiquement le relais des mots.

Un accordéoniste est là : Claude Gomez . Il me fait penser à Piazzola , à l‘escalade des sons envoûtants , berçant les paroles et les mélopées du poète.

Mais il y a un troisième homme, Georges Baux, aux percussions, à l’orgue et à la guitare.

Et encore un quatrième homme, Thierry Xavier qui nous éclaire dans sa peinture,  dans le geste de son corps et sa faim de couleurs…

C’est vraiment la magie du théâtre et la réalité d’un peuple dont nous connaissons mieux les souffrances et moins le lyrisme de son expression artistique.

Quand m3.png

Marie José Sirach (L’Humanité)

C’est une aventure à la fois poétique, musicale et plastique.

Une aventure comme  une invitation à partager l’univers d’un des plus grands poètes du XXème siècle.

 

Les mots de Darwich prennent un relief aux contours mystérieux où l’amour et la révolte vous emportent dans un tourbillon sans fin et vous parlent, droit au cœur.

La Compagnie Claude  Brozzoni(Annecy) réalise ici une création subtile, d’une grande force subtile, mise en scène par Claude Brozzoni, dans un rythme et un enchaînement qui ne peut laisser personne indifférent, qui  peut vous bouleverser, vous faire sourire aussi,  interroger un avenir…


Jo Dekmine : C’est le moment maintenant, et c’est entre les mains du metteur en scène, Claude Brozzoni, qui a pu harmoniser la grâce des mots et du chant pour arrimer ce beau navire…

Que ce soit le drame individuel, ou que ce soit à l’échelle d’un peuple , en quelques traits de pinceaux, dans le ton de la voix, dans les sons  magnifiques de l’accordéon, à travers des percussions et des bruitages, le public est pris par l’émotion , par la  réalité de l’exil , par les drames quotidiens  tellement bien évoqués par  le poète disparu.

 

Pendant un peu plus d’une heure, on vit  dans l’humain, dans le vrai, dans l’émoi,  dans le serrement de cœur.

Le silence  est total dans la salle. Par respect  pour un peuple,  pour la beauté du texte, pour la musique,  pour la voix du chanteur.

 

La vitalité, la fantaisie  la créativité du peuple Palestinien sont illustrées aussi dans des textes plus joyeux et dans les fort belles images des citronniers, du désert, des femmes…

 

C’est émouvant également d’observer le peintre qui efface  des textes, en écrit d’autres sur une grande toile blanche. Il le fait dans des mouvements rapides,  fulgurants, crée un dessin, le modifie pour terminer par la phrase « Quand m’embrasseras-tu ? »

 

Ces quatre artistes sont encore au Théâtre 140 ce jeudi 20/02 et vendredi  22/02 à 20h30.

 

Amis qui lisez  ma chronique, j’espère que vous  aimeriez – vous aussi  découvrir  l’excellence du texte de Mahmoud Darwich ?  La belle voix du comédien Abdelwaheb Sefsaf ? Les musiques jouées par l’accordéoniste Claude Gomez  et  Georges Baux aux percussions,  à l’orgue et  la guitare…

Si oui, faites comme moi : gagnez au plus vite le Théâtre 140  de l’Avenue Plasky, achetez vos billets et gagnez  la belle salle  tellement accueillante du 140  avec ses  fauteuils on ne peut plus confortable.

 

Croyez-moi, ce spectacle est d’une pureté et d’une beauté exceptionnelles.  Allez-y , vous  ne  le regretterez pas !

CE 2013-02-21 à 08.33.48.jpeg

Sur notre photo: Mahmoud Darwich


Mise en scène : Claude Brozzoni

Avec Abdelwaheb Sefsaf , chanteur ,- Georges Baux et Claude Gomez, musiciens

Plasticien : Thierry Xavier

Musique : Georges Baux, Claude Gomez et Abdelwaheb Sefsaf

Scénographie : Claude Brozzoni et Thierry Xavier

Son : Titou Victor

Lumières : Didier Beauvalet

Construction du décor : Christophe Charamond

Accessoires : Pascal Julliard

 

QUAND M’EMBRASSERAS-TU ?

Théâtre 140

Avenue Eugène Plasky  140 – 1030  Bruxelles

Jusqu’au 22/02 à 20h30

Infos Réservation : 02 / 733 97 08

 

Roger Simons 

LA PEUR

La Peur 4.jpg

 

« La peur de mourir est anecdotique, la peur de vivre est celle de ne pas avoir existé, de ne pas avoir vécu sa propre vie. »


 Une déclaration d’Armel Roussel, l’auteur et metteur en scène du nouveau spectacle du Théâtre National.

Un spectacle hors norme,  à la fois refroidissant et drôle.

Une œuvre théâtrale qui nous interpelle, tous, autant que  nous sommes sur cette planète.

 

20h15. Grande Salle du National.

Le rideau gris de sécurité  est toujours fermé.

Un homme jeune apparaît devant le rideau et commence à nous expliquer  – avec des hésitations,  des balbutiements volontairement  maladroits –  dans quelle situation nous nous trouvons tous, ici dans ce théâtre , et ce qui va se passer d’horrible d’ici à quelques minutes.

Ses propos sont  foireux, désordonnés.  C’est la PEUR   qui le torture !  Et subitement, des voix féminines se font entendre.

Et arrivent alors, en avant-scène du plateau, une vingtaine de femmes qui chantent une œuvre  angoissante.

Elles viennent de tous les coins de la salle et se réunissent autour du jeune homme qui annonce avec un certain sourire que LA BOMBE  va éclater.

Arrivent  huit jeunes, hommes et femmes, dénudés.

Et c’est l’éclat  gigantesque qui fait trembler le lieu . La bombe a explosé !

 

Armel Roussel (auteur/metteur en scène) : La  PEUR est  une émotion irrationnelle, un sentiment à la fois très proche et éloigné. Je ne parle pas de la peur phobique, mais bien de la peur existentielle, métaphysique. Une peur qui est plus une peur de vivre, d’exister  qu’une peur de mourir.

 

La Peur 2.jpg

 

Armel Roussel nous plonge – par le truchement de ces  huit hommes et femmes, visiblement enfermés dans une sorte de camp de rééducation comportemental, dans leur quotidien.

 

Un quotidien rythmé par des protocoles  huilés, mécaniques, répétitifs, sous la surveillance d’un gardien qui semble tout autant enfermé que les autres dans cet étrange bâtiment en ruine !

 

 Cela nous fait penser aux camps de concentration  qui existent aujourd’hui un peu partout dans le monde.

 

 On voit tout ce petit monde en action sous l’autorité du gardien : on pèle des patates, on tricote, on va à la pêche aux œufs, on s’exerce à l’obéissance civile sous télé-surveillance.

 

 Nous, le public,  nous sommes surpris et il nous arrive rire !

 

Vient la nuit et là, l’auteur nous fait basculer : on fait l’amour, on joue du piano, on danse dans une boîte de nuit qui ressemble étrangement à Auschwitz…et pendant ces temps-là, on construit LA BOMBE !

 

 Armel Roussel : Les hommes et femmes envoyés dans ce camp sont des êtres aux comportements problématiques.

 

 Oui, je confirme : ce spectacle est impressionnant, alarmant, douloureux parfois qui nous parle de  la PEUR  ultime : « celle de ne pas être ! » 

 

Armel Roussel veut nous montrer la manière don nous mettons en place ces mécanismes inconscients qui nous empêchent d’être libres et comment nous tentons de nous en défaire.

 

Armel Roussel a appris tout dernièrement que des camps semblables existent. On évoque même la chose possible  ici en Belgique.

 

 

Armel Roussel a voulu un décor  simple en soi : côtés cour et jardin : des espèces de petites serres  où se trouvent planqués  des êtres vivants. En fond de scène : à droite, une espèce de kitchenette, à gauche : une grande porte de sortie vitrée.

 

A l’étage, côtés cour et jardin : des chambrettes à peine perceptibles où se trouvent quatre petits lits.

 

 LA PEUR, un spectacle qui ne ressemble à aucun autre !

 

Un tourbillon festif à la lumineuse énergie  c’est le moins que l’on puisse dire , traversé de moments de pure folie douce  , de fulgurances textuelles , d’instants d’émotion qui vous coupent le souffle,  d’un imaginaire  troublant…

 

 Une fabuleuse équipe  a travaillé sur  ce spectacle, tant du côté artistique que technique !

 

 Ecriture : Armel Roussel.

 Direction technique et lumières : Nathalie Borlée

 Scénographie : Nathalie Borlée et Armel Roussel

 Création vidéo : Zeno Graton

 Création sonore : Brice Cannavo

 Avec la participation de l’Ensemble Il Diletto Vocale sous la direction de Daniel Lipnik

Une création  d’Armel Roussel/(e)utopia 3 en coproduction avec le Théâtre National.

 Ecriture et jeu des neuf acteurs :  Selma Alaoui, Lucie Debay, Vanja Godée, Denis Laujol, Adrien Letartre, Nicolas Luçon, Vincent Minne, Sophie Sénécau , Uiko Watanabe.

 Un magnifique travail gestuel !

 

 

 

Pierre Morel : Armel Roussel parvient en final à délivrer un message qui n’a rien d’anxiogène.

 C’est visiblement un homme d’espoir, qui semble croire en l’Homme, à travers tout.

 Il a voulu construire «  un spectacle de santé sur un monde malade » Il l’a fait et réussi !

 

On sort  du Théâtre complètement groggy, la  PEUR  au ventre !

 Quelques instants plus tard  on sourit. On pense à tout ce qu’Armel Roussel nous a fait vivre pendant 120 minutes.

 Malgré nos inquiétudes, on se dit que  ce créateur et metteur en scène nous a apporté une joie de tous les instants.

 Il nous parle d’obéissance et de désobéissance, des ressorts qui nous font vivre une autre vie que la nôtre  une vie construite par les autres, conditionnée par la société.

 

 Armel Roussel : ma PEUR  est aussi liée à cette obsession.    sécuritaire qui nous entoure.

 

Si vous deviez vous rendre au National ce mercredi soir, ne ratez pas la rencontre qui se fera après le spectacle avec Armel Roussel.

Ce sera très intéressant, on peut lui faire confiance.

 N’oubliez pas : ce soir, le spectacle débute à 19h30.

 Vous aurez encore une autre rencontre  en introduction au spectacle le 26 février. Renseignez-vous !

 

 

 

La Peur3.jpg

LA PEUR

 Armel Roussel

 Jusqu’au 02 mars

 Au 

Théâtre National

 Bld  Emile Jacqmain  111/115  – 1000  Bruxelles

 Infos Réservation : 02 / 203 53 03

 

Et de grâce, n’ayez pas PEUR !

 

(Avec des extraits de propos publiés dans le programme du théâtre)

 

Roger Simons

 

SUNDERLAND

CE 2013-02-19 à 09.50.34.jpeg



Elle a 33 ans. Son nom : Elodie Navarre.

C’est une actrice franco-autrichienne née à Paris.

A 16 ans, elle était la partenaire de Jean Rochefort dans le film de Joël Santoni : «  Clara et son juge »

Elle a tourné dans une vingtaine de films de long métrage.

Elle a tourné dans une vingtaine de dramatiques pour la télévision.

Ses deux premières pièces au théâtre : «  Les Fausses Confidences »  de Marivaux et « On ne badine pas avec l’amour » d’Alfred de Musset.

Le Centre Culturel d’Auderghem la reçoit cette semaine avec la comédie de Clément Koch « Sunderland » mise en scène par Stéphane Hillel.

SUNDERLAND , une comédie sociale à l’humour dévastateur. Une pièce curieuse, rafraîchissante pour certains.Une pièce au ton jeune  jouée par huit comédiens bien ancrés dans leurpersonnage.

SUNDERLAND,  c’est le nom  d’une bourgade au fin fond de l’Angleterre où le football et la bière sont la meilleure drogue contre le chômage depuis que l’usine de nuggets a fermé.


CE 2013-02-19 à 09.50.21.jpeg


Sally,  ex Miss Sunderland, jeune femme à la verve ravageuse, élève sa jeune soeur , en difficulté depuis que leur mère s’est pendue sous ses yeux.

Mais elle se retrouve au chômage lorsque l’usine locale de poulets ferme pour cause de grippe aviaire, et en danger que la garde de sa soeur Jill lui soit retirée.

L’adolescente, passionnée de foot, est en proie à des crises violentes chaque fois quelle tente de sortir, notamment pour aller soutenir au stade son équipe favorite.

Call-girl par téléphone, Ruby,  colocataire et  amie de Sally,  irrésistibleavec ses phrases à l’emporte pièce  partage le foyer qu’elle anime d’éloquentes et bruyantes conversations avec ses clients du téléphone rose…

Dans cet univers étroit, confiné, Sally, affublée d’un  « amoureux » d’enfance, Gaven, étouffe avec l’impression d’être « née dans une machine à laver » tant la pluie imbibe son horizon désespérant.

Pour sauver sa sœur du centre psychiatrique, elle décide de louer son utérus à un couple  d’homosexuels étonnant…Elle aussi l’idée de racheter la librairie du village mais elle devrait abandonner beaucoup d’elle-même.Mais que faire quand on ne peut compter que sur soi et que la vie ne vous fait pas de cadeau !

SUNDERLAND   une pièce au caractère dur  qui va du mélo aux limites de l’immoralité qui suscite des rires chez le spectateur…

Un texte beau et émouvant sans misérabilisme !Cette pièce entre dans le rang de la comédie sociale !Ca touche de près aux films de Ken Loach! C’est une histoire de femmes !On parle vrai et c’est clair.

Derrière toute la misère morale, il y a l’amour qui lie trois filles, troisêtres qui se débrouillent pour se faire une autre que celle qu’on leur   a tracé.Le don, l’affection, la solidarité justifieront le moyen, pour trouver enfin une porte ouverte »

Tant qu’il y a de la vie et des amis, il y a de l’espoir !

Le public du Centre  Culturel d’Auderghem a suivi cette pièce – hors habitude de la programmation habituelle – avec beaucoup d’intérêt.

La mise en scène de Stéphane Hillel est parfaite.Il mène ses acteurs avec vérité, les faisant entrer en profondeur chacun dans leur personnage.

SUNDERLAND de Clément Koch ( sa deuxième pièce)

Centre Culturel d’Auderghem 

Bld du Souverain  183  – 1160  Bruxelles.

 Du lundi 18 au samedi 23 févrierà 20h30 et le dimanche 24 février à 15h. 

Infos Réservations : 02 / 660 03 03


Roger Simons

 

 

 

 

 

  

 

JE VOUDRAIS PAS CREVER SANS VIAN DANS MON CRANE

P1020163.jpg

par la Compagnie  LES AQUOIBONISTES


THEATRE DE L’ETUVE

Rue de l’Etuve  12 – Liège.

CE 2013-02-18 à 09.02.54.jpeg

Dernièrement, je vous ai parlé abondamment du spectacle  « JE VOUDRAIS PAS CREVER » de Boris Vian , donné au Théâtre de la Vie, à Bruxelles.

Je viens de voir un deuxième spectacle sur Boris Vian, tout différentprécédent. Et  joué  à Liège, au Théâtre de l’Etuve. Superbe 

JE VOUDRAIS PAS CREVER SANS VIAN DANS MON CRANE

 

Boris Vian, grand homme d’exception

Boris Vian, grand homme de talent

Boris Vian, grand artisan des mots.

 

Ginette Matagne, metteure en scène , a choisi des chansons d’amour , poétiques, engagées… des chansons à marcher dans l’autre sens , des chansons possibles, des chansons pas possibles , des chansons impossibles…

 

Trois  femmes (comédiennes) et Trois hommes (comédiens) jouent et chantent de très nombreuses chansons écrites par Boris Vian – dont beaucoup que nous ne connaissons guère – accompagnés par deux musiciens,  un pianiste et un batteur.

 

Un spectacle vivant,  joyeux, drôle, mis en scène par une femme dynamique au possible : Ginette Matagne.

 

« Le Théâtre  de l’Etuve » situé dans le centre de Liège,  est mignon, intime, où l’on prend place sur de beaux sièges rouges.C’est petit mais c’est charmant.

Les gens qui dirigent le Théâtre sont très sympathiques. Ils sont Liégeois, c’est tout dire !

 Un magnifique travail de recherche pour  Ginette qui, une fois  programmés toutes les chansons et  poèmes de Vian, en a fait  une pièce pétillante, bien ordonnée , mise en action avec intelligence, avec  une vive connaissance des chansons de Boris Vian et la façon de les grouper en spectacle théâtral.

 

 TRENTE QUATRE CHANSONS  plus belles les unes que les autres, qui s’enchaînent à un rythme vertigineux, jouées,  et j’insiste sur  le fait de les jouer, distribuées en petites doses aux six artistes comme  des répliques de théâtre avec – pour chaque chanson – la mise au point d’un personnage et Dieu sait s’il y en a chez Boris Vian.

 

Ce spectacle se présente comme une Comédie Musicale où tout s’enchaîne sans la moindre fêlure ou rupture.

On a l’envie d’applaudir chaque chanson mais ce n’est guère possible, les six artistes les enjambant  les unes après les autres à une folle allure.

 

Ils sont magnifiques ces six artistes, que dis-je ? Ces huit artistes ! Ils chantent, ils jouent, ils dansent, ils virevoltent.

Je vous les nomme tous en espérant que  vous allez retenir leurs noms: 

 Sophie Fostroy/Marine- Nihant/Francesco Nobile/

Stéphane Strepenne/Maria Tridetti/Philippe Dengis

Et les deux musiciens : Xavier Chapelier et Jérôme  Fox.

 « On n’est pas là pour se faire engueuler… »

 

J’aurais encore mille choses à vous dire sur cet étonnant spectacle mais je préfère vous conseiller  de vous rendre à Liège et de découvrir ce Théâtre de l’Etuve (c’est à deux pas de la Meuse et de la Grand Poste).

 

Vous avez le choix de gagner la Cité Ardente (avec son énorme  Expo /Années 60 en Gare des Guillemins ) soit vendredi ou samedi prochain , les 22 ou 23/02, à 20h15.

Ce sont les deux dernières représentations.

 

Faites-moi confiance, vous ne le regretterez pas : 

90 minutes  de plaisir, de musique, de mots  inimaginables récoltés par  cet homme, lui aussi inimaginable, que fut Vian !

 

Ce serait chouette  que ce spectacle vienne  passer deux ou trois jours à Bruxelles !

 

Jacques Prévert – qui habitait à  deux pas  de la maison de Boris Vian à Paris (je vous en ai  fait état lors du spectacle du Théâtre de la Vie) disait de son copain :

 

« Il connaissait la musique

Les mathématiques

Toutes les techniques

Et les autres avec

On disait de lui qu’il n’en faisait qu’à sa tête

On avait beau dire

Il en faisait surtout à son cœur

Et son cœur lui en fit voir de toutes les couleurs

Son cœur révélateur

Il avait top vivre

Il riait trop vrai

Il vivait trop fort

Son cœur la battu

Lors il s’est tu

Et il a quitté son amour

Il a quitté ses amis

Mais ne leur a pas faussé compagnie…

 

CE 2013-02-18 à 11.53.02.jpeg

 



JE VOUDRAIS PAS CREVER SANS VIAN DANS MON CRANE

Pas un temps mort dans ce spectacle mêlant l’humour, l’émotion, la dérision…

 

« Une bonne paire de claques dans la gueule

« Et ça me consolera, ma chérie

« Des soirées où tu manœuvrais

« Le rouleau à pâtisserie

« Tiens, salope ! »

 

Une chanson de Boris Vian …Est-il utile de le préciser !

 

JE VOUDRAIS PAS CREVER SANS VIAN DANS MON CRANE

Théâtre de l’Etuve.

rue de l’Etuve n° 12 (centre-ville ) 4000 Liège

Les 22 et 23 février à 20h15

Infos Réservation : 0492 / 56 29 10  – reservationtuve@gmail.com

 

Roger Simons

P1020155.jpg